Sang et l’épée (Le) de Geneviève Murrey

Dans le lointain d’une galaxie aux confins de l’univers, le Feu fondateur des origines s’était divisé. Dans la lutte millénaire entre forces du bien et du mal, les chevaliers du Sang avaient perdu le combat face au sombre ordre névéan. Pourtant, entre le redoutable Haderic, qui jadis avait renié sa foi, et Lil Alba, unique survivante d’un monde disparu, l’amour allait naître, et, avec lui, l’espoir d’un renouveau.
Suivez dans cette épopée de chevalerie spatiale les destins croisés des héros d’une famille aux pouvoirs d’exception, durant trois générations, et leur combat pour rétablir l’unité du Feu.

Au début, j’ai cru que quelqu’un, quelque part, se fichait de moi.
Jugez plutôt : « Haderic, bras droit du régent, avec lui dernier dépositaire des secrets perdus de l’ancienne religion. Vêtu de noir rigoureux, comme tous ceux, les névéans, qui jadis servaient cet aspect du sang. […] On ne savait rien de son visage, dissimulé par un masque tout aussi noir. Personne ne l’avait jamais vu sans, ni ne connaissait ses traits, ou croisé son regard, remplacé par des capteurs, mince ligne sombre dans le métal. On devinait que ses mains gantées étaient des prothèses. […] Il ne portait qu’une arme, une épée de flamme, dérisoire aurait-on pu penser, suffisante pour lui, dont les pouvoirs défiaient toutes les armées. Depuis vingt ans, il était le seul disciple du régent, et dirigeait la galaxie avec lui, semant la terreur sur son passage. […puis, à propos d’Yvain :] Haderic son père. Yvain, à peine quelques mois auparavant, croyait être le fils de Guy. Les deux hommes, depuis sa plus tendre enfance, menaient une vie austère sur Nebdar… » Et caetera. À ce stade-là, on ne parle plus de plagiat, mais de clonage ! Ou carrément d’une attaque des clones !
« Bon, me suis-je dit, voyons-voir ce que ça donne par la suite… » Et j’ai eu raison, car bientôt, l’histoire que nous raconte Geneviève Murrey bifurque, se dédouble et emprunte son propre cheminement. Le fameux Haderic, sosie de Dark Vador, attaque bel et bien une base rebelle sur une planète glacée, comme au début de L’empire contre-attaque ; mais là, il découvre… une jeune femme dans un cercueil de glace ! Il l’emmène dans son vaisseau, et miracle, elle revient à la vie ! Le seigneur ténébreux tolère la miraculée à bord, et la tolère tellement qu’il en tombe amoureux. Un ballet compliqué d’alliances et de trahisons se développe à partir de cette extrapolation.
Concernant l’univers de ce livre, même phénomène : on sent l’influence écrasante des films de George Lucas, au point que beaucoup de choses paraissent naturelles à l’auteur (la vitesse lumière, le Sang qui assure la cohésion de l’univers…), mais on sent aussi un démarquage bien particulier, qui axe les costumes, le vocabulaire, plus franchement vers la culture médiévale.
Et c’est ainsi, au bout d’une vingtaine de pages, que j’ai compris ce qui se passait dans ce livre : il s’agit d’une pure réécriture du mythe, le signe que la Guerre des Étoiles est entrée dans nos mythes collectifs ; un peu comme les auteurs de théâtre antique qui reprenaient encore et encore l’histoire d’Oedipe ou d’Amphitryon, pour l’arranger à leur sauce, exprimer à travers elle leurs idéaux, leurs fascinations. Ici, l’auteur fait ce que nous avons tous fait en regardant la trilogie légendaire : non, Dark Vador est capable d’amour ; non, Leia ne restera pas avec cette tête à claques de Han Solo… Et si… Et si Vador avait eu un autre enfant, après ? Et si il avait eu des filles ? Et si…
Cela offre, au détour d’une page, de francs plaisirs de lecture : quand l’on s’interroge par exemple comment Haderic pourrait faire pour avoir des enfants ; ou quand on voit Yvain/Luke, vieilli, alcoolique, mis au placard sur une planète paumée…
Littérairement, qu’est-ce que cela donne ? Le récit aurait gagné à être ralenti, à s’attarder sur les scènes, les circonstances ; il faut à tout prix raconter le mythe connu, plus ce qui se passe les deux générations qui suivent, et cela se fait au détriment du réalisme, des détails ; malgré tout, on trouve quelques pages intéressantes, comme la description de ce labyrinthe dans la base/château de Kellmar : « La seconde pièce était de bien plus vastes dimensions ; en son centre, une table de travail du même bois sombre et veiné que la porte. Des dessins compliqués s’enroulaient sur sa surface, fruits de la lente maturation de l’arbre qui les avait créées, flattant l’Œil. À droite de quoi écrire, à gauche quelques livres empilés et des instruments qu’elle ne reconnut pas. » (p. 330)
Le tout est raconté dans un style fluide, qui se laisse lire, encore un peu trop garni de clichés parfois.
Certaines incohérences gâchent parfois la lecture : un régent n’est pas un souverain écrasant, mais juste une personne qui règne par intérim ; on ne porte pas un haubert et une cotte de mailles, puisque un haubert est une cotte de mailles (et d’ailleurs « cotte de mailles » est impropre) ; un croiseur est un vaisseau moyen, en aucun cas amiral (mais il est vrai que George Lucas a montré le mauvais exemple en appelant ses vaisseaux capitaux des « destroyers », alors que le destroyer, ou contre-torpilleur, est un tout petit vaisseau de guerre, qui fait partie de ce qu’on appelle la « poussière navale ») ; la nébuleuse où se trouve Mandiatis ne peut pas être « galactique » (galaxie en formation) si tout le reste de l’histoire se déroule dans une autre galaxie… Bref, écrire un space opera, à mon avis, ne dispense pas de se documenter, sur notre époque, notre histoire, ou notre univers.
Pour moi, Le sang et l’épée relève des curiosités. Si vous êtes fan des space operas à connotation médiévale, pensez à ce livre.

Société des Écrivains 460 pages 25.00 € ISBN : 9782748036022

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