Tous ne sont pas des monstres de Maud Tabachnik

Club Van Helsing 2

Dans un futur proche, la France est plongée dans la guerre civile. Les banlieues se sont soulevées, ont assailli les centre-villes et coupé les grandes métropoles du reste du monde. La population civile se cache, la police est aux abois, l’armée recule, la presse nationale se tait, la presse étrangère attend la bavure, et les juifs ont peur. Peur car une fois encore, ils pensent qu’ils seront les cibles des pogroms, car cette fois, il ne s’agit plus de simples émeutes et échauffourées entre les jeunes des banlieues et les force de l’ordre, il s’agit d’un jihad. Une guerre sainte menée par des musulmans islamistes venus du Pakistan ou d’Arabie saoudite, proche des mouvements terroristes internationaux et prônant l’application de la charia et une lecture plus dure du coran. Et, peu à peu, l’épidémie se répand, atteint l’Europe, qui elle aussi a peur, se claquemure et ferme ses frontières. Le vieux continent s’isole du reste du monde, tentant désespérément d’éteindre le feu intérieur qui le ravage.

Dans ce contexte de peur, Nathan, professeur de khâgne, a peur. Juif peu pratiquant, il vit à Paris et assiste de près aux évènements, s’y retrouvant même mêlé une fois contre son gré. Alors, sans qu’il ne puisse se l’expliquer, il part pour Prague muni d’une recommandation auprès d’un Rabbin signée par un ami kabbaliste. Pour sauver une France ravagée, il est prêt à ramener à la vie une créature tout droit sortie des légendes juives, une créature qui porte sur son front le mot “emeth”, la vie, et qui retourne à la poussière quand on efface la e pour écrire meth, la mort. Cette créature, c’est le golem. Mais en face de lui se dresse une autre puissance divine issue de l’imaginaire musulman, qui va elle tenter d’accélérer la guerre sainte. Mais qui croira Nathan ?

Tous ne sont pas des monstres est le seul des quatre premiers VCH à ne pas être relié directement à la collection. En effet, alors que les trois autres mettent en scène de véritables chasseurs de monstres à la poursuite d’horreurs innomables, celui de ce livre, Nathan, n’est qu’un simple professeur de khâgne qui essaye de sauver son peuple d’une hypothétique destruction. Car il est juif, et il croit que soixante ans après la Shoah, celle ci va recommencer en plein coeur de la France, menée par des musulmans intégristes qui croient que le jihad va recommencer au vingt-et-unième siècle. C’est donc son désir de lutter contre cette menace larvée qui va le pousser dans la quête folle qui va le plonger dans des abîmes cauchemardesques.

De plus, contrairement aux autres oeuvres, il n’y a pas de véritables méchants au sens où un groupe exerce la terreur, puisqu’ici ce sont des dizaines de milliers de mécontents métamorphosés en guerriers de Allah. On a bel et bien un monstre, Le Djinn, mais il n’est pas véritalement mauvais puisqu’il agit sous le contrôle des hommes. Et c’est pour lutter contre cette menace qu’est suscité le Golem, qui lui parait encore plus terrile que son équivalement arabe, même s’il agit prétendument du côté du bien. Le véritale chasseur dans l’histoire n’est donc pas Nathan, mais le Golem, censé empêcher le Djinn de nuire. Néanmoins, il n’y aura pas de scènes de chasses et de traques comme on a pu le voir dans les autres, l’histoire est un tantinet plus onirique que le reste.

D’ailleurs, il faut éviter d’établir prématurément un manichéisme primaire dans ce livre. Les intentions de Maud Tabachnik ne sont pas d’identifier les méchants aux musulmans, ni les gentils aux juifs. On a déjà fait ce reproche à Dan Simmons pour Illium, et il était tout aussi injustifé que dans le cas présent. Il s’agit juste en fait d’une extrapolation de ce qui pourrait survenir en France si les émeutes de novembre 2005 devaient recommencer, mais dans des dimensions supérieures. Il devient alors évident que, pour que les émeutes se muent en affrontement militaire, il faut des chefs de guerre qui sont ici les imanms extrémistes formés dans des camps terroristes. Aucune xénophobie là-dedans, juste de la fiction possible, même si peu probable. D’autant plus que même chez les insurgés, certains se rendent compte de ce qui se passent et luttent contre cet état de fait. Il ne faut pas être péremptoire dans la lecture du livre, car il est plus subtil qu’il n’y paraît de prime abord.

En réalité, ce livre est un tableau d’une société future à travers les difficultés qu’elle pourrait rencontrer. l’histoire n’est pas éloignée temporellement, elle est même terriblement contemporaine, c’est juste une voie qu’aurait, et que peut encore, prendre l’histoire. Le but de l’auteur n’est pas de dire qui a raison, ni qui a tort, de désigner les gentils et les méchants. C’est au contraire une bien belle histoire, écrite dans un style très fleuri et surtout assez bizarre, puisque l’univers décrit apparait comme anormal, nathan affrontant des situations extraordinaires pour prendre le contrôle du golem, ce qui l’amène à d’autres péripéties toutes plus incroyales les unes que les autres, tout ça dans un univers en folie, sens dessus-dessous, que l’on pourrait croire dû à un excès de sustances hallucinogènes tant il est étrange, dérangé. Car l’évolution psychologique de Nathan sera elle aussi au coeur de l’action, car lui même a du mal à croire à ce qu’il vit, à ne pas se croire victime d’hallucinations.

Au final, le seul véritale reproche qu’on puisse lui faire, c’est de ne faire qu’évoquer l’existence de Van Helsing, comme si c’était un rajout qui avait été fait après coup, et non pas comme si c’était le véritale coeur de l’histoire. Et même les deux monstres semblent ne rien influencer, ils ont droit à quelques petits passages signalant leurs actions, mais guère plus. Néanmoins, ça ne gâche pas la qualité du texte qui est convaincant et efficace, même si moins mouvementé que les autres, car présentant un tableau apocalyptique de la France.

Nathan se refuse à invoquer les terribles puissances qui couvent sous le cimetière juif de Prague. Nathan est un sage. Mais lorsque des émeutes éclatent dans les banlieues de la mégapole, que le gouvernement décrète l’état d’urgence et que son peuple risque une fois encore de payer le prix fort à l’Histoire, le jeune kabbaliste n’hésite plus. D’autant que les frères ennemis musulmans semblent avoir déchaîné une créature propre à semer le chaos jusque dans les rangs serrés des forces d’intervention.
Baleine Club Van Helsing (2007)183 pages 9.90 € ISBN : 978-2-84219-4 Couverture : www..2visudesign.com
Baleine 2007

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *