Rencontre de Joseph Falzon et Thomas Cadène

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Le mois dernier paraissait aux éditions du Lombard , Alt-Life, bande-dessinée d’anticipation dans laquelle René et Josiane vont être les précurseurs de la virtualisation de l’humanité. Au cours de mon petit tour au salon C.E.R.E.S. de BienVenus sur Mars, j’ai pu croisé le scénariste et le dessinateur et leur poser quelques questions…

Bonjour Messieurs, avant toute chose, pouvez-vous vous présenter à nos visiteurs ?

Joseph : Je suis Joseph Falzon, dessinateur de bande dessinée. J’ai sorti ma première BD, Jours de cendre chez Sarbacane en 2010 puis j’ai travaillé avec Thomas sur Les Autres Gens en 2011/2012. Après avoir réalisé un gros reportage BD sur un chantier pendant 3 ans, je me suis lancé dans Alt-Life.

Thomas : Je suis Thomas Cadène, scénariste. Mes premières BD sont sorties en 2007, à l’époque je dessinais aussi. J’ai créé Les Autres Gens en 2010. Je viens de sortir La Tragédie Brune avec Christophe Gaultier aux Arènes.

Comment est née l’idée de travailler ensemble autour de Alt-Life ?

Joseph : Thomas et moi avions très envie de retravailler ensemble après Les Autres Gens. J’ai montré à Thomas des carnets de croquis remplis de dessins automatiques dont il s’est inspiré pour écrire le scénario d’Alt-Life.

Thomas : Voilà.

Si vous deviez résumer Alt-Life en quelques mots, comment le feriez-vous ?

Joseph : Alt-Life est un récit d’anticipation qui parle de réalité virtuelle et de ce qui se passerait si l’humanité devait intégrer une matrice dans laquelle tout est possible pour ne plus jamais en sortir. Comment réagirions-nous ? Serions-nous plus heureux ? Avons-nous besoin de limites pour ressentir du bonheur ?

Thomas : Je dirais que c’est une exploration. L’exploration d’un territoire neuf qui ne répond à aucune des règles dans lesquelles nous vivons, selon lesquelles nous vivons.

J’ai d’abord été pris par un questionnement autour du monde dans lequel évolue Josiane et René, les deux protagonistes de l’histoire : avons-nous une chance d’apprendre comment nous en sommes arrivés à cette situation ?

Joseph : Le monde réel dans lequel Josiane et René évolue est une prolongation du monde dans lequel nous vivons déjà aujourd’hui, avec sa pollution, son réchauffement climatique. Leur monde est notre monde dans quelques années et la technologie qu’ils utilisent pour se projeter dans une réalité virtuelle est celle qui existe également aujourd’hui mais poussée un cran plus loin.

Thomas : Non. Sinon que, comme le dit Joseph, il suffit de regarder autour de soi. Ce n’est pas une option farfelue.

Si je devais résumé en quelques mots, je dirai qu’après avoir ruiné notre planète, la seule option pour l’humanité reste la virtualisation, ce que vont tester vos deux personnages en mode cobaye… Et apprendre à vivre différemment : plus de besoins « encombrant » comme se nourrir, boire, déféquer. Ne sont-ce pas finalement ces petites contraintes qui nous rendent si humains ?

Joseph : Peut-être. On peut se dire aussi que l’Homme est un animal social et que ce qui le rend humain, c’est l’altérité. Dans un monde dans lequel nous sommes seuls et où les relations sociales se font avec des êtres virtuels désincarnés, sommes-nous encore humains ?

Thomas : C’est à chacun d’apporter sa réponse. Il est évident que nous sommes faits aussi de ce qui nous contraint. Que sommes nous sans tout cela ? C’est une sacrément bonne question à laquelle je me garderai bien d’apporter une réponse.

Josiane et René vont d’ailleurs passer leurs premiers temps dans Alt-Life a apprivoisé leurs fantasmes : que répondez-vous à ceux qui trouveraient votre bande-dessinée trop axée « sexe » ?

Joseph : Si on regarde la principale source de consommation de contenus sur Internet actuellement, il s’agit de productions à caractère pornographique. On peut imaginer que des êtres humains lambdas confrontés à un monde sans limites dans lequel tout est possible seraient probablement tentés de tester et de s’intéresser à ce qui touche au sexe. Cela dit, la bande dessinée montre du sexe mais expose surtout la façon dont ces deux personnages vont se confronter à cette thématique en vivant l’expérience chacun de manière différente. Et ils se s’intéresse pas qu’au sexe, il y a beaucoup de planches montrant nos personnages nageant avec des baleines, faisant une sieste dans des nuages, flottant dans l’espace ou parcourant le désert américain… Placer deux personnages dans un monde sans limites est aussi l’occasion de les montrer faire des activités grandioses et impossibles, un vrai plaisir pour un dessinateur.

Thomas : J’ajouterais que le sexe est au coeur de l’humanité autant qu’il est au coeur de l’intime. Quand on parle de sexe on parle à la fois du sujet le plus universellement partagé et le plus intime. En réalité quand on parle de sexe, on parle de mille autres choses.
La BD n’est pas là dessus. Elle emprunte simplement ce chemin pour aller ailleurs.

Et finalement, imaginez-vous une suite où nous pourrions nous rendre compte si cette opération est un succès ?

Joseph : Nous travaillons effectivement sur une suite mais nous n’en dirons pas plus.

Thomas : Je ne suis pas sûr qu’on puisse parler en ces termes d’un nouveau territoire. On va continuer à l’explorer et, comme dit Joseph, nous n’en dirons pas plus.

Comme ça, en passant, pourquoi avoir choisi des prénoms qui sonne « ancien » pour un sujet tellement moderne ?

Joseph : Les prénoms fonctionnent sur un phénomène de cycle. Ce qui était à la mode il y a 30 ans ne l’est plus aujourd’hui et on assiste à un retour de prénoms plus anciens dans les naissances actuelles. On peut imaginer que dans quelques années, Josiane et René seront de nouveau des prénoms à la mode.

Thomas : Il n’y a rien qui se ringardise plus vite que le futur, autant partir du passé.

Avez-vous d’autres projets ensemble ou en solo ?

Joseph : Nous travaillons sur la suite. Le dessin prenant beaucoup de temps, je n’ai pas d’autres projets de BD annexes pour le moment.

Thomas : La suite est notre projet commun. J’espère que nous en aurons d’autres.
Je travaille actuellement sur plusieurs BD et divers autres projets dans d’autres domaine.

Je vous laisse le mot de la fin :

Joseph : Merci pour cette interview !

Thomas : Lisez des BD. Et merci !

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