Rencontre avec Philippe Curval

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Il est de ces rencontres qui vous marquent et ma rencontre avec Philippe Curval va résolument faire partie de cette catégorie.

Invité aux Utopiales, autour de la thématique du corps, celui qui fut un des fers de lance de la SF française dès les années 50 a accepté de répondre à quelques unes de nos questions. Il partage avec nous l’histoire de la SF depuis les années 50, une histoire à laquelle il a contribué, avec un regard précis et acéré sur ce qui a marché et ce qui enferme le genre.

C’est aussi un homme aimant et sensible qui nous parlera de ses deux derniers titres Black Bottom et Un souvenir de Loti, tous deux en hommage à sa femme disparue et que vous pouvez retrouver à la Volte.

Je voulais commencer par vous poser une question, puisque cela fait maintenant quelques années que vous écrivez de la science-fiction. Comment êtes-vous tombé dedans ?

Tout naturellement, il me semblait que lorsque l’on voulait devenir écrivain, la seule chose qui comptait, c’était de parler du temps, de son temps et de l’avenir de son temps. Et donc obligatoirement, dès le début, j’ai  un tropisme vers les romans qui parlait de l’avenir, en particulier H.G. Wells qui était mon grand découvreur. J’ai ensuite commencé à écrire dans le même sens, sachant que c’est par là que la littérature passait.

Vous êtes un acteur majeur de la Science-Fiction, et ce sans aucune fausse modestie, et avez notamment été un des fers de lance dans les années 50. Pouvez-vous nous parler de cette époque ?

C’était assez enthousiasment : quand on a commencé à voir l’arrivée de la Science-Fiction alors qu’on en écrivait déjà avant, puisque la Science-Fiction date comme on le vois dans Rétrofiction, qui pèse 4,8 kg de SF française existant depuis l’éternité, j’ai été un peu embarqué contre moi dans cette affaire puisque c’était, pour moi, une littérature comme une autre.

J’ai pris fait et cause pour ce mouvement car je pensais qu’il y avait besoin d’un renouvellement de la littérature française.

Simplement, Boris Vian, Stephen Sprien, Raymond Queneau avait fait des papiers dans les revues littéraires sur le sujet : la SF démarrait comme quelque chose de véritablement nouveau et comme un mouvement littéraire. J’ai pris fait et cause pour ce mouvement car je pensais qu’il y avait besoin d’un renouvellement de la littérature française. Ca a été assez enthousiasmant puisque nous avons fait une première exposition en 1953 et qu’en même temps paraissaient 2 revues de Science-Fiction, Fictions et Galaxies et que, par ailleurs, plusieurs collections démarraient en même temps : cela venant du fait que les éditeurs avaient découverts qu’un stock considérable de romans et de nouvelles existaient aux Etats-Unis et en Angleterre et qu’ils avaient donc des quantités de livres à leur disposition.

Donc pour nous, en tant qu’auteurs français, ça a été assez difficile de nous implanter parce que nous étions désireux d’être payés pour notre travail et malheureusement, les autres éditeurs avaient de quoi publier des livres qui ne coûtaient rien. Sinon, cette exposition  a été magnifique en 1953, et ça a très bien démarré : on a été accueilli admirablement bien par l’ensemble de l’Establishment qui a redécouvert une littérature à laquelle il ne pensait pas et qui pourtant a toujours été saluée par des gens comme Zola : quand Jules Verne ou H.G. Wells paraissaient, il écrivait des textes absolument émerveillés devant cette richesse d’imagination. J’ai découvert aussi que Mac Orlan avait adoré tout ce qui relevait de cette imaginaire scientifique et cela a été une bonne période qui a duré 1,5 à 2 ans durant laquelle on a été accueilli jusqu’au moment où les auteurs des collections existantes et surtout les collections populaires naissantes devenaient des romanciers populaires ce qui finalement nous clouait dans un genre définitif.

Donc, c’est un peu ça qui s’est produit. Il y a une effervescence extraordinaire, une prise en compte de l’intelligence de cette littérature et de ce qu’elle apportait à la littérature générale et après, brièvement, du fait de la commercialisation, rappelez vous qu’à l’époque le polar qui s’appelait policier ne fonctionnait pas du tout, ils avaient trouvé un moyen de gagner de l’argent en créant des collections de Science-Fiction.

Est-ce que djéà à l’époque, il y avait une SF française, ou une volonté de rester sur des standards? 

