L’Homme qui rétrécit de Richard Matheson

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L’araignée fonça sur lui dans l’ombre des étendues sableuses, tricotant furieusement de ses pattes immenses. Son corps ressemblait à un oeuf gigantesque et luisant qui tremblait de toute sa masse noire tandis qu’elle chargeait à travers les monticules privés de vent, laissant dans son sillage des ruissellements de sable.
L’homme en resta paralysé. Il vit l’éclat lumineux des yeux de l’araignée. Il la regarda escalader une brindille de la taille d’un rondin, le corps haut perché sur ses pattes que le mouvement rendait floues, jusqu’à atteindre le niveau des épaules de l’homme.

Un matin, en se réveillant, Scott Carey se rend compte qu’il a rétréci. En quelques jours, il arrive à la même taille que sa femme, qui peu à peu commence à le dépasser. D’abord sceptique, celle-ci doit bien admettre le fait. Scott Carey décide alors de consulter des médecins, qui se montrent très intéressés par son cas, mais n’ont aucune solution à lui proposer. Tout au plus lui apprend on les causes de cet étrange phénomène, sans parvenir à ralentir l’inexorable processus de diminution de sa taille, un septième de pouce chaque jour, soit environ quatre millimètre, pas plus. Ca n’a pas l’air énorme, mais en un peu plus d’un an, il sera parvenu à la taille de zéro centimètre, à l’inexistence, au néant. Et durant ces quelques mois restants, il va être confronté à sa déchéance physique et sociale, alors même que ses capacités intellectuelles restent intactes, l’obligeant à observer ce spectacle horrible. Dans ses derniers moments, alors qu’il ne mesure plus que quelques centimètres, il se retrouve enfermé dans une cave. Et là, il est confronté à ce qui lui paraît un monstre horrible et invincible : une araignée.

Richard Matheson est le génial auteur de « Je suis une légende », roman qui adaptait un sujet fantastique dans le cadre de la science fiction, tout simplement pour des raisons commerciales, le fantastique étant refusé dans les magazines à l’époque. Il en est de même avec « L’Homme qui rétrécit », qui propose une explication scientifique ( la radioactivité ) à une histoire proche de l’horreur. Et ça marche, tellement bien que cinquante ans après son écriture, l’histoire est toujours aussi efficace, elle a même été adaptée en film en 1957 et il y a quelques années, on parlait d’un remake de ce roman tout comme « Je suis une légende » a aujourd’hui son remake. (sortie en décembre 2007)
Nous lisons alors le récit d’une incroyable lutte pour la survie, fait avec une narration duale. Un chapitre raconte la lente décroissance du héros, et les conséquences de ce fait sur son environnement immédiat, son comportement et celui des autres envers lui. Le suivant se passe dans la cave, quand il ne mesure plus que quelques centimètres et n’a plus que quelque jours à vivre, ou plutôt à survivre face à l’appétit de l’araignée. Une progression dont la logique devient vite évidente, car il y a une sorte de progression dans l’horreur de la situation. Plus Scott Carey rétrécit, plus il est angoissé face au mond extérieur. Une situation qui s’annule lorsqu’il se trouve enfermé dans la cave, puisque il se retrouve dans un monde quasiment à sa taille, sans que personne ne vienne le déranger. Mais le temps passant, il diminue de plus en plus et son environnement devient franchement hostile, les moindres objets des montagnes insurmontables, le moindre mètre un kilomètre à franchir, etc.
Et il y a évidemment l’araignée, le moteur de l’action car c’est grâce à elle que le héros s’accroche à la vie, c’est pour ne pas se faire manger, puis pour la vaincre qu’il refuse d’abandonner la lutte.Il ne cesse de désespérer, mais comme une épée de damoclès au dessus de sa tête, elle le pousse à redoubler d’effort pour effectuer les moindres gestes quotidiens.C’est finalement le monde entier qui lui devient étranger, et il voit tout sous un autre aspect, comme cette araignée justement qu’il aurait pu écraser avant, et qui devient ensuite un prédateur. Et donc la découverte que tout n’est qu’une question d’échelle, ce qui permet à Matheson de finit le récit sur une conclusion digne de Philip.K.Dick.


Gallimard Folio sf (2000)200 pages ISBN
Traduction : Claude Elsen
Titre Original : The Shrinking man (1956)

Il n’aurait pu dire à quel instant précis la question se forma dans son esprit, mais soudain, elle fut là, terrible : jusqu’où cela irait-il ? Lorsqu’il en avait parlé à sa femme, elle avait ri… Et pourtant… Ce n’était que le début de la plus terrifiante aventure qui se puisse concevoir : celle d’un homme qui, victime d’une inexplicable mutation, voit sa taille diminuer de jour en jour et son univers familier lui devenir inexorablement étranger et hostile. La mort n’aurait-elle pas été préférable au désespoir atroce qui est à présent son lot ? Pourtant, oublié de tous au fond d’une cave où la moindre bestiole prend une envergure de monstre, il continue à lutter, à exister. Jusqu’à gagner à l’issue d’un combat fantastique l’accès à une monde insoupçonné.

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