Les Noctivores de St

Avec les Noctivores, on passe de la Marseille orientale à une Lourde passablement médiévale, pas réellement fanatique, mais totalement obscurantiste. La religion dans laquelle ses habitants sont confits n’est que le cache misère de la peur.

Les Noctivores est un roman à trois voix : Cendre, Justine, Lucie. C’est une bonne idée, très efficace, aux effets agréables, bien que le procédé ne soit pas forcément très original. Comme dans Chromozone, nous avons l’intimité, mais il manque l’intériorité qui devrait découler de ce genre de procédé. On suit mieux les personnages, mais on ne les sent pas dans leur chair.

Cendre a plus à voir avec un gamin capricieux qui mérite une bonne fessée qu’à un sauveur. C’est un enfant qui a son pouvoir par hasard. Stéphane Beauverger arrive très bien à nous rendre ce personnage totalement antipathique, une espèce de pré-ado lubrique et capricieux qui a du mal à regarder plus loin que son nombril.

Le destin du monde est entre les mains de six ou sept personnages, dans une intrigue qui reste à taille humaine. L’ensemble est accessible, mais manque parfois d’air, ou plutôt d’une dimension épique. Quand on parle du destin du monde, cela ne devrait pas être un élément négligeable.

Je regrette un certain irréalisme psychologique de Lucie qui peut fomenter un plan pour un assassinat et faire l’amour avec sa potentielle victime cinquante pages plus tard. Pour la gamine qu’elle semble être, cela reste assez curieux, ou du moins, les mouvements psychologiques ne sont pas assez explicites. Nous sommes dans les Noctivores, pas dans James Bond.
Il y a de plus une confusion assez dérangeante dans l’expression de certains amours. Les frontières entre l’amour maternel et l’amour d’une amante ne sont pas très nettes, si cela est voulu, c’est très réussi.

Le personnage de Justine est très surprenant et ne cessera de m’étonner. Dans le premier volume, elle est présentée comme une sorte d’absolu de femme, dans le style “executive woman”, qui mène sont entreprise d’une main de maître sans gant de velours, mais avec un vocabulaire de charretier. Dans ce second volume, nous avons affaire à une Tank Girl sur le retour, toujours aussi vulgaire. De manière récurrente, j’ai pu avoir l’impression que Justine était un homme perdu dans un corps de femme. Je n’ai pas encore réussi à trouver une définition de la féminité, mais je n’ai pas l’impression que le personnage de Justine en ai une forte dose.

L’écriture, par contre, est curieusement féminine. Elle a peut-être cette féminité qui manque à Justine. A travers l’écriture transparaît une certaine douceur et une attention prêtée aux petits évènements, aux petites choses, aux détails.

Stéphane Beauverger écrit souvent pas “phrase choc” : “Se casser quelques phalanges sur le mur de la fatalité.” Dans chaque chapitre, certaines phrases claquent comme des slogans. “Nous ne pouvons rien pour vous, merci de taire votre chagrin.” La méthode est très marquante et efficace, mais l’effet risque d’être relativement éphémère. Il ne reste que trop peu d’émotion issue de ces petites phrases une fois la dernière page tournée.

Un grand nombre d’évènements ne sont expliqués qu’à demi-mot. Nous avons certes l’intimité, mais les rapports entre les évènements pourraient être mieux marqués. Teitomo apparaît comme le premier infecté par le chromozone et la personne qui a réussi à lui tenir tête, un temps au moins. Quand on comprend le fonctionnement des mystérieux rouages de l’intrigue, nous avons une bouffée d’orgueil en se sentant rudement intelligent. Un peu plus de clarté n’aurait pas été du luxe.

Quel but poursuivent réellement les Noctivores ? Il s’agit de transformer l’humain en fourmis ? En société de fourmis ? C’est ce que l’on peut penser dans un premier temps. Certains détails font apparaître un espoir de transcendance à travers la transformation en Noctivore, mais cela reste trop flou.

Les différents tomes sont censés être lisibles indépendamment les uns des autres. Les romans ont en effet un début, un milieu, une fin. Dans les détails cependant, il semble assez difficile de comprendre dans le détail la substance du récit, sans en avoir lu le roman précédent.

Cendre est le Sauveur, le nouvel instrument de la foi, le rempart contre les hérétiques, l’enfant qui foudroie les pauvres malades atteints du Chromozone, poussés par leur soif inextinguible de violence.
Huit ans après les massacres de Marseille, Khaleel, le prophète phéromonique, s’est coulé dans son blockhaus et a réussi à juguler le virus le plus sauvage jamais répandu.
Peter Lerner, depuis sa tour d’ivoire hanséatique, lâche ses noctivores sur le monde. Je suis/nous sommes l’avenir, scande-t-il/scandent-t-ils.
Les deux prophètes se disputent leur messie, cet enfant déjà trop grand, qui pourrait façonner le futur.
Ceux d’Ouessant s’immiscent dans la partie, incapable de tenir le monde à distance. Les idéaux de ce ramassis de rebelles se noient dans les vagues de démence qui submergent l’île.
L’affrontement aura lieu. Chacun déterminé à vaincre.
Et pourtant : il est peut-être temps d’en finir avec la violence.

La Volte 275 pages 18.00 € ISBN : 2-9522217-3-1 2005

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *