Tous

Nous sommes en 2010, le monde est dans une paix relative, mais l’atmosphère est polluée, ce qui a conduit des villes comme New York, à s’isoler sous un dôme. A l’intérieur, plusieurs millions de personnes vivent et travaillent, dont Norman House, vice président noir de la Général Technics( grand conglomérat possédant le monopole dans plusieurs secteurs ), et Donald Rogan, docteur en biologie, blanc et agent secret des USA. Le monde est régi par des commissions eugéniques qui disent qui est apte à procréer et qui devra se stériliser, les tensions sont donc énormes et les émeutes sont monnaie courante. Dans cette situation tendue, Elihu Masters, ambassadeur américain au Béninia petit état africain coincé entre 2 puissantes fédérations africaines attirées par cet état, propose à la GT de prendre en
main le Béninia et d’en faire un pays industrialisé. Tâche ardue pour un pays sans ressources et à la famine persistante, qui malgré la coexistence de plusieurs ethnies, vit dans une paix absolue depuis plusieurs siècles et où le dernier meurtre remonte à 15 ans. Pendant ce temps, Hogan est pris dans une émeute dont il a été l’élément déclencheur, par le simple fait d’être un bourgeois, qui piégé par un voleur, appelle la police. Quelques jours plus tard, le Yakatang, un état du sud-est de l’Asie, annonce que son généticien vedette, Sugaigutung, est en mesure d’améliorer le génome de l’ensemble de la population , permettant ainsi à tous d’avoir un enfant, et de faire des surhommes. Aussi Rogan est intégré au service actif, entraîné pour tuer, et envoyé au Yakatang pour vérifier la véracité des affirmations du gouvernement, pour essayer de déstabiliser le pouvoir en place, en cas de
fanfaronnade. House avec l’appui de Masters et chargé du programme au Béninia, shalmaneser calculant tous les détails de l’opération et ayant approuvé la marche à suivre. Au Yakatang, Rogan sauve par hasard Sugaigutung d’un amocheur( une personne devenue folle et s’attaquant aux passants), ce qui est quasiment impossible, avec l’aide des techniques de combat apprises.
Le généticien vient le voir à l’hôpital et lui avoue que son projet d’amélioration du génome est irréalisable, aussi Rogan le convainc de s’enfuir, profitant du fait que la tradition locale impose au bénéficiaire d’une action lui ayant sauvé la vie doit faire la même chose pour son sauveur. House part en même temps au Béninia, rencontre son président, signe
le traité avec lui, mais surprise, Shalmaneser désapprouve la mise en application du projet, arguant d’une erreur dans les données. House fait appel à un ami, Chad Mulligan, le plus grand philosophe de l’époque, alcoolique invétéré et cru mort par tous. Il réussit à réparer l’ordinateur et sauve par là même le traité. De l’autre côté du globe, Rogan échappe à la
police, et conduit Sugaigutung jusqu’à la cachette de Jogajong, le président du parti clandestin de l’opposition. 5 jours plus tard, ils tentent de rejoindre un sous marin américain, mais pris de remord, Sugaigutung appelle au secours et finit par se suicider. Rogan devient fou, à cause de toutes les atrocités qu’il a du commettre en tant qu’espion, et demande à rejoindre House, Masters et Mulligan, tous 3 au Béninia, c’est le début d’une grande aventure.

