Vallée des dragons (La) de David Dumenil

Le Livre de la Création 1

[Avertissement : la présente critique n’engage que son auteur, Nicolas Kempf, alias Edwige, qui est une personne parfaitement injuste et mesquine]
«Le livre de la création », La vallée des dragons. Super, me suis-je dit. Il va être question de création du monde, ou d’un monde, puisque nous sommes dans de la fantasy, et il y aura une vallée avec des dragons. Je les ai guettés jusqu’à la dernière ligne, en vain. Mais revenons au commencement.
Au début, il y a une paire de jeunes garçons, fils de nobles, dans un royaume médiéval-fantastique comme tout le monde en connaît un : l’Haror. Ils s’appellent Talan et Mientratas, ils sont jeunes, beaux, drôles, doués au combat et malins comme des singes. Leur pays est entouré d’autres contrées, un pays d’elfes, bien sûr, un pays de gnomes, un de griffons, un de licornes et un de dragons (la fameuse vallée, là-bas, tout en haut, dans les montagnes du Dracor).
Toutes les races s’entendent bien depuis des siècles, ce qui est normal car tout le monde est bon, a le cŒur noble et vit dans un coin sympa.
Et les méchants, alors, ils sont où ? On cherche désespérément une sorte de Mordor sur la carte fournie au début : il n’y en a pas. Et pour cause : les monstres, ils ont tous été bannis il y a des siècles, après une grande guerre qui a été gagnée par les forces du Bien. Et les monstres sont donc là, dans leur dimension parallèle, à ruminer leur vengeance.
Cette idée des monstres coincés quelque part et qui attendent leur heure me plaît bien. C’est pour moi la meilleure idée de David Duménil dans cette histoire. Il y a là, d’après moi, matière à des jeux d’aller-retour, d’infiltration, des scènes d’inquiétude, du dépaysement ; bref, c’est ce qu’on appelle en écriture une trouvaille.
Et voici que démarre l’histoire : tandis que les deux héros reçoivent une quête, qui va leur permettre de vivre des aventures et de se faire plein d’amis, les monstres, dans leur no man’s land, se sont trouvés un chef. Le big boss en question va s’empresser d’envoyer ses chers monstres embêter Talan et Mientratas. De bataille en escarmouche, de poursuite en fuite dans des mines abandonnées où rôde un démon des anciens temps, on en arrive à la fin du premier tome…

Le roman de David Duménil, comme je l’ai dit, contient plusieurs trouvailles intéressantes, parfois racontées avec une certaine élégance. Tout ce qui se passe dans la montagne, avec les géants, en fin de récit, est plutôt convaincant. On sent certaines scènes fortes se dérouler devant les yeux de l’auteur tandis qu’il les écrit. Il y a une forte imagination à l’Œuvre… parfois.
Car un des défauts de cet ouvrage, c’est ce «parfois ». Certaines scènes ont un goût de déjà-vu, comme tout ce qui se passe dans les mines abandonnées par exemple (dans le doute, toujours choisir le tunnel où l’air sent le moins mauvais : ah oui ?). Ou encore : «L’autre mage continuait à bombarder le griffon de flèches d’acide ». Celles-ci ne sont pas de Melf, mais c’est tout juste… Les références un peu trop évidentes aux jeux de rôle sont légion. Les monstres sont appelés des monstres, des groupes de monstres, il faut toujours qu’ils soient dénombrés par multiples de dix (pas de bataillons ni de régiments, par exemple). Durant les batailles, dans ce roman, on pourrait presque entendre rouler les dés 20, entre le sachet de Crackers vide et les cadavres de bouteilles de Banga… Comprenons-nous bien : être imprégné des jeux de rôle n’est pas une mauvaise chose, quand on passe à l’écriture de fiction, mais un roman n’est pas une aventure : il y a d’autres contraintes, et d’autres libertés, pour chacun des deux genres.
Or, des combats, il y en a beaucoup, dans ce premier roman. Des combats, des batailles, des sièges, des embuscades, des duels, tout ce qui implique massacre d’orcs à la chaîne se succède dans le livre sans aucun temps mort. Pas de scènes au coin du feu, pas de confidences, pas même de description des personnages. Tout pour la baston. Le problème, c’est que ce n’est pas seulement ça, une épopée (car tel est le genre qui sert de modèle aux modèles de David Duménil). Si le lecteur ne peut pas s’attacher aux personnages, s’il ne peut pas découvrir l’histoire du pays, les mythes, l’art, les caractères, les rêves des personnages, ce genre de choses pénibles à raconter… dans ce cas les batailles, les blessures et les morts n’ont aucune valeur. La bonne idée de départ est injustement exploitée.
J’ajouterai à ceci quelques «problèmes de premier roman » qui pourraient sans doute s’arranger sans trop de difficultés : les plans du big boss sont incompréhensibles. Tout se passe souvent comme s’il voulait laisser une chance aux héros de s’en sortir. D’autres incohérences sont liées aux durées et aux distances : parfois, on a l’impression que le monde en question est immense, d’après le temps qu’il faut aux personnages pour arriver au bout de leur quête (tant et si bien qu’il ne reste plus de place, à la fin, pour parler de cette fameuse vallée des dragons). D’autres fois, quand un messager est envoyé d’un coin du continent, il arrive quelques heures après à l’autre bout, avec à peine un peu de rouge aux joues. La carte, d’ailleurs (mais ceci est plutôt commun à tous les livres de médiéval-fantastique qui font l’erreur d’en fournir une), la carte n’est pas du tout crédible : montagnes au nord, mer des trois autres côtés, des pays avec une frontière bien droite, et une île quelque part pour faire joli.
Enfin, au chapitre des critiques, il faut signaler le manque d’attention de l’éditeur, qui aurait pu ajouter quelques pincées de virgules ici et là, et surtout éviter de présenter systématiquement les dialogues en italique.

La vallée des dragons est donc un premier roman plein de charme et d’idée, malgré de nombreux points noirs. Son auteur saura certainement améliorer les choses dans un prochain volume… La promesse en est écrite entre chaque ligne de celui-ci.

Talan et Mientratas, deux jeunes hommes se voient confier par leur roi une importante mission : accompagner un convoi chargé d’or jusqu’au Dracor, pays des dragons. Cependant, les monstres, chassés des millénaires auparavant, font un grand retour sur le continent où ils sèment la panique et le chaos. Une centaine de soldats et un Elfmage font partie de l’expédition. Mais les épreuves et les péripéties s’enchaînent, l’affrontement est inévitable, d’autant que le chef des monstres, un dragon noir redoutable, semble bien décidé à atteindre son but : dominer le continent par la force et la violence.
Mais dans le camp des monstres, le roi gobelin Gravash et la jeune Humage Elia, avide de puissance, se disputent le pouvoir…

Amalthée (Novembre 2008)302 pages 9.99 € ISBN : 9782310000949

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