La Science-Fiction française  a toujours été différente de la SF anglo-saxonne. On ne parle pas du tout du même point de vue, on parle aussi de l’avenir mais d’une manière différente. Il s’est trouvé quand même que des auteurs comme Jacques Stenberg, Michel Jeury, André Ruellan ou moi avions déjà une certaine expérience et avions véritablement écrit des livres tout à fait personnel qui étaient de la SF à travers la littérature générale. On a eu une excellente réception, du fait de notre appartenance au comité de direction de la revue Fiction, seule revue littéraire tiré à 4000 exemplaires, et qui parlait d’une manière parfaitement approfondie de la SF et de ce qu’elle amenait dans le monde contemporain et des réflexions sur l’avenir en rapport au présent .

Personnellement aussi, nous avons fait énormément fait pour la SF anglo-saxonne : on a découvert quand même de très grands auteurs comme Théodore Sturgeon, Alfred Elton Van Vogt, Vernon Lionel Shetley ou Robert Heinlein et nous avons beaucoup accompagné le succès de ces auteurs : vendre un livre à faible prix à l’étranger à l’époque était malgré tout bien pour eux. De notre côté, on en subissait les conséquences tout en admirant leurs oeuvres.

On a été relégué encore plus qu’auparavant alors que nous n’avions absolument pas l’intention de rester dans un ghetto : c’est exactement le contraire qu’on voulait obtenir.

Et si nous faisons un bond dans le temps, c’est l’avantage de la SF, maintenant pour vous, est-ce que la SF a gagné ses titres de noblesses et a réussi à s’imposer dans la littérature générale ?

On ne peut pas vraiment dire ça : elle s’impose parce qu’elle se diffuse. D’une manière générale, la SF est partout : dans la publicité, dans le cinéma, dans la littérature générale aussi puisque quantité d’auteurs français introduisent de l’imaginaire ou une démarche spéculative au travers de leurs romans. On voit bien que cela reste dramatique et la SF reste toujours quelque chose de repousser par les grands décideurs de la littérature française, aussi bien que les grands magasines où on ne trouve plus rien, plus aucun critique littéraire dans l’ensemble de la presse française. Personnellement, j’ai fait de la critique dans Le monde ou dans La revue Littéraire pendant près de 35 ans.

Donc on peut dire qu’au contraire, on a été relégué encore plus qu’auparavant alors que nous n’avions absolument pas l’intention de rester dans un ghetto : c’est exactement le contraire qu’on voulait obtenir.

Juste pour information, demain (NDW : 03 novembre 2018), les Etats-Généraux de l’Imaginaire se réunissent : les chiffres indiquent 2,6% des articles de littérature sont consacrés aux littératures de l’imaginaire, votre sentiment ? 

Evidemment, il y a eu un moment extraordinaire durant les années 80 où il y a eu une explosion du fait d’excellents romans que publiaient Gérard Klein dans la collection Ailleurs et Demain et Jacques Sadoul ou Robert Louis dans sa collection dimension et on atteignait le meilleur de la SF française et anglo-saxonne. Cela a été aussi la découverte de Philippe K. Dick, d’auteurs français comme Jacques Stenberg, Michel Jeury, André Ruellan ou moi.

Là on a eu une explosion puisque je vendais des livres à 120000 exemplaires à l’époque ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. On voit qu’il y a quand même une régression même si quelques auteurs français arrivent encore à vendre bien leurs livres. Mais dans l’ensemble, cela reste une littérature reléguée du fait qu’il n’y a rien pour la réveiller et c’est là le problème. A partir du moment où, aucune critique ne parait dans la presse sauf exceptionnellement, comme par exemple les 3 pages que j’ai eu ans Libération, une page dans Télérama. Cela arrive une fois tous les 4 romans qu’on publient et après ça se tasse définitivement malgré la bonne volonté des critiques qui en parlent parce qu’il y a un couvercle sur le genre.

On va revenir à votre actualité. Ce mois-ci, deux actu à la volte : Black Bottom et Un souvenir de Loti. Pouvez -vous nous parler un peu de Black Bottom  ?

Black Bottom est un roman particulier parce que j’ai toujours été baigné dans l’art : mon père était collectionneur et j’avais un Miro, un Maxens, un Tanguy dans ma chambre quand j’étais petit et j’ai toujours été passionné par l’art contemporain et moderne. D’autre part, ma femme était une critique d’art, très importante ces dernières années : elle est morte.

