Lubies lunatiques de Fritz Leiber ( les) de Fritz Leiber

Anthologie réunie par Alain Dorémieux :
– Le Pistolet automatique
– Fantôme de fumée
– La Fille aux yeux avides
– Je cherche Jeff
– L’Homme qui ne rajeunissait jamais
– La Grande caravane
– Mariana
– La Prison de cristal
– Le Porteur de folie
– La Treizième marche
– Homme qui aimait l’électricité
– Les Mouches de l’hiver
– La Dernière lettre
– Rêves en tube Incubation fabuleuse
– Or, noir et argent
– Une enfant perdue


Fritz Leiber est un auteur finalement peu connu en France, comme le fait justement remarquer Alain Dorémieux dans sa préface. Quelques nouvelles dans les magazines, dont Galaxie dont Dorémieux était rédacteur en chef, et quelques romans. Mais globalement, on l’a plutôt oublié dans notre coin. Et d’ailleurs, à part son cycle des épées, assez remarquable pour son sujet qui se démarque du style post-tolkien, qu’a t’on retenu de lui à l’aube de ce nouveau siècle ? Pas grand chose, il faut le dire, et j’ignorais totalement l’aspect sf de son oeuvre. Une injustice réparée par cette anthologie, qui a quand même près de trente ans. ( l’âge de la majorité dans une des nouvelles contenues dans le livre !!) D’ailleurs, à propos de l’anthologie, on peut remarquer que Alain Dorémieux aime se faire plaisir avec les titres de sa collection en créant quelques belles allitérations ( lubies lunatiques de Leiber) ou encore (mondes macabres de Matheson, délires divergents de Dick), c’est pourquoi, avec quelques années de retard, nous lui proposons quelques titres nouveaux : les histoires hallucinées de Herbert ou encore les fables fournies de Farmer…

Trêve de plaisanterie, ce recueil a pour ambition de retracer la carrière de Leiber avec dix-sept nouvelles s’étalant sur trente quatre ans de 1940 à 1974. Un panorama large de son oeuvre montrant l’évolution de son oeuvre et de ses thèmes. En effet, si au début Leiber a une démarche d’adaptation du fantastique dans un cadre de science-fiction que l’on pourrait rapprocher de celle de Richard Matheson, on constate progressivement que son oeuvre, tout en conservant une approche sf, se rapproche plus de la littérature générale, et pourrait être reliée à l’oeuvre de Robert Bloch, avec des histoires à suspense ou fantastique, qui au final se révèlent des histoires générales.

Les nouvelles sont agréables à lire, leurs sujets sont originaux, souvent décalés, mais on peut leur reprocher d’être quand même assez longs. Même des textes très courts ne le sont quelques fois pas assez, et la lecture s’en trouve gênée. Le recueil ne se lit pas en un seul morceau, car la transition est assez difficile entre chaque texte, et on se trouve parfois à la limite de l’ennui. L’écriture de Leiber est ici très narrative, insistant sur la psychologie des personnages au détriment de l’action, quasiment inexistante. S’en dégage alors une impression de pesanteur, qui est probablement ce qui a empêché l’auteur d’atteindre la même notoriété en France qu’aux USA. Il était probablement excellent dans les magazines, mais autant de nouvelles rassemblées dans un même recueil le dessert franchement, son style est trop pesant pour trouver avantage d’une telle réunion. Même si les nouvelles sont bonnes, là n’est pas la question, mais il y a une sorte de répétition de l’une à l’autre, bien que les sujets changent radicalement.

Fritz Leiber est un des “grands anciens” de la science-fiction et du fantastique aux Etats-Unis. Il est aussi celui dont l’oeuvre rend l’écho le plus actuel. Il n’a jamais suivi les modes mais les a souvent précédées; il a montré tout au long de sa carrière une étonnante faculté de rajeunissement et de renouvellement; il a toujours été original et inventif, passant d’un genre à l’autre avec virtuosité tout en restant profondément personnel. C’est sur cette diversité essentielle de l’oeuvre de Leiber que cette anthologie veut mettre l’accent. On n’y trouve pas moins de dix-sept novuelles, parues au xU.S.A. entre 1940 et 1974 : un tiers de siècle d’activité littéraire ! Et un Leiber vu sous de nombreuses facettes : terreur et horreur modernes, fantastique léger et souriant, science-fiction symbolique et visionnaire, science-fiction réaliste et grave – et aussi des histoires en marge, insolites à leur façon, difficiles à ranger sous une étiquette, et qu’on ne peut qualifier que de “leiberiennes”. Au terme de ce tour d’horizon, une conclusion s’impose : Leiber a ce don rare d’avoir su ne pas vieillir; il reste le plus jeune des auteurs de sa génération.
Casterman Autres temps, autres mondes (1980)250 pages ISBN : 2-203-22631-5 Couverture : Patrice Larue

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