Porteurs d

On ne tolérait plus d’entorse, même vénielle, aux lois de la République. Les acteurs, chanteurs, artistes, écrivains et autres intellectuels n’avaient plus d’autre cause à défendre qu’eux-mêmes, un travail à plein-temps avec la multiplication des célébrités vomies par la télé-réalité.

Léonie, jeune africaine sans papier, participe à une expérience sur une nouvelle molécule : travail lucratif qui va lui permettre – espère-t-elle – de pouvoir reprendre un peu la main sur sa vie suite à sa fuite de chez sa tante… Tante qui la forçait à satisfaire un certain nombre de clients amateurs de jeunes femmes noires.
Cyrian est un jeune homme de bonne famille, étudiant à l’EESS (Ecole Européenne Supérieure des Sciences) qui n’a d’autre but pour l’instant, que de réussir à rentrer dans la confrérie des Titans. Des épreuves l’attendent encore avant d’être intronisé dans un des groupes les plus puissants de France.
Edmé est un lieutenant de la criminelle. Vieux et mysogine, il va s’intéresser de très près à un meurtre perpétré aux alentours de la Marne sur une personne probablement SDF et ce, contre l’avis de ces responsables.

Pierre Bordage va nous permettre dans ce nouveau roman de voir le monde à travers des yeux neufs.
En effet, dans ce roman, ce qui me semble le plus important est la façon dont Cyrian va redécouvrir le monde à travers les yeux de Léonie, une sans-papier victimes de toute l’immondice possible du monde : violée, frappée, vendue comme esclave sexuelle, traquée par son oncle et sa tante mais aussi par la police, dans un monde devenu intransigeant envers la présence des étrangers.
Danger des temps nouveaux ? Possible… A l’annonce des mesures prises pour renvoyer un grand nombre de sans-papiers chez eux, on peut se demander si le récit de Pierre n’est pas encore une fois un tout petit peu trop réaliste. Les policiers ont des méthodes radicales pour régler le problème de la misère comme en témoigne le sort reservé au squat de Dennis.
Cyrian, jeune homme protégé, va donc se rendre compte que sa vie, dont il aurait tendance à se plaindre assez facilement, demeure finalement une vie de rêve.
Léonie nous donne une grande leçon de vie dans sa façon de toujours vouloir surmonter les nouvelles épreuves qui surgissent face à elle, son envie de lutter coûte que coûte et malgré tout…
Le côté SF tient uniquement au moyen qu’a trouvé Pierre de nous mettre en face de cette réalité. Le translateur d’âme permet à des privilégiés de “changer” de corps et donc de vivre pendant quelques jours à travers l’esprit d’un “vaisseau”.
Encore une fois, j’ai été emballé par ce roman.

Léonie, achetée enfant au Liberia, séquestrée, prostituée, s’enfuit à vingt ans de son enfer pour se retrouver clandestine et sans papiers dans les rues de Paris. Edmé, inspecteur désenchanté à la Crim’, déprimé par les violences, la misère et le cynisme qu’il côtoie chaque jour, découvre un étrange charnier dans la Marne, Cyrian, fils de famille en mal de raisons de vivre, se prête à un voyage expérimental d’un genre nouveau, pour trouver le frisson de l’extrême : le transfert de l’âme dans un corps d’emprunt… Leur point commun ? Tous trois sont porteurs d’âmes, comme tous les êtres humains. Mais parfois les âmes ne sont pas où elles devraient être.
Au Diable Vauvert (Mai 2007)502 pages 23.00 € ISBN : 9782846261333

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