Lovecraft Country de Matt Ruff

Avant toute chose, il est important de préciser que Lovecraft Country a eu son succès aux Etats-Unis, à tel point d’ailleurs qu’une adaptation série est prévue et que HBO diffusera prochainement 5 épisodes.

Avant toute chose, il est important de préciser que cette parution de Presses de la Cité est un assemblage de Novellas plus qu’un roman. Vous allez donc retrouver les différents personnages (Atticus, Georges, Monrose ou encore Ruby) tout au long des “chapitres” sans pour autant trouver une ligne de suivi permanente dans les histoires.

Le deuxième point important est que la référence à Lovecraft est moins sur ses créatures et les différents mythes qu’il a créé que sur le racisme dont il est malgré tout un sacré représentant. Néanmoins, vous y trouverez malgré tout un certain nombre de références…

Les histoires, c’est comme les gens, Atticus. Les aimer ne les rend pas parfaites. On essaye de chérir leurs vertus et d’ignorer leurs défauts. Mais ça ne les efface pas.

De quoi s’agit-il donc au final ? Du racisme omniprésent dans la années 50, époque à laquelle Atticus, revenant tout juste de Corée, va vouloir retrouver son père et devra pour cela traverser les Etats-Unis, alors régis par les lois John Crow. Il ne sera pas seul pour faire cette traversée dangereuse : son oncle Georges, grand amateur de Science-Fiction s’il en est, et accessoirement rédacteur du Guide du voyage serein à l’usage des Noirs, et de Laetitia.

Ce trajet sera l’occasion de redécouvrir ce qu’est le racisme tel qu’il existait dans ces années… Contrôle au faciès, interdiction d’accès dans les différents magasins, poursuite hallucinante par différentes personnes, jusqu’à un camion de pompiers dans une scène particulièrement drôle !

Le serpent diabolique en était absent, et si la lumière de l’aurore colorait brillamment les arbres et les buissons du jardin, le fruit défendu n’y figurait pas, car les mains d’Eve empoignaient autre chose.

Mais, cette traversée du territoire a une vraie raison : retrouver donc Monrose le père d’Atticus, qui semble pris par des sorciers (blancs bien sûr) qui souhaitent dominer le monde et à qui la famille d’Atticus semble lié. Car l’objectif de Monrose en allant à la rencontre de ces étranges personnages était bien d’en apprendre plus sur sa mère et la famille de sa mère. Le point de rattachement entre ces deux histoires est elle-même hilarante mais de façon à ne pas vous gâcher la surprise, je n’en dirai bien sûr pas plus.

Les histoires s’enchaînent donc et certaines sont de meilleures qualités que d’autres. Une est particulièrement marquante à mon sens, c’est celle qui voit Ruby être embarqué dans cette guerre entre les sorciers blancs. En échange de son aide, elle détient une potion lui permettant de devenir blanche. C’est au travers de cette capacité que Matt Ruff réussit à montrer le mieux cette différence dans les comportements. Ruby, devenue Hillary en “blanchissant”, va pouvoir profiter des avantages que lui donne sa nouvelle condition (ou perdre les limitations liées à son ancienne condition, à vous de voir) et va aller jusqu’à profiter de cela pour se venger de certains “Noirs” qu’elle connaissait. Cette phase est d’ailleurs une des plus étranges, car elle va vite comprendre que son action aurait pu avoir des conséquences plus dramatiques.

Néanmoins, certains passages peuvent sembler longs et le niveau des différentes novellas sont inégales. Un roman qu’il faut découvrir plus pour avoir un regard en arrière sur ce qu’ont vécu – et vivent encore – une partie des populations. Par contre, il ne s’agit pas d’un livre autour des créatures de Lovecraft…

Presses de la Cité (Mars 2019) – 488 pages – 22€ – 9782258151079
Traduction : Laurent Philibert-Caillat
Titre Original : Lovecraft Country (2016)
Couverture : Jarrod Taylor

Chicago, 1954. Quand son père, Montrose, est porté disparu, Atticus, jeune vétéran de la guerre de Corée, s’embarque dans une traversée des États-Unis aux côtés de son oncle George, grand amateur de science-fiction, et d’une amie d’enfance. Pour ce groupe de citoyens noirs, il est déjà risqué de prendre la route. Mais des dangers plus terribles les attendent dans le Massachusetts, au manoir du terrible M. Braithwhite… Les trois comparses retrouvent en effet Montrose enchaîné, près d’être sacrifié par une secte esclavagiste qui communique avec des monstres venus d’un autre monde pour persécuter les Noirs. C’est la première de leurs péripéties… Dans l’Amérique ségrégationniste, Atticus et ses proches vont vivre des aventures effrayantes et échevelées, peuplées de créatures fantastiques et d’humains racistes non moins effroyables.

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