Sukran de Jean-Pierre Andrevon

Sorti d’une bagarre mêlant arabes, skinheads et policiers, Roland est engagé par M.Legueldre, directeur de Nord-Sud électronics, en raison de son courage remarqué par le chef des skinheads, comme vigile. Au terme d’une attaque contre le convoi qu’il escortait, il est promu chef de la sécurité, découvre les activités louches de son patron, c’est à dire le trafic d’immigrés maghrébins. Mais suite à une autre attaque nocturne contre les installations marseillaises, son adjoint, un arabe, lui révèle que Legueldre fabrique en fait des zombies porteurs de charges explosives, et fait de lui la taupe d’un mouvement arabe luttant contre ce trafic. D’ailleurs, quelques jours plus tard, un des zombies assassine une partie des dirigeants de la fédération pan-islamique. Une jeune journaliste devine d’où vient le coup et fait appel à Roland via le groupuscule pour faire son article, qui gêna un peu, mais fit peu de remous. Puis apprenant l’imminence d’une attaque nucléaire grâce à un des zombies, Roland court prévenir ses amis, mais est suivi par les vigiles de Nord-Sud, qui n’ayant ou le prendre en flagrant délit, le ramènent à la villa pour le mettre dans une cellule. Il est libéré par une autre taupe et participe à l’assaut général donné contre la villa, ils réussissent à éliminer l’industriel véreux et ses pauvres victimes, mais doivent s’enfuir car une charge nucléaire a été amorcée. Maintenant la vie de démo mendiant recommence, enfin ça vaut mieux que vigile au service de la destruction et de la souffrance.

On retrouve là un bon roman à la Andrevon. je pense même que ce roman est probablement à l’origine de zombie du même auteur, voire même de l évangile du serpent de Bordage, qui reprend le même contexte.
C’est une situation d’autant plus probable, avec les évènements du 11/09/01 et la politique américaine, que visionnaires, puisque ce livre date d’une quinzaine d’années. En fait, Andrevon nous montre une fois de plus son talent en prédisant une possibilité devenue réalité, à partir de la situation de l’époque. On peut dégager quelques axes typiques de l’auteur dans cette oeuvre :
– les problèmes environnementaux, avec la montée des mers, la noyade de
marseille, et les animaux modifiés de Legueldre.
– la place de l’homme, avec Roland le démo, le journaliste devenu mendiant.
La société devenue bonne, seulement pour les nantis, qui ont accès à une pléthore de loisirs.
-le racisme, mais bon, le message était clair.
En bref, sukran est un livre d’actualité, qui nous montre les dérives possibles d’une société mercantiliste à l’excès, et qui en plus nous apprend un peu d’arabe ! Seul bémol, le suspense trop vite détruit par les titres explicites des parties, mais finalement, le plaisir n’est que peu gâché.

Je m’appelle Roland Cacciari. Je suis un démo, un laissé. Entendez un démobilisé, un laissé-pour-compte de la Croisade Anti-Islamique européenne qui, il y a un an de cela, s’ensablait lamentablement en Libye. Je suis aussi un tasseur de semelle. Entendez un gratteur de guitarion qui essaie de gagner quelques pétros à la terrasse des rapid-food de Marseille.
Marseille, la Venise du pauvre, dite aussi “Pieds-dans-l’eau” depuis l’inexorable élévation du niveau des mers.
Marseille où vivent plus de 50% d’émigrés maghrébins, et où je vais découvrir l’ignoble trafic dont ils sont l’objet au nom de la revanche…
Mais cela est une autre histoire. Celle de la façon dont j’ai appris à dire merci en arabe.

Denoël Présence du Futur (Juin 1989)250 pages 9.50 € ISBN : 2-207-30493-0 Couverture : Philippe Gauckler

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