Méric, Guilhem

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Mina : Tout d’abord merci d’avoir accepté de répondre à mon interview.
Guilhem : C’est toujours un plaisir que de se prêter à ce jeu ! Il permet notamment d’aller au-delà du livre, de s’exprimer sur le sens de beaucoup de choses qui ont en plus le bénéfice pour moi de parfois me faire avancer dans l’écriture des suites. Donc, allons-y !

Mina : Vous êtes à la fois dessinateur, infographiste, musicien, scénariste et écrivain, pourquoi autant de casquettes ? et, surtout, que vous ont elles apporté pour ce premier roman ?
Guilhem : L’art dans toutes ses facettes m’a toujours intéressé et interrogé. L’infographie est un domaine à part, car c’est mon premier métier. Pour moi, l’essentiel a toujours été de raconter des histoires. Que ce soit grâce au dessin (via la création de BD), la musique (avec la création d’une comédie musicale), j’ai à chaque fois développé une histoire sur un support différent. Adolescent, la BD me passionnait et j’avais envie d’en faire mon métier. Mais c’était un travail très solitaire, et pour quelqu’un comme moi qui a un goût très prononcé pour le contact, je me sentais isolé dans cette activité. C’est pour cela que j’ai dévié vers la musique, la chanson en particulier, qui m’a permis d’être plus proche du public, mais aussi de travailler en équipe. La scène est quelque chose d’unique et d’enivrant (NDLR : Guilhem Méric fait partie d’une compagnie qui a créé un opera pop médiaval « Isabelle et le roi ») . Il est difficile de s’en passer lorsqu’on y a goûté. Je n’ai jamais lâché cet univers, car la musique est essentielle à ma vie, mais j’ai dû m’en éloigner avec le temps pour me consacrer finalement à l’écriture, tout à la fois de romans et de scénarii. Les mots sont la base de tout. Ils sont les racines d’une histoire, le terreau où tout commence à prendre vie. Je m’y suis donc engagé à fond.

Mina : Votre roman a été un coup de coeur pour moi, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la légende des Âmes-Soeurs qui a inspiré votre roman ?
Guilhem : Je suis très heureux qu’il vous ait plu ! Cette légende sur les Âmes-Soeurs nous vient à l’origine de Platon, notamment de la retranscription du Banquet et de la partie concernant le Discours d’Aristophane. Celui-ci tente de définir l’origine de l’Amour avec, dans la foulée, des explications plus concrètes sur le pourquoi du nombril, par exemple, ou sur l’existence de l’hétérosexualité et de l’homosexualité. C’est un conte philosophique qui explique qu’autrefois, les dieux jaloux de notre parfaite harmonie ont décidé de nous couper en deux, afin que chacun cherche sa Moitié et les implore pour la retrouver. L’implantation de l’amour dans l’être humain remonterait à cette genèse, qui exprime notre volonté de nous fondre le plus possible dans l’autre pour former un même être. Le nom d’amour est donc donné à ce souhait de retrouver notre totalité. Le bonheur de l’espèce humaine, c’est de retourner à son ancienne nature grâce à l’amour. C’est en partant de cette base-là, déjà très riche, que j’ai développé l’idée des Myrihandes et d’un retour en grâce de l’Homme vers l’état originel où il vivait en totale harmonie avec lui-même et le monde.

Mina : Vos personnages ont vraiment chacun leur importance et un rôle bien particulier, comment sont-ils nés ? quels sont vos méthodes d’écriture ?
Guilhem : J’ai beaucoup étudié les livres de Jean-Marie Roth sur la méthodologie du scénario, mais aussi « Les Héros sont Eternels » de Joseph Campbell, un spécialiste de la mythologie qui a défini les grands archétypes des personnages légendaires. Ses théories sont fascinantes et toujours très utiles de nos jours pour apprendre à établir la psychologie de personnages ainsi que les rapports qui les gouvernent entre eux. Pour exemple, vous trouverez certainement des similitudes dans la relation intrinsèque qui existe entre les duos Laurel et Hardy, C3PO et R2D2 (Star Wars), Pintel et Ragetti (Pirates des Caraïbes) ou encore Pippin et Merry (Le Seigneur des Anneaux). Ce sont les mêmes archétypes qui fonctionnent dans le duo Farf et Oros dans Myrihandes. Le tout est de partir de ces bases de travail et d’y apporter ensuite notre propre affect, notre imaginaire, tout en ne perdant pas de vue l’utilité de ces personnages.
Pour ma part, je dois dire aussi que le moment qui consiste à trouver leurs noms est très excitant. Cela relève tout à la fois de l’intuition, de la spontanéité et d’un sentiment particulier sur la consonnance des mots. Je savais que Maâlias serait forcément un grand costaud, Hacton quelqu’un de distingué et de froid, et Helya une jeune fille romantique. Les noms aident beaucoup à visualiser les personnages, avant de leur imaginer un vrai visage. En cela, ce qui fonctionne le mieux pour moi, c’est leur trouver un comédien auquel je puisse associer le physique et le charisme recherchés.
Mina : Pour sa promotion, votre roman a été comparé à « Roméo et Juliette », qu’en pensez-vous ?
Guilhem : C’est en partie vrai, dans le sens où les deux héros de la saga vivent des amours contrariés, voire interdits, et que leur volonté de s’affranchir de toutes les règles engendre de grands bouleversements et les met eux-mêmes en péril. Je suis flatté bien entendu par cette comparaison, mais Myrihandes ne se résume pas non plus à cela. La question de l’Au-delà, de la réincarnation sont omniprésents. L’oppression politique et le génocide sont aussi des thèmes importants dans l’histoire, davantage développés dans les prochains tomes.

Mina : Myrihandes est également un projet cinématographique, vous avez donc écrit le roman et le scénario dans le même temps : l’un apportait-il quelque chose à l’autre ?
Guilhem : En effet, j’ai écrit les deux de manière simultanée ou presque. L’écriture du scénario a beaucoup servi au roman. Un scénario, c’est impitoyable ! Toutes les digressions que l’on se permet dans un roman n’ont pas leur place dans un script, pas plus que les redondances de scènes ou les dialogues inutiles. Tout doit y avoir un sens, une utilité, afin que le lecteur puisse avancer sans cesse dans l’histoire. Cela apprend à devenir synthétique, à dire beaucoup en peu de mots… Un peu l’inverse du travail d’écrivain, je pense ! Bref, je crois que le fait de travailler sur ces deux supports s’est avéré très bénéfique et apporte une fluidité à l’intrigue et aux dialogues que je n’aurais peut-être pas obtenue autrement.
Mina : D’ailleurs, je suis impatiente car le teaser (lien ) donne vraiment envie, où en est le projet du film de « Myrihandes » ?
Guilhem: Mon agent et moi-même travaillons à établir certains nouveaux contacts en France et à l’étranger. C’est un projet titanesque et très coûteux, sans compter le fait que le genre Fantasy n’est pas du tout une tradition française. Il faut donc s’armer de courage, de persévérance, et taper aux bonnes portes. Il y a des ouvertures, mais je ne peux en dire plus pour l’instant.
Mina : Pour en revenir à la trilogie littéraire, pouvez-vous d’ores et déjà nous annoncer quand le deuxième tome de Myrihandes sera disponible ?
Guilhem : Pas pour l’instant, malheureusement. J’y travaille et je pense que sa rédaction sera achevée d’ici juin. Après, la parution dépend des choix commerciaux de mon éditeur. A vous de le lui demander !

Mina : Avez-vous d’autres projets de roman pour la suite ?
Guilhem : Il y aura le tome 3 de Myrihandes, c’est donc encore un gros chantier. Mais j’ai dans mes cartons d’autres idées de romans, oui. Je pense m’orienter vers de l’anticipation adulte un peu subversive, mais aussi vers un roman pour les plus jeunes…issu d’ailleurs d’une suite de rêves qui m’ont contraint une nuit à me lever pour coucher les idées sur le papier !
Cela dit, et si le succès est au rendez-vous, j’ai quelques idées pour un prequel de Myrihandes, et peut-être pour une suite…

Mina : Des dédicaces sont-elles prévues dans les mois à venir ?
Guilhem : Tout à fait ! Je serai au Salon du Livre de Paris du 19 ou 21 mars, puis au Salon du Livre de Genève du 29 avril au 3 mai. J’ai aussi le plaisir d’être invité aux Futuriales d’Aulnay sous Bois le 14 mai, où je suis nominé pour le prix Révélation adulte. Pour finir, j’espère avoir le plaisir et l’honneur de participer aux Imaginales, qui fêtent cette année leur dix ans !

Mina : J’ai pu obtenir votre roman grâce à un partenariat avec Livraddict et les éditions du Diable Vauvert, que pensez-vous de cette nouvelle forme de communication de la part des éditeurs ?
Guilhem : Je pense que c’est une très bonne chose, car cela donne l’opportunité aux vrais fans de littérature de l’Imaginaire d’être aux premières loges de nouveaux romans et de donner leur avis forcément pertinent sur leurs lectures. C’est un bon vecteur de communication, d’autant plus s’il est relayé par des medias. Mais ce second point reste difficile. Il n’y a pas encore beaucoup de place accordée en France à ce genre littéraire considéré – à tort – comme mineur.

Mina : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Guilhem : La santé, pour commencer, afin d’arriver au terme de cette grande aventure ! Et, soyons fous, de battre le record des ventes d’Harry Potter dans la langue de Molière ? J’espère continuer à m’adresser autant à la jeunesse qu’aux adultes au travers de cette trilogie, et en faire une histoire universelle. C’est en tous cas dans cet esprit que je l’ai écrite.

Mina : Et le mot de la fin sera ?
Guilhem : Merci à la chanteuse Claire Pelletier de m’avoir donné un jour la chance de découvrir le Discours d’Aristophane grâce à l’une de ses splendides chansons. Merci à ma famille, ma compagne et mes amis. Et merci à toutes celles et tous ceux qui soutiennent la légende des Âmes-Soeurs, dans cette mystérieuse contrée « où nos racines sont toutes nouées autour du même arbre »…

La chronique du livre : le secret des Âmes-Soeurs

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