Os de Lune de Jonathan Carroll

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Moyenne : 9.0/10 (1 vote pris en compte)

Cullen James apprend que le jeune voisin qui habitait juste en-dessous de chez elle et qui était si aimable est désormais connu comme le “Tueur à la hache” après qu’il ait tué sa mère et sa sœur. Marié à Dany, et mère de la jeune Mae, elle ne comprend pas qu’on puisse considérer ce genre de personne comme un “Brave type” après avoir eu connaissance des faits.

Il faut voir que Cullen n’a pas eu une vie facile avant de s’installer avec Dany et qu’elle gardera ancrée en elle une culpabilité qui la poursuit même dans ces rêve, dans ce monde étrange qu’elle appelle Rondua, un monde qui entre étonnamment en résonance avec le monde réel…

Le premier de ce que Dany surnomma mes “rêves de Yasmuda” eut lieu au début du printemps à Milan. C’était la première nuit où nous pouvions laisser les fenêtres ouvertes.

Le moins que je puisse dire sur Os de Lune est que le roman est prenant. L’histoire débute tranquillement avec la découverte d’une femme dont l’histoire, à quelques accrocs prêts, restent somme toute assez normale et Jonathan Caroll nous laisse le temps de découvrir son histoire, d’ancrer les personnages qui restent relativement peu nombreux…

La jeune femme a néanmoins une culpabilité qui la ronge : elle a du avorter et depuis que sa fille Mae est née, elle s’interroge beaucoup sur ce qu’aurait pu devenir l’enfant qui n’est pas né. Et cet enfant, elle retrouve en écho dans ses rêves de Rondua, un monde dans lequel elle devra aider son fils Pepsi à trouver les Os de Lune.

Quel écho ses rêves ont ils sur la réalité et la réalité sur ses rêves ? Nous comprendrons que les deux sont intimement liés et que l’onirique s’invite dans la réalité.

L’auteur, bien que masculin, a fait le choix de raconter l’histoire par la voix de Cullen, retranscrivant avec une forme de sincérité et de vraisemblance les souffrances de la jeune femme. La dimension “Rondua” a un petit côté poétique avec cette quête du pouvoir pacifique, avec ces épreuves que le groupe subit au fur et à mesure qui est reposant.

Bien que l’action ne soit pas le centre de l’histoire, on ne s’ennuie pourtant à aucun moment… et le final est pour le coup surprenant et totalement imprévue et imprévisible (de mon point de vue).

Une très bonne idée des éditions Aux Forges de Vulcain que cette réédition :).

Aux Forges de Vulcain (Mai 2017)  – 236 pages – 19,00€ – 9782373050226
Traduction : Danielle Michel-Chich et Nathalie Duport-Serval
Titre Original : Bones of the Moon (1987)
Couverture : Elena Vieillard

Cullen James est une jeune femme épanouie. Elle vit à New-York, avec son mari et leur petite fille. Peu à peu, elle commence à faire des rêves étranges, où elle se retrouve projetée dans un monde surréaliste, Rondua. Avec une petite équipe d’aventuriers, formée d’un jeune garçon, Pepsi, et d’un chien géant, elle part à la recherche des Os de Lune, cinq Os qui confèrent à leur maître un pouvoir sur le monde des rêves. Alors que s’engage dans ses rêves une lutte à distance avec un mystérieux ennemi, Cullen comprend alors que ses songes sont moins innocents qu’ils ne paraissent.

    Critiques
     A première vue, Cullen James est une femme comme une autre. Jeune et belle, heureuse dans son mariage, mère au foyer, elle se fond dans la masse. Pourtant, en y regardant de plus près, sa vie est tout sauf banale.
     Cullen vit dans deux mondes. Le vrai, le nôtre, où elle se lie d’amitié avec un critique de cinéma homosexuel qui va lui permettre de rencontrer le célèbre réalisateur Weber Gregston, et où elle correspond par ailleurs avec l’inquiétant Alvin Williams, le « garçon à la hachette », un ancien voisin désormais enfermé après avoir massacré sa mère et sa sœur.
     L’autre monde, c’est le Rondua – univers magique et surnaturel où elle rêve d’un fils, au nom improbable, qu’elle n’a jamais eu. Un fils qu’elle devra aider à accomplir son destin, dans un monde où déambulent des animaux géants doués de parole ; où les morts vivent dans une cité macabre, condamnés au silence éternel ; où le sinistre et cruel Jack Chili règne en tyran…
     Non, décidément, Cullen n’est pas une femme ordinaire.
     Os de lune est un roman passionnant, qu’il est difficile de lâcher une fois la lecture commencée.
     Le premier choc est de voir l’histoire racontée à la première personne… du point de vue d’un personnage féminin, alors que l’auteur est un homme. C’est d’autant plus déconcertant lorsqu’il décrit des scènes relativement intimes. Mais finalement, passé le premier effet de surprise, on s’y habitue très vite.
     Carroll n’est pas pressé. Non pas qu’il y ait des lenteurs dans le récit – bien au contraire, il est très prenant du début à la fin –, mais il faudra attendre une soixantaine de pages avant de voir apparaître du fantastique. L’auteur en profite pour mettre en place tous les éléments de son intrigue et pour brosser des portraits très détaillés de ses personnages. Il y gagnent beaucoup en crédibilité.
     Lorsque le fantastique apparaît enfin, c’est pour se développer de plus en plus au fil des pages, jusqu’à devenir prédominant. Une structure intéressante qui va donc peu à peu faire glisser le récit dans cette autre réalité, cet univers halluciant qu’est le Rondua.
     Le Rondua fait parfois un peu penser au Pays des Merveilles de l’autre Carroll. C’est un monde où le merveilleux côtoie l’onirique et le poétique, avec – il s’agit d’un rêve, après tout – superposition d’éléments réels : des trains, un film de Gregston à l’affiche, des représentations altérées de personnages que Cullen connaît dans son autre vie…
     Le roman se clôt magistralement par deux chapitres étonnants, aussi bien par leur traitement inattendu que par la violence brusque et frénétique d’une scène d’une intensité rare… qui justifie peut-être à elle seule la présence de ce titre dans la collection Terreur ?
     Au final, Os de lune est un roman court, original, rythmé, bien écrit, qui se lit d’une traite. On en ressort sonné, mais totalement conquis.
Os de Lune de Jonathan Carroll, 9.0 out of 10 based on 1 rating

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