Zoulou Kingdom de Christophe Lambert

Dans le registre de l’entropie, la guerre fait des prodiques. C’est fou, quand on y pense : vous regardez tous ces jeunes gens, vos amis, vos compagnons d’armes, tout frais, tout roses, pleins de souvenirs et d’espoirs, palpitant dans leurs uniformes et, l’instant d’après, il ne subsiste plus d’eux que des sacs d’organes inertes, sous leur matériel froissé, tordu. La chair a révélé son immense vulnérabilité. Le métal s’y enfonce comme dans du beurre. Ce qui était vivant n’est plus.
La guerre? Une machine à défaire du divin, un miracle contre la nature.

L’Angleterre est partie annexer le Zoulouland et permettre ainsi aux habitants de découvrir la civilisation et la modernité.
Les zoulous ont de grandes chances de perdre la bataille mais l’utilisation de la magie leur permettra de se rendre sur les rivages anglais pour attaquer les sujets de sa Majesté Victoria sur leur propre territoire. L’attaque surprend les anglais qui pensent pouvoir régler rapidement le problème.
Néanmoins, la force des zoulous réside dans leur nombre…

Allan :Zoulou Kingdom est le deuxième livre de Christophe Lambert que je lis (après La Brèche) et nous retrouvons ici la qualité d’écriture ainsi que la rigueur dans les descriptions.
Le point qui m’a particulièrement plu (mais sera-t-il garder dans la version “publique”) est des notes de l’auteur concernant le texte qu’il a écrit permettant de mieux comprendre le but recherché.
La précision notamment quant au fait que le livre ne traite pas des zoulous mais bien d’une réaction d’une société face à une agression massive permet de mieux resituer le propos du roman et d’éviter de sombres “compréhensions” de critique.
Ce qui est appréciable est la description “clinique” des attaques et des combats rendus avec un réalisme effrayant (chose que j’avais déjà pu constater dans la Brèche).
Non la guerre n’est pas propre et Christophe Lambert le montre de façon étonnante.

Orcusnf : Pour ma part, je ne connaissais Christophe Lambert que par ses écrits jeunesses, fort distrayants ma foi quand on est encore jeune. Sa littérature adulte m’était encore inconnue.

Ce livre est assez surprenant, car c’est une uchronie peu courante quand même. On a l’habitude de beaucoup de choses, des dictateurs fous qui changent de destin, de complexes temporels alambiqués, mais après la Brèche, nous avons là une uchronie qui sort des sentiers battus. Enfin pas tant que ça, puisqu’il est explicitement fait référence à Wells, et je ne vous dirai pas comment!!

Je trouve qu’il y a quand même certains défauts. L’auteur n’est pas toujours très cohérent, le meilleur moment étant celui du lord manchot qui s’essuie les mains!! Pas à dire, c’est une grosse coquille!! Sans parler d’autres passages pas très clairs, qui font référence à de brefs moments du texte guère importants, mais qui sur le coup nous sautent aux yeux.

J’ai aussi un peu de mal avec son style, je le trouve parfois un peu trop irrégulier, disons qu’il manque de fluidité. Disons que c’est paradoxal, car autant les chapitres s’enchainent les uns à la suite des autres sans qu’on ait envie de refermer le livre ( d’ailleurs,je l’ai fini en une journée), autant sa construction est parfois hasardeuse. Peut-être me trompé-je, mais j’ai du mal avec sa concordance des temps, ce n’est que mon humble avis.

Mais au delà de ces aspects formels, nous ne pouvons nier que le tableau qu’il peint de cette société victorienne est saisissant. Derrière les bonnes apparences, il nous révèle crûment sa décadence et ses travers, sans céder à la caricature grotesque et gratuite, tout se fait en finesse. Les scènes sont bien ciselés, les descriptions précises et évocatrices, sans etre lourdes et ennuyeuses. Ca se lit bien.

Comme Allan, j’insisterai sur les batailles qui montrent là aussi que la guerre, c’est pas beau et c’est pas propre. Nous noterons à ce propos les remarques horrifiées du jeune capitaine frais émoulu de son académie, qui découvre ce qu’est la guerre, révélateur du pacifisme de l’auteur.

Certains nous disent que pour être heureux, il faut cultiver son jardin. Pour d’autres, il suffit de tout régler autour d’une tasse de thé, ce qui n’est pas plus mal, convenons en.

ps : dans la version définitive, les commentaires de l’auteur sur son oeuvre, sa genèse, ont bel et bien été conservés. Très interessant, initiative à renouveler.

Au début de l’année 1879, l’armée britannique stationnée dans la province du Natal en Afrique du Sud s’apprête à envahir le Zoulouland, gouverné par le roi Cetshwayo, et n’attend plus qu’un ordre pour franchir le fleuve qui sépare les deux nations. Mais c’est compter sans la puissante magie zouloue aux mains du grand sorcier Mpande : quarante mille Zoulous déferlent bientôt sur Londres, comme une armée de spectres surgissant de la brume… Le naufrage du grand paquebot industriel peut commencer !
Fleuve Noir Rendez-Vous Ailleurs (Janvier 2007)287 pages 15.00 € ISBN : 9782265083738 Couverture : Jean-Sébastien Rossbach

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