J’avais commencé ce roman en lui soumettant la première partie parce que l’histoire était assez particulière pour parler de l’art à venir. Il y a très peu de romans de SF qui parlent de l’art. Il y’en a eu un dans la revue dimension qui a eu un certain succès à l’époque mais sinon c’était quelque chose qui était relégué. Il existe une espèce de dichotomie entre les écrivains et l’art qui est assez énorme. Il y a quelques écrivains qui suivent la peinture et le développement de l’action artistique contemporaine mais c’est assez rare. A partir de ce moment là, je suis parti la-dessus, et nous revenions de la Biennale de Venise à laquelle nous participions tous les 2 ans, quand ma femme est morte subitement au cours d’une conférence qu’elle donnait sur son dernier livre et comme elle avait lu la première partie, j’ai tenu absolument à poursuivre à Venise et à renchérir sur la folie de l’art contemporain, tout en appréciant une part et en même temps, exécrant l’autre parce que finalement, elle est quand même prise par le marché, ce qui n’avait pas été le cas jusque présent. J’avais toujours connu, à travers mon père, mon oncle  ou encore mon grand-père qui étaient galeristes des collectionneurs qui étaient d’abord intéressé par l’amour de la peinture et non pas par le prix que cela ferait dans quelques années. Evidemment, ça n’a jamais été quelque chose de négligeable dans leur esprit, mais malgré tout, c’était d’abord l’amour de la peinture qui les entrainait. Or, depuis quelques temps, ce sont vraiment les grandes galeries, qui dirigent le monde ou des personnes comme Pinault ou Arnaud qui font des surenchères sur des oeuvres contemporaines et qui arrivent à promouvoir pour des prix absolument prodigieux des artistes qui valent plus ou moins quelque chose, en tout cas à mon avis.

J’ai donc voulu montrer ce mercantilisme épouvantable qui existe à Venise en particulier et en même temps la possibilité de faire des arts différents. Par exemple, mon peintre, mon artiste plasticien plutôt, Festen, a découvert d’abord le bloody art et après il a fait des oeuvres avec des êtres vivants qu’il a transformé et là il arrive à faire et à créer l’art terroriste. C’est le développement qui n’existe pas encore et je pense avoir dépassé la mesure dans ce que peut faire l’art à travers l’imagination qui m’est personnel et qui est puisé sur des fondements réels puisque je suis baigné par la peinture eallant avec Anne à Venise, même si j’avais quand même depuis une dizaine d’année voir plus, une espèce de recul par rapport à l’art contemporain : à chaque fois que je venais avec Anne, elle me faisait redécouvrir.

Le problème est que le public repousse d’une manière générale tout ce qui lui sort par les yeux si on peut dire, et ce parce qu’ils ne suivent pas une véritable progression : il faut apprendre l’art, c’est quelque chose qui s’apprend comme n’importe quoi. Une fois qu’on l’a appris, le désir devient quelque chose d’intense et j’ai des oeuvres chez moi que je regarde, ce sont toujours les mêmes à chaque fois je découvre quelque chose de nouveau, c’est une espèce de passion dévorante, qui vous prend et que j’essaie de traduire dans Black Bottom. Cette espèce d’amour de l’art en général et de son développement futur.

Le deuxième, c’est un souvenir de Loti qui lance la collection Eutopia. Utopie, Ok, Dystopie, OK, mais l’Eutopie, qu’est ce que c’est ? 

L’utopie, au sens étymologique du terme, c’est un lieu qui n’existe pas : le préfixe U qui veut dire non et Topie pour Topos, le lieu. Eutopie, ca veut dire un lieu heureux à la différence de sémantique. Donc, c’est pour ça que cela s’appelle Eutopia, parce que j’ai voulu écrire une eutopie, c’est à dire un monde qui est une utopie, puisque c’est un lieu qui n’existe pas, sur une planète qui s’appelle Nopal, entièrement artificielle, créée par un dieu qui n’existe pas et qui est Mandrake en l’occurrence.

Sur ce monde s’est créé véritablement une utopie tout à fait extraordinaire dans laquelle il n’y a pas de conflits particuliers mais il y a toujours une histoire qui se renouvelle en permanence. Les gens lisent sur les ailes des papillons, il y  a des niches, des créatures absolument exquises et qui transforment le monde. Il y a en même temps une façon d’être et de se comporter par rapport aux autres qui est un peu selon le doctrine de Stirna : l’homme, chaque homme a une liberté infinie de s’exprimer mais elle est limitée par la liberté de l’autre et c’est pour ça que les gens s’entendent. C’est assez long pour pénétrer cette eutopie mais les 2 personnages principaux s’y emploie.

C’est aussi un livre écrit en mémoire de ma femme.

Une société en gestation est une utopie qui ne réussit pas la plupart du temps.

