Rencontre avec Erik L’Homme

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Erik L’Homme est l’auteur de nombreux livres jeunesses parmi lesquels nous pourrions citer Le Livre des Etoiles ou encore A comme Association, écrit en parallèle avec Pierre Bottero.

Après une année sabatique, Erik revient avec Nouvelle Sparteun roman d’anticipation destiné à un public plus âgé.

Et Erik a accepté de répondre à quelques unes de nos questions pour cette nouvelle année :).

Bonjour Erik, nous n’avons pas échangé depuis quelques temps maintenant alors j’ai envie de commencer par un : quoi de neuf ?

Surtout du vieux ! Je prends de l’âge… Mais c’est aussi ça, l’avantage d’être écrivain : on commence à devenir bon au moment où les sportifs prennent leur retraite ! Plus sérieusement, le neuf, ce sont les livres que j’écris et qui paraissent régulièrement, dans lesquels je m’efforce de me renouveler. Et puis, bien sûr, j’essaye aussi de vivre, le plus densément – lumineusement – possible. Car le principal carburant de l’écrivain, c’est sa vie.

Tu as pris une année sabbatique avant de revenir cette année avec un nouveau roman,  Nouvelle Sparte : pourquoi ce break ?

C’est en 2001 qu’est paru le premier tome du Livre des Etoiles, le début d’une incroyable aventure. Une succession de belles séries (Phænomen, Les Maîtres des Brisants, A comme Association, Terre-Dragon ) et de livres plus personnels (Le regard des Princes à minuit, Des pas dans la neige, Cochon rouge) ont jalonné la suite, m’offrant joies et fierté. Quinze ans plus tard, j’ai ressenti le besoin d’une pause, pour faire le point sur mon parcours, mes attentes et mes envies.

Nouvelle Sparte s’adresse à un public plus âgé que tes précédents écrits : tu penses avoir fait le tour ou s’agit-il simplement d’un nouveau challenge ?

L’année sabbatique que j’ai prise m’a permis, d’une part de me ressourcer, d’autre part, donc, de réfléchir à la suite. J’ai décidé de commencer un nouveau cycle d’écriture, au cours duquel je vais essayer de faire autre chose et autrement. J’inaugure ce cycle avec Nouvelle Sparte. Ce roman d’anticipation s’adresse effectivement à un public plus mûr, parce qu’il traite de sujets à la fois actuels et inhabituels, dans une langue qui surprendra les lecteurs, mais que j’ai voulu en résonance avec le fond du récit. C’est bel et bien (encore) un défi !

Dans Nouvelle Sparte, nous sommes plongés deux cents ans après une grande catastrophe dont nous ne saurons finalement pas grand-chose. Peux-tu nous parler du contexte de ton roman et – peut-être – de ce qui a conduit à ce nouveau redécoupage ?

Ce roman met en scène quatre espaces civilisationnels nés d’une terrible catastrophe qui a bouleversé notre monde (le roman se déroule deux cents ans après ces événements), dont un qui n’est qu’évoqué (La Muraille) et un autre seulement effleuré (le Darislam). Pour des raisons de complexité narrative, je me suis concentré sur Nouvelle-Sparte et la version post-moderne de la société dont elle est issue. L’Occidie, puisqu’il s’agit d’elle, devient alors un miroir dans lequel se redécouvrent au fil du récit les citoyens de Nouvelle-Sparte. Mais surtout, ce jeu de contrastes offre au lecteur la possibilité de porter un regard inhabituel sur sa propre époque et son propre monde, dans le double reflet occidien et néo-spartiate.

Le déclencheur est une série d’attentat… N’est-il pas difficile d’écrire sur ce sujet, notamment en intégrant le « Darislam » dans le contexte actuel ?

