Rencontre avec Mel Andoryss

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© Othoth

Autrice et scénariste de bande dessinée, nous avions déjà pu chroniquer sur Fantastinet Les  enfants d’Evernight (en roman). Ce mois-ci, c’est aux éditions Lynks qu’elle parait avec le premier volume du Passageur :  Le Coq et L’enfant. On en parle ensemble :).

Bonjour Mel, pourrais-tu te présenter aux visiteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Bonjour ! Je me prénomme Mélanie, mais on me connait surtout sous le pseudo de Andoryss. J’ai 37 ans, et je suis scénariste de bandes dessinées depuis près de 7 ans. J’ai notamment sorti le Soufflevent avec Xavier Collette, ou Le Cercle avec Nesskain, aux éditions Delcourt. Depuis quelques années, je suis aussi autrice de roman, et j’ai publié l’Architective, ou encore la série des Enfants d’Evernight chez Castelmore. Je suis également enseignante en Sciences de la vie et de la Terre à mi-temps en collège, et je vis en région parisienne avec ma famille. Mes loisirs et passions sont la lecture, l’écriture, le dessins, les jeux vidéos, les jeux de plateau et les arts martiaux.

Tu es donc une autrice de roman mais aussi de bande dessinée : quelle est la différence à tes yeux entre les deux médias ?

Il y a de nombreuses différences, ça dépend de ce dont on parle!
Question écriture, pour moi, le processus est complètement différent. Dans le cadre d’un roman, je suis “dedans” quand je l’écris: je vis le film de mon histoire. Pour un scénario, je me trouve à “l’extérieur”: j’analyse, je découpe, je réfléchis autrement. Le temps d’écriture n’est pas le même non plus: un scénario est plus rapide à produire. Par contre, il demande plus de travail préparatoire, et il est également beaucoup plus contraignant, que ce soit en termes de taille comme de structure.
Concernant les histoires, certaines se prêtent bien à la bande dessinée car elles s’enrichissent de la dimension visuelle: c’est ainsi le cas du Cercle où l’un des héros voit des couleurs “différentes”. D’autres histoires, plus à l’interne, bénéficient de la plongée possible dans l’esprit du héros, comme l’Architective, et sont alors plus à leur place en roman.
Je finis par savoir ce qui est le mieux pour chaque histoire, même si au début ce n’est pas évident.
Enfin, le travail n’est pas le même dans les deux cas. En roman, je suis seule, c’est un travail très personnel, mais en BD, je suis sans cesse en contact avec mes coauteurs, qu’ils s’agissent des dessinateurs, des coloristes, d’autres scénaristes… C’est un travail pluriel qui nécessite un effacement de l’égo et de l’appropriation de l’histoire pour en faire une oeuvre multiple, où chaque talent a le droit de s’exprimer. C’est sans doute l’aspect le plus distinct entre les deux médias.

En roman, on te doit la série Les Enfants d’Evernight parue chez Castelmore : comment nous présenterais-tu ce cycle ?

Avec plaisir! C’est une histoire que j’affectionne beaucoup.
Le désir d’écrire les Enfants d’Evernight vient de mes propres lectures d’enfance… Peter Pan, Alice au Pays des merveilles, l’Histoire sans fin… l’enfant qui passe dans un autre monde, et qui y vit des aventures extraordinaires était pour moi le pilier de mes lectures, et j’avais le désir de réaliser une oeuvre dans cette lignée, un roman où mon héroïne partirait à son tour dans un monde que j’aurais créé. Et créer Evernight, c’était quelque chose! C’est sans aucun doute l’univers fantastique dans lequel je me suis le plus investie. Pour lui, j’ai créé une mythologie, des institutions, une législation, l’histoire de ses peuples et de ses villes… c’est mon monde de l’autre côté du miroir. mais je ne réponds pas à la question, là!
Les enfants d’Evernight raconte l’histoire de Camille, une petite anglaise qui vit à la fin du 19ème siècle et que son père veut envoyer en pension. Refusant cette éventualité, Camille s’endort la veille de son départ en faisant le vœu de ne pas se réveiller… et elle se réveille bien, mais dans le monde des rêves, de l’autre côté de la nuit! Sauf que ce monde, Evernight, a une règle très stricte: les enfants n’ont pas le droit de s’y promener à leur guise, car leur imaginaire est si fort qu’il pourrait tout y détruire. Mais si Camille s’y est réveillée, ce n’est pas un hasard, et elle va avoir toute les peines du monde à rentrer chez elle. Elle va vivre plein d’aventures, rencontrer le Marchand de Sable et les oiseaux de malheurs, et trouver finalement en elle une force qu’elle ne soupçonnait pas…
J’espère que ça vous a donné envie de le lire!

Si je t’ai proposé cette interview, c’est pour la parution du premier volume de Le Passageur chez les éditions Links : qu’est-ce qu’un passageur ?

C’est Charon, le nocher des enfers dans la mythologie grecque. Il fait passer les âmes d’un bord à l’autre. C’est en tout cas en me basant sur cela que j’ai créé le pouvoir de mon héros. Capable de voyager entre le monde des vivants et celui des morts, le Passageur est le seul à entendre les âmes affamées et à pouvoir les apaiser en leur faisant traverser le voile. Mais pour ça, il doit retourner à leur époque, et résoudre de leur vivant ce qui les a empêcher de mourir en paix! Un voyage de tout repos, en somme…

Ce qui m’a semblé être en avant dans un premier temps est la difficulté de la vie d’un adolescent « gitan sédentarisé » : est-ce quelque chose que tu as vécu ?

