Malette jaune (La) de Carole Boudebesse

Piwaï est une jeune femme de vingt cinq ans. Elle a la chance de vivre de son plaisir et de son éducation de l’art. Elle vole et revend les objets de sa passion. Cette jeune femme, qui malgré un mal être général qui l’a fait se refermer sur elle-même, et vivre dans une vase presque clos, solitaire, arrive à être superficiellement heureuse.
Tévy Wart est un médecin d’une quarantaine d’années. Clandestinement, il est aussi généticien dans un pays où les ordinateurs et la connaissance en générale sont strictement limités à l’Etat, et surtout à l’armée. La génétique est une chose trop dangereuse pour être laissée entre les mains de civils. L’histoire l’a démontré. C’était un homme heureux, jusqu’à ce que sa compagne le quitte. Maintenant, c’est un homme perdu, sans attache.

Losrque Piwaï se retrouve avec une mallette jaune indestructible attachée à son poignet, avec pour mission de la transporter dans le pays voisin, tout l’univers à peu près stable qu’elle s’était construit s’effondre. Mais poursuivie par la police elle n’a d’autre choix que de fuir et de remplir cette mission. Surtout que cette mallette est sensée exploser dans deux semaines. Son voyage commence, entre peur et instinct de survie.

C’est le premier roman de Carole Boudebesse, étudiante en médecine, et le premier roman de science-fiction de cette maison d’édition. Pour les deux, c’est un bon début. Avec une belle couverture de Sébastien Bermès, et un texte sans erreur ni coquille, c’est déjà techniquement un bon livre.
Mais passons au contenu. C’est un récit de science fiction, mâtiné de cyberpunk, mais surtout d’action. J’étais un peu inquiet d’être submergé par le vocabulaire du monde de la médecine, mais heureusement, ça n’a pas été le cas. Ce n’est pas un épisode d’ Urgence futuriste, malgré la présence d’un personnage urgentiste. Coté vocabulaire, c’est plutôt celui de l’art qui est en abondance, que cela soit dans la description des couleurs ou des formes, avec des rappels à des artistes assez connus pour parler à une majorité de lecteurs, les autres, il va falloir aller faire un tour dans les musées 🙂 .

Pendant la lecture, l’écriture m’a un peu gêné. Constituée de phrases et de paragraphes très courts, quelque soit l’environnement, dialogue autour d’un verre ou course effrénée dans la jungle, on a peine à respirer. Avec en plus un sentiment de froideur. Pourtant, le livre fini, je n’ai pas eu l’impression d’un manque d’information, de description. Même si l’auteur ne s’étend pas, ne fait pas de grandes phrases sur ses personnages, les mots utilisés semblent suffisants. Je garde une photographie assez précise et bien différenciée des différents personnages. Cela vaut tout autant pour les ambiances, qui sont rendues aussi justement, mais toujours sur ce rythme qui ne laisse aucun répit, un peu comme si tout le livre avait été écrit comme une succession de mesures à quatre temps pleines de doubles croches.

Dans la présentation de Carole Boudebesse, il est écrit qu’à travers ses études de médecine, elle tente de comprendre les humanoïdes. Mais ce sont plutôt les sujets comme la guerre et surtout les horreurs des guerres, la recherche et ses contradictions, l’effet de la pollution et de l’effet de serre, les politiques policières et les gouvernements extrémistes, qui cohabitent avec l’histoire. Cette cohabitation s’exprimant plus comme une peinture, un constat, qu’une réflexion, et encore moins un cours de morale. La vision esthétique qu’a l’un des personnages des horreurs humaines brouille un peu plus cette cohabition.

Du côté psychologie humaine… ou humanoïde… la vision est assez noire, et je n’aimerais pas être à la place d’un vrai empathe, comme le décrit l’auteur. Bien que La Mallette Jaune soit de la science-fiction, il reste que les douleurs décrites sont malheureusement bien présentes dans notre réalité de lecteur.
Pour ce qui est des relations entre personnage, cela reste assez succinct, ou plutôt rapide, ou simple. Problème de différence d’âge, apparence, confiance… tout ceci est évoqué, mais les situations ne laissant que peu de temps à l’indécision, les solutions sont prises le plus simplement possible, pas de grande et longue réflexion existentielle. Toujours des faits traités clairement et sans trop se poser de problème. Une bonne solution peut-être.

La construction du roman en trois livres est aussi déroutante, sans être pour autant un aspect négatif. L’arrivée d’un troisième personnage avec une histoire tellement éloignée de celle des deux premiers fait que l’on cherche durant tout le deuxième livre comment l’auteur va faire pour relier ses deux histoires. Ou si la première est finie, mais que l’on ne s’en est pas aperçu. Les histoires parallèles ne sont pas rares, mais sur un aussi grand nombre de page, c’est moins fréquent.

Pour finir, le récit se termine au même rythme que le reste du livre, un peu abruptement à mon goût. Je ne suis pourtant pas un accroc du final à l’américaine, avec grande fanfare et grand sentiment.

Cette lecture restera un bon moment, avec des idées intéressantes. Surtout ce mélange de science-fiction, de cyberpunk, de voyage dans le temps, de Monde parallèle, de temps compressé, de politic-fiction, autant de sujet de SF que Carole Boudebesse arrive à introduire et à arranger de façon à ce que tout le roman tienne debout. Mais il lui faudrait laisser au lecteur quelques sas de décompression, de mettre un peu plus de changement de rythme. Prendre un peu son temps, de temps en temps.

Un auteur à suivre, si ses études lui en laisse l’opportunité.

Il y a des matins comme ça où on aurait préféré ne pas se réveiller. Ces matins gris et sournois qui précèdent les grandes catastrophes. Il y a aussi les malédictions absurdes qui vous forcent à parcourir la moitié de l’univers, en ne vous laissant pour option que la fuite ou la mort.
Que feriez-vous si un être cher vous menottait dans votre sommeil à une mystérieuse mallette jaune ? Une mallette qui attise la curiosité des forces de l’ordre de tout le pays. Une mallette qui doit être livrée dans une région en guerre. Une mallette forgée dans un matériau inconnu, d’une solidité hors du commun, une mallette qui explose dans quatorze jours.
Que feriez-vous ?
Plongez dans l’aventure, entre fuite désespérée et retour impossible, labyrinthe urbain et jungle putréfiée, Paris futuriste et Cambodge rouge.

Glyphe Les Plumes d’Hippocrate (2006)435 pages 22.00 € ISBN : 2-911-11975-4 Couverture : Sébastien Bermès

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