Vol des faucons (le) de Pierre-Emmanuel Dessevres

Damon a été choisi pour être le premier être humain à voyager dans le temps, plus précisément dans le futur, vers l’année 2090, soit dans cinquante ans. L veille du départ, le directeur de la NSA – qui supervisait le programme temporel – se suicide, et Tom Courteous, conseiller du président des USA, le remplace aussitôt. Sauf que les premiers éléments de l’enquête, vite etouffés par la CIA, tendent à montrer que ce serait un meurtre. Pas de quoi perturber l’évènement le plus important de ces dernières années, le départ de Damon vers le futur de l’Humanité. Celui-ci est rempli d’appréhension à l’idée de l’exploit qu’il va accomplir, et surtout du danger que ce voyage représente, mais le devoir l’emporte avant tout, et ce voyage est l’occasion pour lui de montrer son patriotisme.

Quand il arrive en 2090, il découvre un monde parfait. Plus de chômage, plus de guerre, plus de famine, plus de pauvreté, le Monde entier est unifié sous une même bannière : celle du bonheur, celle du bien être. Du moins, c’est ce qu’on cherche à lui faire croire, car Damon ne voit cette utopie que par le biais de films de propagande et de visites guidées. Aucune liberté ne lui est laissée, il ne peut se rendre compte par lui même de ce qu’il en est vraiment. Il doute un peu, jusqu’au moment où des terroristes l’enlèvent…

A quoi peut-on s’attendre avec un roman de sf paru aux éditions libertaires ? Voilà la question à laquelle je vais répondre, et pour tout dire, elle est tout sauf facile. En effet, il n’échappera à personne qu’avec un tel éditeur, l’histoire ne peut qu’être polémique. Mais tout lecteur sait qu’il ne suffit pas de dénoncer, mais aussi et surtout de raconter. C’est là que le bât blesse.

Rien à redire sur le style de Pierre-Emmanuel Dessevres, il a une très belle écriture, son style est formidable, fait dans un très bon français avec des formulations formidables. Mais s’il fallait comparer Le Vol des faucons à un livre, ce serait Candide. Et pour une seule raison, puisque comme son illustre ancêtre, il propose une sorte de voyage initiatique à un héros un peu naïf qui, au fil du temps et des rencontres, va se rendre compte de l’horreur du monde. Seul bémol des deux livres à chaque fois, ça part dans tous les sens, et les incohérences sont très nombreuses, alors même que le style est bon.

Car le problème réside dans l’essence même de l’histoire. L’auteur nous propose une histoire temporelle, celle d’un homme envoyé 50 ans dans le futur lors du premier essai de la machine temporelle ( déjà, essayer une machine ,dont on n’est pas totalement sûre qu’elle va marcher, devant des milliards de personnes, c’est un peu limite) pour qu’il observe de quoi sera fait l’avenir. Evidemment, les humains du futur l’attendaient ( sa date d’arrivée étant dans leurs archives…). Le problème, c’est que le chronote n’a pas été projeté dans le futur. Dans la description de la machine, on constate qu’il a été desintégré et que ses atomes et sa mémoire sont stockés dans la machine, qui le régénèrera à la date voulue. Problème : comment revient-il dans le passé ? C’est aux hommes du futur de le trouver…Pas terrible comme machine temporelle quand même, avec quelques paradoxes en découlant.

Evidemment, le fond, la thèse de l’auteur, ce qu’il veut dénoncer est beaucoup plus clair. En quelques mots, et même si la date de 2040 n’est qu’un leurre grossier ( ce qui est fait exprès vu les noms), les élites américaines font tout pour rester au pouvoir, allant même jusqu’à réécrire l’histoire à leur profit. Ce que Damon va découvrir lors de son voyage, car sous les faux-semblant dont on l’accable, il va découvrir une toute autre réalité, cachée et où le paradis semble encore plus inaccessible qu’en 2040. Et sous la propagande de 2090, le lecteur est censé déceler tous les mensonges qu’il doit gober…en 2007.

En conclusion, n’est pas Voltaire ou John Brunner qui veut. Montrer un avenir cauchemardesque , anticipé à partir d’éléments déjà présents à notre époque est bien, mais encore faut il le faire dans un cadre cohérent, et qui ne se lézarde pas immédiatement. Le voyage temporel aurait pu être une bonne idée, mais pas comme ça. Le texte, s’il est bien écrit, n’est qu’un vaste écrin un peu délaissé au profit du message de l’auteur. Dommage, c’est un peu ce qui a failli perdre la sf française des années 80, ce qu’apparemment l’auteur n’a pas compris.

En 2040, les USA annoncent l’envoi du premier explorateur qui traversera le temps. Damon, le premier “chronote”, va être envoyé dans un futur proche.
La nouvelle est étrange et captive le monde. Elle est porteuse d’espoirs insensés : voyager dans le temps, pouvoir anticiper l’avenir et ses difficultés pour y préparer toute l’humanité.
Dès son arrivée, on présente à Damon un monde enfin débarrassé des pires maux de son époque. Un véritable paradis sur Terre.
Mais, curieusement libéré de ses hôtes officiels, l’intrépide voyageur découvre un autre décor. Il est alors engagé dans un périple initiatique, entre angélisme et théorie du complot.
Tour à tour faucon d’une maison pas toujours très blanche et colombe inapaisée, le voyageur du temps, partagé entre deux époques et deux sociétés (peut être pas si éloignées l’une de l’autre), devra choisir rapidement un camp s’il ne veut pas perdre son âme.
Ce vol des faucons laisse le planer le doute sur la justesse de notre société et sur le devenir de l’humanité. Réformiste ou révolutionnaire ? Libérale ou alternative ?
Damon aura le choix, mais qu’en sera t’il pour nous ?

Les Editions Libertaires Nos Futurs (2007)211 pages 15.00 € ISBN : 978-2-914980-56-2 (INED)
Couverture : Yves-Noël Billy

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