Les Solariens de Norman Spinrad

Encore un combat inégal. quatre contre trois, l’habituel rapport de forces en la circonstance, pour cette bataille qu’on allait livrer d’un moment à l’autre dans le système Sylvanna, l’ennemi s’alignait à quatre-vingts vaisseaux de leur traditionnelle couleur noir de mort; à l’instant, cette flotte traversait l’orbite de la planète extrème, en formation conique serrée, la base à l’avant, le vaisseau de commandement au sommet.
Pour sa part, dans le camp des Humains, le commandant Jay Palmer avait disposé sa onzième flotte en un disque de trois vaisseaux d’épaisseur, le vaisseau de commandement au troisième rang.

Il y a environ 300 ans, les Humains ont rencontré les Duglaari, et immédiatement, les choses ont tourné au vinaigre entre les deux races. Toutes deux veulent s’étendre dans l’univers et gagner en puissance, mais alors que les humains semblaient plutôt pacifiques, les Duglaaris considèrent les humains comme de la vermine, car pas aussi intelligente qu’eux. En effet, ceux qu’on surnomme les Dougs sont deux fois plus nombreux, voyagent dans l’espace depuis plus longtemps, ont une plus grande flotte, une technologie plus avancée, sont en tout points supérieurs aux hommes. Et surtout, ils sont strictement logiques, chaque décision est le fruit de réflexions objectives et claires données par le Conseil de la Sagesse, l’organe suprême des Dougs, qui dirigent leur empire depuis le système de Duglaar, où le Kor, une sorte de président, est chargé de récolter toutes les données pour que le conseil délibère en toute connaissance de cause.

Alors que la guerre est sur le point d’être perdue par les humains, qui, inexorablement, perdent système après système, flotte après flotte, et reculent de plus en plus, l’espoir survit sous la forme du culte portée à la Promesse des Solariens. Ces derniers sont les habitants du système solaire original, celui de la Terre, qui se sont refermés sur eux même il y a 270 ans suite à une révolution. Depuis, aucun humain n’a pu pénétrer à l’intérieur de la Forteresse Solarienne, et l’attente de l’accomplissement de la Promesse perdure.

Au moment ou Jay Palmer rentre sur Olympia, le système qui dirige la confédération humaine, un vaisseau solarien arrive et sollicite un entretien avec les dirigeants humains. Ses occupants affirment détenir à eux six l’arme qui vaincra les Dougs. Ils obtiennent rapidement le soutien de la junte militaire au pouvoir, et emmènent avec eux Jay Palmer, promu pour l’occasion ambassadeur plénipotentiaire de la confédération humaine et général. Il se rend compte avec horreur que les solariens veulent livrer la confédération aux Duglaaris en échange de l’impunité de la Forteresse Solarienne. Il se retrouve alors partagé entre son rejet de cette traîtrise et l’intérêt qu’il porte au système social révolutionnaire de ses compagnons de route. Mais les apparences peuvent être trompeuses, surtout quand on voyage avec des télépathes, un stratège congénital, un ordinateur humain, un passe-partout et un chef.


Les solariens est le premier roman de Norman Spinrad, et non le moins étonnant. En effet, et c’est là une partie de sa particularité, c’est un space opéra, un genre auquel nous a peu habitués l’auteur, qui est plus prolifique en anticipation sociale et en planet opera. Ici non, c’est l’histoire de la lutte entre l’humanité et une race extraterrestre, une lutte qui ne pourra connaître qu’un vainqueur, qui serait pour l’instant la race alien. C’est pourquoi les solariens, des humains retirés du monde depuis trois siècle, interviennent pour stopper la victoire ennemie.

On ne rencontre donc aucune réelle représentation du pouvoir, les personnages ne sont ni aussi expressifs, ni aussi caricaturaux. Ce n’est en réalité qu’à partir de son deuxième roman que Spinrad adoptera ce sujet récurrent dans son oeuvre, ce qui rend les Solariens d’autant plus singulier dans l’ensemble de son oeuvre, le premier roman mais aussi le seul de son type. Et pourtant, ce n’est pas un échec.

Non, car Spinrad fait appel à tout son talent d’écrivain pour nous raconter une histoire forte, centrée autour d’un sextuor de solariens accompagnés d’un humain normal, qui va peu à peu apprendre à les connaître et finira par partager leurs secrets. Voila le vrai sujet du roman, la lutte contre les Dougs n’étant qu’un prétexte pratique inventé par l’auteur. Si la rencontre entre les dougs et les humains étaient aussi violente que bizarre, celle des solariens avec leurs cousins ne l’est pas moins. Et c’est toute une utopie que Spinrad nous décrit avec l’aimable participation de ses personnages. Néanmoins, l’aspect space opéra n’est pas négligé, et si les scènes de bataille sont bien rythmées et écrites avec justesse, les dialogues avec l’ennemi seront tout aussi savoureux et plein d’un cynisme dont on saura se régaler. Vraiment, Spinrad sait nous mener par le bout du nez comme le font les solariens avec les humains et les dougs.

On aimera se laisser surprendre par ce roman qui ne l’est pas moins pour peu qu’on connaisse son auteur. Ce n’est pas un simple Spinrad, ni même un autre space opéra. C’est les Solariens, un roman à part pas particulièrement épique ou manichéen, mais très savoureux avec son humour indolore qui ne déride pas mais réjouit quand même le lecteur.

La lutte est inégale, les humains disséminés sur des centaines de monde sont en guerre contre les Doglaaris. Une partie de l’humanité s’est isolée durant trois cents ans pour construire la plus terrifiante des armes, il s’agit des Solariens, le berceau de l’humanité. Et voici qu’ils sont de retour. Peuvent-ils gagner ? Et si oui, quel sera la prix de la victoire ?
Denoël Présence du Futur (2000)240p pages ISBN : 2-207-24935.2
Traduction : Ileana Collard-Bentia
Titre Original : The Solarians (1966)

Couverture : Manchu
Marabout 1969

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