Porte (la) de Karim Berrouka

Dans leur petite cabane, plantée au beau milieu d’un désert aride et inhospitalier, affalés sur leur canapé, au coin d’un bon feu, le ventre plein de la chair bien grasse d’un missionnaire, un des nombreux qui garnit le garde-manger, les deux garous philosophent. Ou du moins essayent, car le deuxième souffre d’indigestion. Comme un glouton, il s’est goinfré et en paie maintenant les conséquences. Et alors que la discussion allait vraiment démarrer, on frappe à la porte. Derrière, 3 belles et mystérieuses jeunes femmes, apparues comme par hasard au milieu de ce désert peu fait pour trois personnes si frêles. Mais peu importe, rendus aimables par leur festin, nos deux compères leur accordent sans problème le gite pour la nuit, alors que la tempête sévit dehors.

Mais le lendemain, puis encore le surlendemain, on frappe encore à leur porte, et de nouvelles personnes arrivent. Alors ils prennent leur disposition, lassés d’être interrompus pendant leurs discussions cruciales. Et le quatrième soir, ils attendent de pied ferme leur prochain probable visiteur…

Ah Karim Berrouka, depuis quelques années, on le retrouve constamment au sommaire des plus grands fanzines, webzines, magazines et anthologies du fandom français. Et toujours avec une nouvelle qui éclipse la plupart de ses voisines, sa première publication individuelle était attendue depuis longtemps. Dommage, ce n’est pas un roman mais une novella : La Porte, ou comment un objet du quotidien peut causer bien des désagréments.

Les loups garous, normalement, ça n’aime pas être dérangé, surtout quand ils ont le ventre plein et sont plongés en pleine discussion métaphysique. Et pourtant, par une étrange série de coïncidences frisant la provocation, ils vont l’être quatre soirs de suite, et parfois de manière violente. Autant dire qu’à la fin, ils commencent à vraiment s’énerver, surtout quand leurs hôtes s’éclipsent sans même un remerciement, une fois le matin venu.

Cette petite fable est brillante. Pleine de bons mots, d’un humour très fin avec des situations s’enchaînant les unes aux autres à l’aide de ressorts comiques bien placés, et bénéficiant en outre d’un vocabulaire très riche, qui lui aussi concourt à rendre ce texte drôle. On y trouve finalement un peu de tout, des leçons de politesse, de philsophie, quelques sentiments irrévérencieux envers la religion, un nain aussi, bref des trucs sympas qui, il faut le noter, ne sont même pas barbants. ( sauf le nain, mais un nain imberbe, ça n’existe pas)

Petit prix, grande qualité, La porte est un texte court mais efficace, une petite perle un peu plus longue que celles que nous livrent d’habitude Karim Berrouka, mais qui va à ravir. Prenez une heure pour lire cette novella, vous ne le regretterez pas.

Dans leur petite cabane, plantée au beau milieu d’un désert aride et inhospitalier, affalés sur leur canapé, au coin d’un bon feu, le ventre plein de la chair bien grasse d’un missionnaire, un des nombreux qui garnit le garde-manger, les deux garous philosophent. Ou du moins essayent, car le deuxième souffre d’indigestion. Comme un glouton, il s’est goinfré et en paie maintenant les conséquences. Et alors que la discussion allait vraiment démarrer, on frappe à la porte. Derrière, 3 belles et mystérieuses jeunes femmes, apparues comme par hasard au milieu de ce désert peu fait pour trois personnes si frêles. Mais peu importe, rendus aimables par leur festin, nos deux compères leur accordent sans problème le gite pour la nuit, alors que la tempête sévit dehors.

Mais le lendemain, puis encore le surlendemain, on frappe encore à leur porte, et de nouvelles personnes arrivent. Alors ils prennent leur disposition, lassés d’être interrompus pendant leurs discussions cruciales. Et le quatrième soir, ils attendent de pied ferme leur prochain probable visiteur…

Un nain tout de métal bardé errant dans le désert, deux loups-garous philosophes – et une légère crise de foi -, trois femmes belles et mystérieuses, une horde de barbare à l’humour barbare et aux manières barbares, vingt-quatre cadavres presque morts et une pénurie d’allumettes…

Et bien sûr, une porte.

Ouverte ou fermée, grattée, toquée ou explosée, de chêne ( massif, renforcée de fer forgé) ou de frêle bouleau, elle est le pivot grinçant de ce conte férocement dégondé.
Griffe d’Encre Novella (2007)70 pages 8.00 € ISBN : 978-2-9529239-4-1 (INED)
Couverture : Alain Valet

Laisser un commentaire