R

Dans les environs de la Grèce, une armée entièrement composée de femmes aux intentions féministes sort du néant et conquiert Chypre, parquant les hommes dans des camps et libérant les femmes de leur « servitude ». Un coup d’éclat qui menace la stabilité du monde d’après la GGE, la grande guerre épouvantable. Aussitôt, une armée commandée par les généraux Gidwilde, mari et épouse, est envoyée pour les défaire.

A Mondiagrad, capitale de l’Etat mondial, les intrigues commencent à s’entrecroiser. Ainsi, la présidente Duval engage la brillante Hippolyte d’Eon – major de la dernière promotion de sciences politiques – comme agent secret et lui confie la mission d’infiltrer le camp des féministes. Quelques heures plus tard, c’est son frère jumeau, lui aussi nommé Hippolyte d’Eon – débauché notoire de la jet set -, qui est chargé par le Parti de la Révolution intégrale (PRI) d’entrer en contact avec les féministes pour les assurer de leur soutien, bien faible à cause de leur déclin, mais non négligeable.

D’ailleurs Roselle, une des responsables du PRI, travaille à l’Institut de Littérature Assistée et Corrigée (ILAC) où elle est chargée de programmer l’Escribor 288, une machine capable d’écrire les romans feuilletons diffusés le lendemain dans le reste du monde vivable. Elle rencontre Adam Wagner, son nouveau collègue. Or, celui-ci est jarryste, c’est-à-dire qu’il critique le régime par le rire, une critique jugée subversive et pourchassée impitoyablement de sorte que Wagner est le dernier membre du gouvernement jarryste. Travailler à l’ILAC est pour lui le moyen de réaliser un attentat jarryste littéraire à la portée mondiale.

Quand les généraux Gidwilde subissent une défaite considérable en Crète, Ange-Séraphin Goerria, ministre de la sécurité, jubile, car il voit là un moyen de s’emparer du pouvoir. Après avoir rallié à sa cause le jeune lieutenant Aristogiton Blondin, l’aide de camp du Généralissime Platon, qui va être manipulé par le duo. Profitant de la défaite et de l’avancée des Bilitistes, conjuguées à une série d’attentats prétendument féministes, ils persuadent le conseil de l’état mondial de leur confier les plein-pouvoir jusqu’à ce que l’ordre soit rétabli. Le monde entre dans le chaos quand on comprend qu’il s’agit d’un véritable putsch militaire.

Michel Lequenne, s’il a déjà publié des essais politiques et historiques, signe ici son premier roman. Un roman qui se veut ambitieux, exposant clairement la volonté de décrire un monde futur en apparence parfait mais qui en réalité dissimule les vices d’une élite politico-militaire. Une dystopie en somme, dont la particularité est de s’être bâtie sur les ruines de la troisième guerre mondiale, ici baptisée «Grande Guerre Epouvantable», qui n’a laissé vivable qu’une mince bande au nord de l’équateur. Puisque la plupart des états étaient détruits, l’état mondial est devenu la seule solution, la paix son seul objectif.

Evidemment, Michel Lequenne ne peut s’empêcher de tomber dans les grands stéréotypes du genre. Ainsi on peut voir dans les romans-photos renouvelés chaque jour ( imaginez, «Guerre et Paix» de Tolstoï résumé en 30 pages) le soma de Huxley, la liberté sexuelle est digne de celle de Levin, les grands immeubles des monades de Silverberg, etc. Coïncidence ou non, le fait est que le livre emprunte des éléments marquants aux grands classiques. Colonie pénitentiaire sur la lune, eugénisme, abrutissement de la population, fausse démocratie, tout les faits saillants de l’univers décrit n’ont rien que de très conventionnel. Et ce, justement parce que l’essentiel réside dans les interactions entre les personnages, et non dans leurs évolution dans ce monde pas si utopique que ça.

De ce côté là, on ne manque de rien. Peut-être même l’histoire est elle trop complexe. Car si au début il s’agit juste de réprimer une rebéllion à caractère féministe, faite par des femmes peu entraînées et mal équipées, on en arrive rapidement à des manipulations politiques, des putschs, une guerre civile, le chaos mondial. Et pour faciliter cette transition, nous assistons à des réunions secrètes à gogo, des complots, des attentats, des trahisons, des coups fourrés. Bref, à chaque chapitre ou presque son mensonge, son crime. Pour couronner le tout, les personnages sont au choix vils, pleutres, assoiffés de pouvoir, pervers, brutaux, idiots, gâteux, fanatiques, versatiles, traîtres, hypocrites, etc. Nous avons toute la galerie des vices humains, tout l’éventail de ce qui peut mener une société à sa perte. Même les héros ne sont guère épargnés, ils sont justes «moins pires» que les autres…

En fait, plus l’histoire avance, plus il devient compliqué de savoir de quoi il retourne. Trop de personnages, trop d’intrigues secondaires, trop de retournements de situation, des dialogues peu explicatifs, un style un peu trop brut, trop imprécis pour être compréhensible. Ce qui est dit une fois doit être acquis, chaque chapitre devrait presque être relu une seconde fois pour pouvoir être bien compris. D’autant que parfois les ficelles utilisées semblent un peu trop grossières, trop faciles pour une histoire qui se veut si ambitieuse. Le problème réside dans l’extrème condensation du roman qui tient en a peine 260 pages là où il y avait matière au double. Le succinct est l’ennemi de la clarté dans le cas présent.

Cependant, l’histoire en elle-même n’est pas mauvaise, bien qu’elle rappelle un peu trop les heures sombres d’une sf française déclinante car politisée à l’excès. Bien qu’improbable, la situation décrite peut se réaliser ( malheureusement). Il faut juste avoir le coeur bien accroché pour suivre cette histoire pleine de loopings et de descentes vertigineuses


Après la grande guerre atomique épouvantable, une étroite ceinture du monde reste vivable au nord de l’équateur.
L’humanité en a t-elle tiré les leçons ? Non !
Une révolution féministe, surgie d’on ne sait où, avec à sa tête une étrange inconnue, se soulève contre un état mondial où tous les traits les plus négatifs de notre temps se sont développés. Cynisme politique, drogues et perversions, exploits d’apprentis-sorciers de la science ( dont une noire conquête de la Lune).
Contre-révolution chaotique. Luttes pour le pouvoir jusqu’à une nouvelle guerre mondiale, mystifications des médias et délires religieux !
Ambitions, passions, folies et comportement mystérieux : les personnages cachent secrets et doubles jeux, mènent un torrentueux ballet de rivalités et de haines, mais aussi d’amours et d’amitiés; seuls espoir d’avenir…si fragiles.

Editions Syllepse Cauchemar (2008)260 pages 20.00 € ISBN : 9782849501498 (Ined)
Couverture : Santa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *