Question de mort de Johan Heliot

Club Van Helsing 4

A travers les Etats-Unis, un homme portant un masque de cuir enlève des hommes et des femmes et les fait participer à la plus horrible des émissions. Son Snuff-quizz, nommé Question de mort, repose sur un principe simple : il pose une énigme, une réponse correcte n’apporte rien, une mauvaise réponse provoque la mutilation du perdant. Et à ce petit jeux, les corps redeviennent très vite d’une sobriété effrayante. Le sphinx, puisque l’homme s’apparente à la créature mythologique vaincue par Oedipe, a tôt fait de découper quelques membres, arracher quelques dents, énucléer quelques yeux.

C’est grâce à son moteur de recherche personnel, Boogle, que Big B a découvert ce macabre jeu diffusé sur quelques sites asiatiques de partage de vidéos. Aussitôt, il contacte un de ses employeurs occasionnels, Hugo Van Helsing, qui lui donne carte blanche pour traquer et élimner ce sphinx adepte de l’énigme insoluble. A bord de son Hummer 3, Big B, un obèse à l’intelligence redoutable, se lance dans la chasse. A force de recoupements, il a tôt fait de repérer sa proie et de lui fondre dessus. Et pendant ce temps, le sphinx, inconscient du danger, continue de recruter de nouveaux candidats et de les faire tourner dans son émission tordue. Et déjà, dans son dos, se profile l’ombre gargantuesque de l’Oedipe nouveaux, adipeux, graisseux mais maître dans l’usage des nouvelles technologies.


Dernier tome de notre première fournée de chasseurs de Van Helsing, Question de mort est l’oeuvre de Johan Heliot, le célèbre compère de Xavier Mauméjean et jeune auteur prolifique et prodige de la science-fiction française. Pour lui qui avec Bloodsilver, un de ses dernier ouvrages, posait une énigme à l’édition française au sujet de la véritable identité de l’auteur de ce livre publié sous pseudonyme, rien de plus naturel que de continuer sur la voie du mystère en redonnant vie au mythique Sphinx. Le Sphinx, créature ambivalente qui incarne à la fois le monstre anthropophage et fan de Julien Lepers, ou encore le défenseur de l’humanité contre les hordes maléfiques, est revenu sur Terre, et il a très faim.

Cette fois, malheureusement pour les malheureux Thébains à la bannière étoilée – et heureusement pour la collection – il a choisi de redevenir le méchant sphinx, celui qui jongle avec les devinettes pour coller ses victimes. Géniale réécriture du mythe par Johan Heliot, qui sait l’adapter à l’époque moderne sans le dénaturer. Le Sphinx y apparait effrayant, mais digne de pitié vers la fin, alors que l’Oedipe, repoussant et asocial au déut, n’y gagne guère en réputation à la fin, si ce n’est qu’il a su montrer sa légendaire perspicacité, et aussi son incroyable froideur. D’ailleurs, on ne l’envie guère quand on comprend les tenants et ls aboutissants de l’histoire.

Mais nous n’en sommes pas encore là, car Johan Heliot sait aussi dénoncer quelques travers de la société américaine tels la paupérisation croissante ou la consommation de masse, sans en avoir l’air, en distillant ses critiques parmi des propos banals servant l’histoire qui plus est. La folle fuite du Sphinx et de ses assistants à travers le pays est l’occasion d’une plongée dans l’horreur d’un pays qui, sous une apparence éclatante, révèle toute sa bassesse et son impuissance. Personne n’est épargnée, et notre anti-héros paraitrait presque plus antipathique que le monstre qu’il combat, simple victime du système.

En conclusion, un style efficace, adapté au contexte, qui valorise le contexte télévisuel de l’histoire et propose une vision de l’Amérique qui, si elle n’a rien d’exceptionnelle, n’occupe pas tout le propos comme c’est parfois le cas. La part belle est faite au duel entre le chasseur et le monstre, pour une histoire pleine de rebondissements et sans pesanteur ( quoiqu’avec Big B…).

De Chicago à Dallas, un commando s’introduit de nuit auprès de familles, riches ou pauvres, dans le seul but de les interroger. On ne distingue de ce jeu macabre que les images tressautantes et griffées diffusées clandestinement sur le Net : hurlements, cagoules de cuir, mère éplorée, moteur de tronçonneuse quand le candidat échoue à répondre.
Baleine Club Van Helsing (2007)187 pages 9.90 € ISBN : 978-2-84219-4 Couverture : www..2visudesign.com
Baleine 2007

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