Nouvelle Sparte est un texte dense qui traite de philosophie, d’utopie, de dénonciation, de corruption, d’amour, de sensualité, d’argent, de spiritualité, d’initiation… Bref, bien des choses qui agitent notre propre époque et que le filtre de l’Anticipation me permet d’évoquer librement. Il est évident que je ne pouvais pas passer sous silence la problématique du terrorisme qui frappe les pays occidentaux depuis des années, terrorisme qui façonne fortement le quotidien de mes lecteurs. Après, les attentats commis dans mon récit sont liés au contexte futuriste du roman et seulement à eux.

Dans ton roman, la religion est très présente et revêt plusieurs formes avec notamment le Darislam qui elle-même a deux aspects (un sous forme d’extrémisme et un autre modéré) pendant que Nouvelle Sparte a plusieurs Dieux, ceux du monde grecs, et l’Occidie celui de l’argent. Mais au final, pour tous, il ne s’agit finalement que de pouvoir, non ? De plus, j’ai l’impression que ton message consiste essentiellement à rappeler qu’il faut se méfier des apparences : suis-je dans le vrai ?

Encore une fois, j’évoque dans mon livre beaucoup de sujets qui me tiennent à cœur, les fameuses « obsessions » de l’auteur autour desquelles se bâtit finalement une œuvre ! Si je devais sortir un seul thème du panier, décliné à l’envi au fil du récit, ce serait l’idée-force de la polyphonie du monde – et l’acceptation de sa pluralité, antidote à tous les totalitarismes.

Tu as témoigné récemment sur la paupérisation des écrivains de littérature jeunesse et notamment sur le pourcentage de droits d’auteurs qui différent suivant le public visé (jeunesse versus adulte) : peux-tu nous parler de la situation actuelle ?

Il faudrait davantage que quelques lignes pour évoquer la situation des auteurs. Pour faire court, disons que les droits d’auteur n’augmentent pas, que le volume général des ventes diminue et que les ponctions légales s’envolent ! Je suis heureux de vivre de l’écriture, heureux de ma liberté, mais fatigué de devoir payer toujours plus en gagnant toujours moins. Aujourd’hui, ce sont les à-valoirs qui nous permettent de travailler. Seulement, les auteurs ne sont pas des intermittents du spectacle, ils évoluent sans filet. Rien ne garantit qu’un éditeur acceptera un texte sur lequel on a travaillé six mois sans être payé. Ce risque fait partie du métier, bien sûr, et le rend excitant, pousse à être bon ! Mais les difficultés liées aux conditions du marché, aux galères de l’auteur pour négocier des droits suffisants avec son éditeur, et la pression financière de l’Etat, menacent les projets créatifs et novateurs, chronophages par essence et peu rémunérateurs. Quelles solutions ? Un coup d’arrêt à la multiplication exponentielle de la production dans le secteur jeunesse ? Une valorisation des droits d’auteur (avec, pourquoi pas, un coup de pouce de l’Etat) ? Une baisse des prélèvements, pour compenser les risques que nous prenons ? Un vrai statut pour les auteurs ? Sûrement d’autres choses auxquelles je ne pense pas forcément au moment de l’entretien !

Maintenant que tu es de retour à l’écriture, quels sont les autres projets que tu as ?

Cela fait longtemps que j’ai envie d’écrire un livre pour les adultes. Si la littérature jeunesse aide les lecteurs à grandir et à envisager le monde dans lequel ils devront se faire une place, la littérature adulte aborde les choses différemment. Elle offre des grilles de lecture alternatives du monde et de la vie, qui confortent ou confrontent les expériences des lecteurs. Je ressens le besoin à mon tour de proposer un déchiffrage de la trame. Première étape, la sortie d’un roman de littérature générale, Déchirer les ombres, chez l’éditeur Calmann-Lévy, pour la rentrée de janvier 2018…

Je te laisse comme de coutume, le mot de la fin !

Le rôle d’un écrivain, c’est aussi de changer l’angle d’un regard, susciter des émotions différentes, provoquer des réactions inattendues, pousser à la réflexion. C’est ce que je vise avec ce nouveau cycle d’écriture : surprendre ! Encore et toujours.

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