Parchemin et traverses 3 de Anthologie

Les Bienfaiteurs
de Michaël Fontayne
Quand une entreprise accomplit à bien sa tâche, même bénévolement, elle vient toujours demander si le client est satisfait du résultat. Mais les hommes sont si ingrats parfois.

Ombroisie
de Menolly
J’ai une ombre de trop. c’est arrivé ce matin. Carnet de bord d’une jeune fille qui s’est attaché à cette nouvelle ombre, et elle n’est pas la seule.

L’Errance du Prosélyte
de Cédric Chaillol
Le capitaine Resmus commande le Prosélyte, l’immense vaisseau transportant l’espoir de tout un peuple et qui manque désespérément de piété et de fidèles, son messie est prêt à tout pour renouveler son culte

Qui souffle sur le mobile des mondes de Tibault le Songes
Qui peut prévoir la course de l’univers, cette vieille dame folle…

Prévisions
de Michaël Doguet
Quand une météorite s’écrase sur Terre, les chats rêvent d’écriture, les humains de sexe ou de bière.

Bulle, le monde et moi
de Régis Aubert
Bulle s’en va, il faut le rattraper. Vite, l’océan est tout près

Les illustrations
par Daniel Alexandre, Raphaël Del Rosario, Stéphanie Dubut, Sébastien Gollut, Sophie Léta, Marchetto, Zariel

Les Bienfaiteurs
de Michaël Fontayne
Ce texte a bien failli prétendre au titre tant convoité de plus courte nouvelle du webzine, mais il l’a manqué de peu finalement. C’est de la sf classique dans le contexte actuel, toujours un bon petit cataclysme et des conséquences affreuses et désastreuses pour la Terre. Si vous avez aimé Ravages et Dr Bloodmoney, ça passera. Vous aurez peut être même un petit fou rire.

Ombroisie
de Menolly
Expérience interessante de Menolly, qui prend ici la forme d’un journal intime. Comme tout bon journal, son auteur saute des jours, passe plusieurs semaines sans l’ouvrir, et nous livre toujours des états d’âme palpitants sur sa vie de tous les jours, les amours des ombres, les ombres qui s’enfuient, les ombres qui gèlent. Peu à peu, le texte se modifie, l’héroïne se transforme en scientifique confrontée à une autre forme de vie inconnue, et qui essaye d’analyser son comportement. D’ailleurs la science ne peut rien pour elle, la magie des ombres est hors de sa portée, elle en fait la cruelle expérience.

L’Errance du Prosélyte
de Cédric Chaillol
Description assez édifiante de la vie des passerelles des vaisseaux spatiaux. Les premières lignes sont tout simplement géniales. D’habitude, les auteurs ne s’attardent pas sur ce moment, mais ici, Cedric Chaillol nous décrit en détail les interactions entre capitaine et techniciens. Une référence du genre selon moi. Mais l’interêt de l’oeuvre ne réside pas là, car la trame , assez explicitement revélée par le titre, est la religion. Je soupçonne l’auteur d’en vouloir aux religions, et d’essayer ici de transposer la réalité des choses sur Terre mais dans l’espace et dans le futur. On pourrait même imaginer que les infidèles dont il est question dans cette nouvelle sont en fait les humains, nous n’en avons aucune preuve mais pourquoi pas, après tout. Le prosélyte serait donc en train d’essayer d enous convertir pour assouvir ces besoins. En tout cas, le sectarisme de toute religion est bien mis en avant ici, le capitaine Rasmus est peut être le seul être sain du vaisseau. Et si l’athéisme était la voie de la Raison, et la religion une hérésie. Cioran ne renierait pas les idées contenues ici.

Qui souffle sur le mobile des mondes de Tibault le Songes
Je ne sais pas quoi penser de ces quelques paragraphes, qui couvrent moins d’une page. Très court, mais très intense. Un poême en prose, c’est la seule chose qu’on puisse vraiment dire dessus. Une métaphore filée, un certain hermétisme, mais un texte de toute beauté qui intrigue le lecteur, c’est le moins qu’on puisse dire.

Prévisions
de Michaël Doguet
Il en faut donc voici la parodie du jour. Mais paradoxalement, une parodie sérieuse. De la physique quantique éthylique, des complexes spatio-temporels dénudés, des numéros du loto improbables, des envies de mariage gênées par une certaine maladresse dans les gestes nécéssaires à la conception des enfants. On aborde ici une foule de sujets assez sérieux, mais traités de telle façon, qu’ils en sont ridicules. Notons aussi l’apparition d’un nouveau magazine, bière et chasse magazine, qui ne dépareillerait pas dans toutes les parutions actuelles et pourrait trouver un lectorat assidu de par la qualité incontestable de ses articles. Quand aux problèmes liés au temps, ils sont evidemment incompréhensibles. Si je vois l’avenir, suis je obligé de le faire? Mais si je le sais, c’est donc que les évènements de mon avenir sont inéluctables et que je dois les accomplir même si à priori j’ai la possibilité de rester dans mon fauteuil! Vous n’avez rien compris, c’était bien le but je crois.En tout cas, peut être que le gagnant du loto de mercredi prochain établira une dictature à la Pot-Pot…

Bulle, le monde et moi
de Régis Aubert
Si il y a une chose à dire qui n’a été dite nulle part ailleurs, c’est que les dessins qui accompagnent ce texte, le servent tout à fait bien, et rendent totalement les émotions qu’il dégage. Des dessins au fusain parfaitement adaptés, et je n’en imagine pas d’autres pour illustrer cette oeuvre. Bravo à l’illustrateur qui a su maitriser son sujet.
Venons en au texte lui même. Là encore, félicitation à Régis Aubert, qui a su me faire pleurer à la lecture de ce texte. Bizzare, il l’est, mais il contient encore bien d’autres choses, en parler en détail reviendrait à leur ôter leur pouvoir magique. Les dialogues sont laconiques, les description sommaires, mais le tout suffit largement. C’est une sorte de quête picaresque d’un enfant qui veut atteindre l’océan à tout prix et, sur sa route, il ne fera pas que découvrir le monde, il découvrira bien d’autres choses, des choses qui nous manquent, des choses qui nous sont essentielles, et c’est là la grande force de la naiveté du héros.

Les illustrations
Je n’ai rien de négatif dire aux illustrateurs, sauf de continuer à faire du bon boulot comme ça. Les illustrations sont vraiment superbes quoi qu’on en dise, que ce soit des dessins au fusains, à l’aquarelle ou à l’ordinateur, ils sont tous de très grande qualité et reflètent une bonne connaissance des oeuvres liées. Les dessins s’attachent à un point particulièrement crucial de l’histoire et lui ajoutent un nouveau point de vue tout à fait pertinent. N’oublions pas non plus l’illustration de couverture qui, bien que n’étant rattachée à aucun thème particulier, m’a particulièrement plu. Elle nous laisse le libre choix quand à son interprétation, elle reflète bien l’éclectisme de ce numéro.

http://editions.parcheminstraverses.com/pdf/ParcheminsTraverses_3.pdf
parchemins et traverses (2005)62 pages ISBN : 2-9524693-1-8 Couverture : collectif

Laisser un commentaire