L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon

Que s’est-il passé pour que ce vaisseau erre depuis plus de trois siècles dans l’espace, sans avoir pu se poser sur une planète ou une autre ? C’est finalement le dernier sujet qui nous intéresse dans cet excellent roman publié ce mois de septembre aux éditions Aux Forges de Vulcain…

Si vous devez vous concentrer sur un sujet, c’est la société qui s’est construite sur ce vaisseau-monde doté d’un nombre conséquent de ponts dont les supérieurs sont réservés à la population riche et blanche quand les ponts inférieurs sont de leur côté réservé à la population pauvre et noire. Cela peut vous sembler être une histoire somme toute assez classique de ségrégation, mais tout cela n’est pas aussi simple.

Je crois que c’est ma nounou, Mélusine, qui a fait de moi ce que je suis. Une tapette. un homme qui ne fait pas ce que les hommes doivent faire, qui n’est pas ce qu’un homme doit être. Un pervers

Parce que si nous suivons le parcours d’Aster, une jeune femme noire des ponts inférieurs, nous suivons dans le même temps une jeune fille dont la sexualité n’est pas clairement affichée et qui pose probablement aussi problème dans sa vie quotidienne. On sait par contre qu’elle a subi une hystéroctomie pour s’assurer de ne pas avoir une descendance d’un viol dont les pauvres sont souvent victimes dans les ponts inférieurs.

Mais que, puisque Aster ne semble vraiment pas à l’aise dans sa relation avec les autres, avec une difficulté patente à comprendre le second degré que peuvent receler les échanges avec le reste de la population, y compris parmi les personnes de son propre secteur. En un mot, la jeune Aster serait à l’extrême ban de la société si elle n’avait pas certain talent… Parce que la jeune femme, dans son malheur, a des talents indéniables en médecine et en botanisme, des talents repérés par Théo, médecin officiel du vaisseau, qui est lui même marginalisé par les riches blancs.

Cette forme d’amitié entre ces deux personnages est ce qui va rendre possible de nombreuses choses pour la jeune femme et notamment la possibilité d’enquêter sur les événements qui ont conduits au suicide de sa mère. Cette enquête qui lui tient à cœur, va dans le même temps nous permettre de découvrir cet univers clos qu’est devenu le Matilda… Toujours à la recherche d’une planète où les populations pourraient retrouver une vie à peu près normale… On sent bien que le vaisseau a du fuir rapidement notre planète, laissant présager, au vu des légendes qui court sur les différents points, que la Terre a subi des dégâts importants.

Et rapidement, puisque nous sommes 3 siècles après le décollage, nous voyons les travers de l’humanité resurgir : une ségrégation entre les blancs et les noirs, une stigmatisation des populations jugées “différentes” et la construction d’une société violente, une présence militaire forte et une religion qui impose un certain nombre de règles. Ce huis-clos nous réfléchir, à l’époque que nous vivons avec la résurgence de certaines thématiques nauséabondes, sur la capacité de fuite de ces populations pointées du doigt vers des pays plus tolérant.

Toutes ces thématiques, et bien d’autres, sont présentes dans ce roman qui axe beaucoup plus sur les personnages (à mon sens) que sur l’histoire elle-même. La recherche de la vérité semble être pour la jeune femme le seul moyen de trouver une réponse et une échappatoire peut-être à sa vie.

Un nouveau roman bien choisi par les Forges de Vulcain, un choix audacieux aussi tant les sujets sont d’une actualité brûlante.

Aux forges de Vulcain (6 Septembre 2019) – 393 pages – 20 € – 9782373050561
Traducteur : Francis Guévremont (Etats-Unis)
Titre Original : An Unkindness of Ghosts (2017)
Couverture : Elena Vieillard

Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur. Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *