Passerelles 2012 – Compte Rendu

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Pour la quatrième année consécutive, l’évènement Passerelles s’est tenu à la médiathèque de l’Espal avec pour thématique cette fois « Utopies et Cités Utopiques ». Pour l’occasion, nous avons eu la chance d’accueillir Joëlle Wintrebert, Sylvie Denis et Mathieu Gaborit.  Voici un compte-rendu – non exhaustif – des échanges.

La Place de la Science-Fiction aujourd’hui

La première question concernait de façon globale la place de la SF de nos jours, notamment par rapport aux phénomènes de « mode » comme c’est le cas pour la Bit-Lit ces derniers temps. Le phénomène publicitaire qui entoure certains courants tels que la Bit-Lit (représentée entre autres par le succès de Twillight) ou l’Héroïc-Fantasy a pour conséquence de produire de grands étalages de titres autour de ces sujets alors qu’en regardant quelques années en arrière, un équilibre existait entre les différents genres.

La remarque a aussi été faite que peut-être la Science-Fiction souffre-t-elle de l’image d’une lecture nécessitant plus de bagages notamment scientifique,  avec des codes qui peuvent rebuter certains lecteurs.

 

L’Utopie : qu’est-ce-que c’est ?

L’utopie trouve son origine étymologique de tupos qui veut dire lieu, adjoint d’un u qui veut aussi bien dire qui n’existe pas que « bien ». Il s’agit donc d’un lieu inexistant qui est « bien » pour ses habitants, une cité idéale où l’égalité est présente. La définition originale ayant dévié rapidement vers la pensée que l’Utopie est un lieu chimérique uniquement.

Si Platon est parmi les premiers à créer une utopie, celle de Thomas More, Utopia est la première à donner son nom à ce « genre » en devenir. Pour comprendre cet écrit de Thomas More, il faut se replacer dans le contexte de l’Angleterre contemporaine de l’auteur. L’appropriation des Terres par de riches propriétaires  a rendu l’accès à certains lieux difficiles voire impossibles au petit peuple. L’Utopie de Thomas More redonne l’accès à ces ressources partagées à l’ensemble de la population.

Sylvie précise par ailleurs que l’Utopie est une des origines de la SF.

D’un point de vue historique, Joëlle rappelle quelques expériences utopistes, comme le Familistère de Godin qui a tenu pendant près de 50 ans. La deuxième expérience, Auroville, toujours en cours, n’arrive pas à l’autosuffisance.

Mathieu rappelle aussi que l’utopie se réfère énormément au Communisme et qu’il y a un côté « paternaliste » assez gênant dans la démarche.

Le côté intéressant est qu’au début du siècle l’Utopie était souvent représentée au travers des évolutions technologiques et donc les villes alors que le retour à la nature, ou tout au moins l’harmonie avec la nature,  semble au cœur des préoccupations actuelles.

 

Utopie et Dystopie

Au cours de la discussion est apparue la notion de « Dystopie », qui est l’opposé de l’utopie. Il s’agit d’une société marquée par  le mal et la corruption.

Le fait de créer une utopie a pour conséquence de vouloir tout contrôler et cela peut avoir pour conséquence la modification de la cellule familiale et l’utilisation de mercenaires pour protéger cette société qui semble agréable et belle. D’ailleurs l’utopie propose la même chose à tout le monde alors qu’il existe probablement autant d’utopies que de personnes… L’Utopie désingularise l’individu et contraint à une forme d’unicité : L’Utopie oblige à la règle et peut donc glisser très facilement dans le totalitarisme même si l’idée de départ est bien de rendre tout le monde heureux.

L’exemple de « Le Meilleur des Mondes » est parlant : malgré cette société absolument totalitaire, les personnes sont vraiment et fondamentalement heureuses… La frontière entre utopie et dystopie devient faible.

Si l’utopie semble donc systématiquement vouée à glisser vers ce totalitarisme, les auteurs s’appuient sur leur vécu et leur environnement pour toujours proposer autre chose, l’idée utopique est pour sa part importante pour essayer de trouver une fois vers quelque chose de non figé.

L’utopie ne concerne d’ailleurs pas que la littérature puisque l’architecture elle aussi a connu ses utopistes tel Le Corbusier et les Cités Radieuses.

 

Utopie versus Uchronie

Le courant de l’Uchronie s’appuie beaucoup plus sur la réalité que l’utopie pour crédibiliser l’histoire. A partir d’un élément du passé, un évènement divergent et nous voyons les résultats de cette divergence. Il s’agit d’un jeu sur l’histoire et le fait historique qui peut déboucher au final sur une Utopie.

Par quels titres aborder l’Utopie ?

  • Les Dépossédés d’Ursula Le Guin
  • Utopie de Thomas More
  • Tancrède, une uchronie d’Ugo Bellagamba
  • Le Cycle de la culture de Iain M. Banks
  • Viriconium de M. John Harrison

Questions libres aux auteurs

Après cet échange sur l’uchronie, des questions plus libres quant au métier d’auteur et traducteur ont été posées avec un focus intéressant sur la loi passée récemment sur la numérisation des œuvres indisponibles. Une pétition est présente ici http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2012N21047 et explique succintement le sujet.

 

Actualité des invités

Sylvie Denis : La suite de la Saison des Singes est en cours d’écriture avec une sortie prévue  cet été à l’Atalante. La Saison des singes sera rééditée en même temps. En ce qui concerne Haute-Ecole, une suite est toujours prévue

Joëlle Wintreberg : un roman est en suspens,  Joëlle se concentre actuellement sur deux traductions d’un volume important

Mathieu Gaborit : Un roman interactif est en cours de même qu’une anthologie de nouvelles.

 


Pour Aller plus loin

Voici la liste des titres qui ont été cités au cours de la journée :

  • 1984 de Georges Orwell
  • Utopia de Thomas More
  • Les 500 Millions de la Begum,  Paris au XXè Siècle, 20000 lieues sous les mers, l’ïle Mystérieuse de Jules Verne
  • Fahrenheit 451 de Ray Bradbury
  • Pollen de Joëlle Wintreberg
  • Les Dépossédés d’Ursula Le Guin
  • Tancrède, une uchronie d’Ugo Bellagamba
  • Le Cycle de la culture de Iain M. Banks
  • Viriconium de M. John Harrison
  • Le Meilleur des mondes de Ray Bradbury

Sur la photo (de gauche à droite et en bas d”abord) : Christine Rabin (de l”Espal), Joëlle Wintrebert, Mathieu Gaborit, Sylvie Denis et moi-même en haut.

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