Quarante signes de la pluie (Les) de Kim Stanley Robinson

Quand on pense à Kim Stanley Robinson ( KSR pour les intimes…), on pense généralement à sa trilogie martienne, c’est à dire à de la hard science mâtinée de planet opera ( si tant est qu’on puisse qualifier la trilogie de planet opera). Mais l’auteur a d’autres cordes à son arc, car si son sujet de prédilection reste l’écologie, la protection de l’écosystème ( prédominant dans Mars), cette nouvelle trilogie prouve qu’il sait aussi faire de l’anticipation à court terme, avec une forte connotation catastrophiste.

En effet, dans Les Quarante signes de la pluie, nous suivons Charlie, conseiller scientifique d’un sénateur américain défendant des projets de loi écologiques, son épouse Anna, qui est cadre à la Fondation nationale pour la science (NSF), une agence gouvernementale chargée de coordonner les projets de recherche et d’attribuer des subventions, et Frank, un scientifique californien détaché à la NSF pour un an, mais aussi des moines bouddhistes ambassadeurs d’une nation insulaire fictive, le Khembalung, ou encore des chercheurs d’une start up californienne travaillant sur une méthode de thérapie génique. A l’aide de tout ce petit monde, KSR tente de décrire un tableau sombre de la recherche scientifique américaine à l’heure où le changement climatique s’emballe, avançant de plus en plus vite vers une situation inaltérable, où la banquise diminue de plus en plus, le gulf stream est sur le point de disparaître et la mousson a disparu du sud est asiatique. Bref, on pourra rapprocher ça du très bon Aqua de Jean Marc Ligny, qui se déroule plus sur le terrain, alors que le présent roman prend plutôt place dans les hautes sphères, là où – en l’occurrence – ça ne se décide pas.

Et le principal défaut du roman est là, ça se passe trop en amont, et par conséquent, il ne se passe pas grand chose dans le roman. Aucune véritable action, l’auteur nous montre le processus d’attribution des subventions scientifiques, on a droit à des conférences mystiques sur le bouddhisme, des héros nous font de belles démonstrations d’escalade, voire de surf, tout le monde vit sa petite vie, Charlie, qui travaille chez lui pour élever son fils Joe, encore bébé, nous permet d’observer par le détail la vie d’un enfant en bas âge, Frank nous régale de son cynisme teinte d’une obsession pour la théorie du jeu et le dilemme du prisonnier. Bref, il ne se passe rien, la situation climatique évolue au fil des pages, mais l’action est trop décousue, on dirait même déconstruite, pour vraiment former un tout cohérent avec des problèmes, des obstacles et des rebondissements.
A peine le roman fermé, je suis bien en peine de dire de quoi il parlait vraiment, ça part vraiment dans tous les sens.

Heureusement, KSR est un bon auteur, et le roman reste agréable à lire. Les personnages sont bien construits, leurs personnalités profondes, et on prend du plaisir à suivre leurs petites vies tranquilles, aussi monotones soient elles ( et elles le sont, certains chapitres semblent tirés d’un épisode des bisounours). En fait, on ne peut qu’espérer que ça évoluera avec le second tome, mais ça n’ecuse pas tout, car l’intrigue est vraiment trop dilué pour être véritablement apprécié. Un ratage dans les grandes largeurs.

Demain, à Washington… Anna et Charlie Quibler oeuvrent aux applications des découvertes scientifiques visant à améliorer la vie sur terre, Anna comme chef de projet à la National Science Foundation, Charlie au titre de conseiller pour l’environnement de Phil Chase, sénateur plein de bonne volonté mais d’une efficacité relative. Or l’enjeu est de taille : il s’agit d’alerter le monde sur les dangers du réchauffement climatique global et de convaincre une adminstration réticente de prendre les mesures qui s’imposent.
L’urgence devient criante lorsque la banquise se délite au Groenland, empêchant le Gulf Stream d’exercer son action régulatrice.
Dès lors, c’est la réaction en chaîne : de terribles tempêtes frappent la Californie, puis éclatent un peu partout dans l’hémisphère Nord ; des pluies torrentielles s’abattent sur Washington, qui est engloutie sous les eaux.
Pour l’humanité, l’adoption des lois préparées par Charlie est désormais une question de vie ou de mort…

Presses de La Cité (Octobre 2006)397 pages 21.50 € ISBN : 2-258-06891-6
Traduction : Dominique Haas
Titre Original : Forty Signs of Rain (2004)

Couverture : Didier Thimonier

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