A première vue, tous à zanzibar est une oeuvre banale, peu connue, mais on se rend vite compte que cette mise à l’écart est injuste, tant cette oeuvre semble proche de la situation actuelle, quoique celle décrite n’arrivera probablement que dans 40/50 ans, en ce qui concerne la décadence de la société, car la description est vraiment mordante, Brunner met en garde contre de nombreuses choses, qui marginales à son époque, seront pour nous tout à fait normales, on peut ainsi montrer plusieurs axes dans cette oeuvre :
– la place de l’homme dans la société, qui est totalement remise en cause : décisions prises par un super ordinateur, qui comme ses prédécesseurs porte un nom de roi perse un tantinet mégalomane; plus tous les autres axes, qui montrent des gros problèmes de société, dans lesquels le groupe ou l’inanimé remplace l’humain.
– pouvoir des médias, avec l’abondance des publicités que Brunner nous offre; la surmédiatisation de Rogan, dont la couverture est celle d’un reporter vedette ; sans oublier la présence des Jesuispartout, individus intéractifs qui prennent l’apparence que désire chaque téléspectateur. Ce sont eux qui forcent les opinions de la masse laborieuse, grâce à leurs voyages incessants à travers le monde,pendant lesquels ils dérivent ce qu’ils voient et donnent leur avis.
– le développement de la violence : banalisation des émeutes, société holiste poussant les individus à se rebeller, en devenant des amocheurs, surhommes hyperviolents et ne visant que la destruction; création d’un nouveau passe-temps, le sabotage, avec son économie souterraine, ses manuels pour débutants, etc….
– la place des grands groupes dans le monde qui de multinationales passent “métanationales” ( néologisme emprunté à Robinson in Mars la rouge, ou l’histoire en 4 tomes de la colonisation de Mars), qui gèrent les pays les plus pauvres.
– problème de surpopulation, qui est résolu par la limitation des naissances, avec un permis alloué aux individus parfaits ou aux défauts mineurs. Conséquence directe, les gens sont obsédés par le désir d’avoir des enfants et ainsi font du baby-sitting gratuitement pour s’en occuper un peu. C’est aussi de ce phénomène de société qu’est la surpopulation dont est tiré le titre, car dans le livre un scientifique calcule que tous les terriens pourraient tenir sur l’île de Zanzibar avec 0.018m2, mais au fil du roman, les nouveaux s’enfoncent jusqu’aux mollets, puis à la cheville, etc…- décadence de la société, qui considère la toxicomanie, l’alcoolisme et l’usage de calmants comme quelque chose de normal, permettant d’échapper à la grisaille de la vie quotidienne. Il y a aussi la nostalgie du siècle dernier, avec des soirées spéciales où tout ce qui est supérieur à l’an 2000 est soumis à gages, le culte de la beauté et la banalisation des armes .
En fait, cette oeuvre est très ambitieuse selon moi, par la multitude des sujets ( et encore je n’ai pas tout dit, vous découvrirez le reste en le lisant) choisis pour montrer la mauvaise voie que l’humanité pourrait prendre. Ce livre est une sorte de panneau indicateur, et c’est ce qui fait son charme. Le livre est bon, pas autant que ceux des grands maîtres de la SF, mais mérite une place dans vos bibliothèques personnelles. Je vous le recommande si vous voulez passer quelques journées tranquilles avec un livre ( en fait 2) intéressant et passionnant, qui et je le répète est une bonne réflexion sur notre avenir.

une photo d’un homme avec une moustache et un bouc, les cheveux portés longs, une expression affable et un peu hagarde. Ah oui, c’est la photo de l’auteur et une brève biographie .
New York au XXIe siècle, mais ce pourrait être Londres, Paris, Montréal…
Une ville tout entière protégée par un dôme, mais parcourue de saboteurs qui
détruisent et tuent pour le plaisir; une ville régie par la technologie la plus raffinée, mais où l’émeute peut éclater à chaque détour de rue; où la loi vous interdit de procréer si vous présenter la moindre tare, mais qu’est-ce qu’une tare? Pour le savoir, pour tout savoir, soyez à l’écoute de Shalmaneser, l’oracle électronique !
C’est dans ce monde que tentent de vivre, lié par une amitié menacée, Donald
Rogan, le blanc, et Norman House, l’aframéricain. Deux hommes lucides, qui se veulent encore libres. A moins que conditionnés, manipulés, ils ne soient plus déjà que des pions que l’on déplace sur l’échiquier d’une conspiration planétaire.

J’ai Lu (1995)703 pages 7.62 € ISBN : 2-253-07180-3
Traduction : Didier Pemerle

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