Narcose de Jacques Barbéri

Impératrice Moa :

Il y a tout d’abord ce paysage halluciné qui a un côté « SF à Papa », avec ses loubards, ses bandes, ses bars glauques, ses alcools. Il n’y a pas de réelle description de Narcose, mais l’univers prend sa densité à travers les mots. Mots-valises ou néologismes, ils sont l’univers : amphécafé, hélitax et scotch-benzédrine. Tout est là.
Mis à part la couverture du roman (que l’on aime ou l’on n’aime pas, dirons-nous), l’écriture de Barbéri évoque le travail de Bilal, ces traits rétro-futurs caractéristiques. Les corps humains se mélangent aux membres animaux, et l’on n’en fini plus des agencements entre un bout de ceci et un bout de cela. Les gens changent de corps comme ils changent de vêtement. Un autre corps est un vêtement tout simplement extrêmement coûteux. Peu importe la technologie nécessaire pour le transfert des âmes, l’essentiel est le résultat et l’histoire ainsi servie.

Ce roman est une ronde, dansée à plusieurs corps. Anton fuit et ce qui commence par ressembler à des mouvements désordonnés fini par devenir une danse. Qui tourne en rond ? Oui et non, car les deux danseurs, Anton et Célia, apprennent et ouvrent des portes dans le rêve, ou plutôt des non-portes. Ils naviguent dans l’un et dans l’autre, du moins, Anton apprend à naviguer entre le rêve et Narcose.

Le roman s’achève mais l’histoire n’est pas finie ; il est évident qu’une suite se profile. Ce premier volume pose plus de question qu’il n’apporte de réponse, mais sait intriguer suffisamment le lecteur pour que l’on souhaite (ardemment) connaître la suite.

Pour ce roman, il y a tout de même une absence de risque notable puisqu’il s’agit d’une réédition du roman paru en 1989, chez Denoël, Présence du futur n°498. Faire (re)connaître des auteurs est certes une noble entreprise. Et Jacques Barbéri le mérite. A quand une nouvelle découverte par La Volte ? Après Damasio et Beauverger, après la traduction de Jeff Noon, à quand une nouvelle découverte ? Parce qu’Aux limites du son n’était pas une « découverte ».

La bande originale du livre : c’est une des particularité des éditions La Volte. L’auteur du roman est aussi compositeur interprète, dans un opus très électro. Chaque morceau apporte sa petite référence (où du moins les références que j’ai cru entendre). Si vous aimez la musique électronique avec des références au meilleur des années 1980 (ce qui est immortel et indémodable dans cette période), l’album devrait vous plaire.

Je fini par une remarque très personnelle : 22 euros pour 184 pages. Il y a certes un CD audio, contenant de la musique qui me plait, mais c’est un roman que j’ai acheté avant tout. Puis, je découvre qu’il y a deux autres volumes à paraître, en 2009 et 2010. Seront-ils à 22 euros, eux-aussi ? Ah, si j’étais riche, le prix des livres ne serait pas un problème… ! Mais dans l’état actuel des choses, j’ai simplement l’impression qu’on se moque de moi.

[mai 2008]

Narcose, ville-rêve… Anton Orosco artiste de la magouille, doit fuir. Son salut passe par l’extrados, la zone urbaine des marginaux peuplée par une faune étrange, décalée, où les lolitrans croisent des humains à tête d’animal. Mais se cacher est inutile. Autant changer de corps. En s’embarquant dans une course à la chirurgie plastique, Anton ne pensait pas finir dans la peau d’un lapin. Ni rencontrer Célia, l’adolescente mystérieuse capable de franchir l’envers du décor.
Bourré d’amphécafé et de scotch-benzédrine, Anton traverse à toute allure un univers grouillant et instable. En quête d’une issue, d’un plancher tangible. Car à Narcose, lorsqu’on tombe, c’est peut-être le sol qui monte. Roman halluciné, Narcose se présente enfin au lecteur sous sa forme achevée, premier volet d’un triptyque édité par La Volte, Jacques Barbéri gonfle un univers délirant jusqu’aux limites de l’explosion.

La Volte (2008)184 pages 22.00 € ISBN : 9782917157022 (2008)
Couverture : Philippe Sadziak

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