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En débouchant devant le Safass Thin, Laurent et Darcel assistent à une éruption qui provoque la fuite de leur porteur, effrayés par la manifestation de cette colère divine, le ci-devant volcan étant assimilée dans la culture animiste de Zarkass à un dieu. Les deux hommes, suivent peu après leurs porteurs, en dépit de leur statut de géologues qui devrait les pousser à s’y interesser un peu plus. Il faut dire qu’ils ne le sont pas vraiment, car la planète Zarkass, sous protectorat Terrien, a depuis peu signé un traité avecune autre race interstellaire, les Triangles. Et depuis lors, les relations avec les terriens se sont dégradées, leurs droits ont diminué tandis que les Triangles montaient en puissance. Les deux humains ont pour mission d’en découvrir le plus possible sur cette menace, car Zarkass étant la seule planète où les humains peuvent vivre hormis la Terre, la conserver est un en enjeu vital.
Quelques heures plus tard, Laurent apprend par un message codé qu’un vaisseau Triangle s’est écrasé non loin de leur position, immédiatement, l’expédition prétenduement géologique change d’itinéraire pour se rapprocher du lieu du crash, qui est prèsdu terrible fleuve dieu, un cours d’eau gigantesque dont la traversée constitue une épreuve à elle seule. Mais il y a pire, car ils soupçonnent l’un de leurs porteurs d’être un zarkassiens évolués, c’est à dire un autochtones civilisé, agent du gouvernement local. Ils doivent donc se méfier de lui pour éviter qu’il ne les dénoncent aux autorités s’il se doute de leurs véritables activités, la partie ne sera pas de tout repos.

La première impression ressentie à la lecture de ce livre, c’est son atmosphère coloniale. Nous sommes sur une planète étrangère, placée sous protectorat humain, car les terriens sont plus évolués et avancées scientifiquement, avec une administration à forte composition humaine. En outre, les héros font la différence entre les zarkassiens primitifs, qui restent fidèles à leur traditionsd’avant l’arrivée des hommes, et les zarkassiens évolués,qui tentent d’imiter les hommes et d’adopter leurs manières, comme les tenues vestimentaires ou les maisons. Il va sans dire que les humains y sont condescendants, considérant avec humour ces vaines tentatives d’imitation. D’ailleurs, Laurent et Darcel montrent assez vite que leur préférence va aux primitifs; qui, s’ils sont plus naïfs, sont plus sincères et sympathiques, digne de la protection humaine peut on lire en pointillé.
Mais ne nous y trompons pas, l’intention de Wul n’est pas d’en faire l’éloge, mais au contraire de dénoncer le système. Ecrivant à la fin des années 50, il ne peut qu’être marqué par la vague de décolonisation qui aboutira incessamment au démantèlement de l’empire français. Là, les zarkassiens finiront par s’en sortir, grâce à leurs capacités et non grâce à ce que leurs ont apportés les terriens. Car ils ne sont pas sans ressources, et si la science humaines semble la plus forte, les traditions magiques zarkassiens, bien stimulées, s’avèrent les plus fortes.
En allant plus loin, on pourrait lire dans la représentation des triangles, une métaphore de l’URSS, qui a essayé de se forger des alliances avec les anciennes colonies européennes pour les rallier à sa cause. ( rappelons nous de l’angola par exemple) Dans ce cas là, les humains seraient aussi dans un sens plus général, l’occident non communiste. Et le message devient plus fort, car non seulement les zarkassiens sont capables de se libérer, mais aussi d’échapper à la division manichéenne que les circonstances leur imposent. Autant dire qu’ils ont eux aussi leur mot à dire, et qu’ils sont aussi capable que leurs alliés protecteurs.
L’histoire est courte, mais bien ciselée comme les autres histoires deWul. Le style est rapide, ne s’embrouillant pas de descriptions inutiles, malgré le contexte exotique. L’action est privilégiée avant tout, les héros courent partout et ne nous assomment pas de leurs pensées, de leurs tergiversations.Au final, un livre qu’on dévore en une soirée une fois qu’on est dedans.


Une planète-jungle où la vie prolifère, où les indigène font peau neuve devant tout le monde, où les momies n’en finissent pas de mourir. Une atmosphère étouffante, un grouillement d’insectes, une race antique dont l’arche est moins perdue qu’il n’y paraît. Une expédition terrienne, deux aventuriers qui sont un peu chercheurs, un peu géologues… et un peu espions. Parviendront-ils à déjouer les soupçons de la police locale, à déjouer sa vigilance ? Il ne suffit pas d’entrer dans la peau d’un autre pour passer inaperçu dans cet univers. Encore faut-il en sortir avant que se referme le PIEGE SUR ZARKASS.
Robert Laffont Presse Pocket (1981)190 pages ISBN : 2-266-04236-x (1958)
Couverture : W.Siudmak
Robert Laffont 1958

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