Absolument pas, mais c’est une réalité à laquelle ma profession d’enseignante m’a parfois confrontée, et ce déracinement, si on peut le constater, est presque “intouchable”. On ne peut rien faire de l’extérieur, car on n’appartient pas à la communauté, et les enfants eux-même ne lui appartiennent plus mais sont quand même considéré comme des “gens du voyage” par des camarades peu sympathiques. Ces enfants sont entre deux mondes, et le vivent plus ou moins bien selon les caractères et les situations. C’est aussi une réalité qui fait écho au pouvoir de Matéo.

Beaucoup de choses tourne autour du rejet du père pour ses racines et Matéo qui se retrouve malgré tout pris dans les traditions de son peuple : comment concilier cette forme de déracinement ?

C’est tout l’enjeu auquel le héros doit faire face! Trouver le bon équilibre entre un passé qui ne nous appartient pas (celui des parents, des ancêtres, et des traditions) et une réalité qui a d’autres exigences (la vie de lycéen, la nécessité de trouver son propre chemin…) est quelque chose qui pèse sur tout le roman. Mais même sans être un Passageur, c’est une question qu’un bon nombre d’adolescents se pose. Quelle part est-ce que j’accorde à ma culture, les attentes de mes parents, leurs exigences qui me précèdent, et quelle part je m’accorde à mes propres choix, au risque de décevoir des gens? C’est quelque chose de très universel et qui trouve son explosion au moment du passage à l’âge adulte. Matéo ne fait pas exception. Il cherche juste un équilibre entre la personne qu’il est, et ce qu’on projette sur lui.

De façon simplifié, Matéo se retrouve « Passageur » en dépit de toutes les règles : pourquoi vouloir provoquer cette situation de déséquilibre total pour l’adolescent ?

Parce que le déséquilibre est l’essence de l’adolescence, c’est la force qui fait basculer l’enfant vers l’âge adulte. C’est l’écart entre ce que l’on espère et ce qui a lieu, entre ce que l’on rêvait et ce que l’on peut faire, entre ce que nos parents voudraient et ce dont on rêve… l’enfant aspire le plus souvent à contenter les parents, à répondre à leurs attentes, aussi diverses soient elles. L’adulte est émancipé de ces exigences. Entre les deux, il y a donc le moment où on contemple l’abîme de ce que l’on doit franchir, et où rien n’est sûr. C’est cette période qui m’intéresse le plus, parce que c’est aussi à ce moment là que tout est possible.
Donner ce pouvoir à Matéo est juste une façon “fantastique” de représenter, finalement, une situation réelle.

J’ai bien aimé la mise en lumière d’une période peu connue de notre histoire : La Commune de Paris… Pour rassurer les amateurs d’histoire : les éléments rapportés ici correspondent à la vérité historique ?

Autant que possible pour les événements décrits dans le détail! L’avancée des Versaillais, la destruction des bâtiments, les grandes étapes de la semaine sanglante sont à leur place, et les descriptions ont été faites à partir de la documentation récupérée à cette fin. Je voulais que, au moins sur le déroulement des événements clefs, tout soit fiable. Néanmoins, ça reste un roman: il y a des passages qui ne se fondent sur aucune description historique, comme le trajet de Nation à Vincennes, à la fin, et certaines rencontre ne sont pas plus réelles, notamment lorsque mon personnages entrevoit quelques grandes figures de la Commune de Paris.

J’imagine que ce premier volume sera suivi de suites.. Beaucoup de sujets ont été ouverts dans ce premier opus : la survie de la famille, la découverte et la gestion du pouvoir, le retour aux racines… Tu imagines un cycle long ?

J’ai déjà en tête les grandes étapes de l’évolution de Matéo. Mais sur combien de temps? Mystère.
Je compte adopter une structure dans laquelle un volume est égal à une aventure auto-suffisante, et il serait bon que chaque volume soit à peu près indépendant, de sorte qu’on puisse lire la série dans le désordre . J’ai la structure du prochain volume, des idées pour au moins deux autres… on verra!

Quand pourrons-nous lire la suite ?

L’année prochaine à la même époque. Le volume 2 est découpé, et je compte le réaliser pendant l’été pour une sortie au printemps prochain.

J’ai remarqué que tu indiquais uniquement ton nom : y-a-t-il une raison particulière ?

Pas vraiment. J’ai commencé à publier mes bandes dessinées sous le pseudo d’Andoryss… et continuer avec les romans est apparu naturel.

Quelle va être ton actualité dans les prochaines semaines / Mois ?

Je travaille actuellement sur une série de BD mais elle n’est pas pour tout de suite! En roman, c’est un peu pareil, mes projets actuels ne sont pas encore signés… donc pour l’instant, mystère, et si quelque chose se décante, surprise! C’est une façon de travailler que j’aime bien, elle est dépourvue de pression.

Il est usuel chez nous de laisser le dernier mot à notre invitée : quel sera le tien ?

Merci!
J’aime beaucoup Nonobstant aussi, mais il sonne pas terrible pour clore cet entretien, alors Merci sera parfait.

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