Ces 2 personnages principaux, Loti et Marjorie, ont du mal à se faire adopter parce qu’il faut passer un certain nombre d’épreuves pour savoir si oui ou non on est capable de supporter à la fois les désirs fous des autres et en même temps d’imposer les siens tout en imposant la limite. Je suis parti dans toute une histoire absolument folle et je tenais surtout à prouver que l’utopie et l’eutopie ne sont pas quelque chose d’ennuyeux contrairement à ce que l’on pourrait croire car finalement tout les dystopie partent du fait qu’il y a une utopie au départ. Une société en gestation est une utopie qui ne réussit pas la plupart du temps. Là j’ai voulu montrer qu’il y a une possibilité de réaliser quelque chose d’abord sensoriel et avec une évolution pacifique. Cette évolution est permanente, pacifique et s’exprime dans toute la gestuelle, dans toutes les occasions, les rencontres des gens et la société qui s’établit autour de ça.

En fait, on a tendance la SF à des choses qui se passent mal plutôt que bien. L’Eutopie est aussi une volonté de montrer que la SF savait être positive ? 

Absolument. De manière générale, il faut bien dire que j’ai écrit des livres qui dérivent des dystopies, pas toujours d’ailleurs, mais mes romans se terminent rarement mal : ils se terminent toujours sur des interrogations car finalement j’ai quand même tendance à être optimiste et c’est pour ça que je ne peux pas vraiment terminer un livre comme Génocide de Thomas Michael Disch dans lequel toute l’humanité disparaît. C’est pour ça que j’ai voulu montrer cette planète extraordinaire dans laquelle se développe des pensées, des diversités d’opinions, un imaginaire gestuelle et un imaginaire par rapport aux extraterrestres qui habitent cette planète : c’est un endroit où toute la galaxie se réunit et les personnes sont sélectionnées non pas d’après des critères d’argent ou de position sociale mais uniquement en vertu de position intellectuelle et morale. C’est à partir de là que se réunissent tous ces gens qui du fait de leurs relations extrêmement complexe puisqu’ils sont tous partis d’une planète particulière et qu’ils confrontent leurs cultures par rapport aux autres cultures.

Le métissage, c’est la solution à la paix

J’ai toujours privilégié le métissage dans tous mes romans et je pensais que finalement, le métissage, c’est la solution à la paix puisque au fur et à mesure que toutes les dissidences se rassemblent pour se mélanger, ca finit par constituer un ensemble unique qui peut arriver à se pacifier.

Ce que j’ai trouvé très intéressant, dans ce court roman, 135 pages, est le nombre de thématiques abordées : sexualité, acceptation de l’autre, des origines, la politique, la religion. c’est un roman très riche et cela a du être sacrément costaud à concilier tout ça  ?

C’est effectivement une novella. D’une manière générale, j’ai une écriture particulière en ce sens que je ne me fais de plan en avance, je sais simplement quel est le découpage du roman, quels sont les personnages qui vont y participer puisqu’ils sont à la fois des personnages psychologiquement existant et en même temps ce sont des êtres singuliers.

A partir du moment où je connais le début et la fin de mon roman, que je connais les personnages qui vont être porteurs de ses idées, je n’ai jamais de synopsis précis et je déferle, je réécris plusieurs fois mes romans. Donc s’y ajoute et se retranche une quantité de choses de façon à obtenir une espèce de structure valable pour l’ensemble de l’oeuvre. Finalement, à partir du moment où on travaille un imaginaire assez délirant, ce qui est un peu le cas pour un souvenir de Loti, il faut en même temps que le lecteur soit pris par l’action, qu’il soit séduit par les personnages et qu’il comprenne la logique générale de l’histoire. Parce que si vous déraillez complètement en laissant tout les choses aller à vau-l’eau, on ne retient rien d’un roman. Il faut donc en même temps amener et ajouter une dose de folie et au fur et à mesure de la réécriture la construire et la structure de façon à ce qu’elle devienne un récit à part entière dans lequel le lecteur peut entrer et s’identifier à la fois aux personnages et comprendre quelle est la nature de la spéculation, la nature des enjeux qui se jouent, et savoir comment on peut arriver à trouver un monde utopique en l’occurrence celui de Nopal qui est une planète toute à fait excentrique avec les personnages qui y habitent, tous plus excentrique les uns que les autres.

Ce que j’ai aimé aussi, c’est la façon dont c’est écrit : au fur et à mesure de l’avancée, j’avais l’impression de vivre au travers du regard des personnages, c’est à dire d’avancer, de découvrir avec un aspect très poétique qui semble totalement lié à l’Eutopie que vous voulez écrire et j’ai souris très fortement le personnage chaise. D’où on sort des images comme ça ?

Justement, ca a toujours été très facile d’une manière générale : Van Vogt racontait toujours que pour écrire ses romans les plus délirants, il inventait des situations impossibles, il s’endormait, il mettait un réveil et trois heures plus tard, il se réveillait et il avait trouver la solution. Je n’ai pas du tout de ces systèmes un peu douloureux mais finalement au cours de mes nuits, les choses se produisent et quand j’arrive devant ma machine à écrire et maintenant sur ordinateur, car je n’ai pratiquement jamais écrit à la main, les choses viennent toute seule. Ca démarre, ça jaillit. Là il y a quand même un sacré nombre de personnages assez excentriques sur le plan d’extra-terrestre. j’ai toujours beaucoup aimé chez les extra-terrestres, car à travers eu  on peut véritablement trouver des natures totalement différentes puisque finalement la difficulté dans un roman de SF, c’est de dépasser l’imagination humaine, c’est ça le plus difficile, on retombe toujours dans les mêmes travers, avec toujours des modèles qui ressortent. Ce personnage de chaise m’a beaucoup plu parce que quelqu’un me posait la question, sur le moment où le personnage fait l’amour avec,  comment peut-on faire l’amour avec une chaise ? c’est simple, on s’assoit dessus.

Vous allez bientôt participer à une conférence des Utopiales : que représentent pour vous les Utopiales ? 

C’est quelque chose que je vis depuis le début. J’y suis aller les 15 premières années tous les ans et depuis quelque temps un peu moins parce que j’ai toujours considéré que ce genre de manifestation ne peut exister que s’il y a des auteurs, il faut inviter les auteurs. A partir du moment où je ne suis pas invité, je ne viens pas. Je ne viens pas en dilettante.

Sinon, c’est une manifestation qui a pris une ampleur considérable au fur et à mesure que les années se sont écoulées et maintenant on peut dire que c’est vraiment devenu quelque chose d’important puisque pour la première fois de ma vie j’ai entendu parler à la télévision des Utospiales : on en a parlé dans Le Monde alors qu’auparavant, pour placer un article sur un festival de SF comme ceux qui ont été féeriques de Metz jadis, où des auteurs américains de la grande époque étaient venus, des auteurs français aussi, c’était compliqué.

Depuis on peut dire qu’il y avait eu un grand vide, il y avait toujours les conventions françaises, et sans en dire du mal, ce sont toujours les mêmes personnes qui venaient chaque année, qui aimaient se réunir, cela fait un peu le ghetto, il faut dire. J’ai toujours été un peu contre ça parce que finalement, c’est à cause de ce ghetto que la SF se renferme sur elle-même. Le gros problème de la SF, c’est justement que on a jamais trouvé même parmi ses meilleurs éléments des gens capables de lui faire de la publicité, des gens extravertis. Je pense que la plupart des gens qui s’intéressent à la SF sont introvertis et donc de ce fait, beaucoup de mal à travailler vis à vis des médias, vis à vis du public, des libraires, etc…

J’ai pu à travers les critiques que j’ai faites pendant plus de 35 ans, amener pas mal de lecteurs à la SF je pense. Je ne suis pas si j’ai toujours réussi, j’ai toujours été bien suivi et ça été une grande satisfaction pour moi. J’ai arrêté un peu depuis quelques années, parce qu’il faut dire que je me consacre à mes dernières oeuvres parce que je pense que c’est important de les faire, de les écrire mais sinon je déplore cet espèce de silence terrible autour de la SF. C’est pour ça que des événements comme ça sont importants surtout quand ils commencent à être relayés par les médias, ce qui jusque présent n’était pas tellement évident.

Une dernière question, plutôt une proposition, on laisse le dernier mot à notre invité. A vous 🙂

Ce qui m’intéresse, c’est que la SF se diffuse le mieux possible et je suis pour le fait qu’elle s’insinue absolument partout et en particulier dans la littérature générale. Que la dimension spéculative soit présente et surtout la dimension qui est la véritable dimension de l’écriture, celle de parler de son temps. Quand je vois actuellement, que la plupart des livres, les conseils du Nouvel Observateur, de l’Express, de n’importe quel média, c’est toujours autour de romans qui parlent de Louis XIV ou n’importe quel explorateur inconnu du XIXè siècle, de gens de la guerre de 14 actuellement, perso je n’ai rien contre, ce sont des romans bien faits, mais finalement, c’est simplement pour moi le plaisir de se faire plaisir en écrivant, en révélant son style, ce n’est pas le plaisir d’amener une vision politique, poétique de l’avenir par rapport au présent et c’est à partir de là que je pense que la SF doit se développer à l’infini.

 

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