Interview : Herv

Réalisée par :mail
Date :octobre 2005
Sorti récemment aux Editions Amalthée, le Monde de Fernando est le premier roman SF d’Hervé… Rencontre avec l’auteur

Allan : Hervé bonjour et merci de nous accorder un peu de temps dans le cadre de la parution du premier volume du Monde de Fernando
Le Monde de Fernando est ton premier roman Science Fictionnesque, alors tu n’échapperas pas à l’éternelle question consistant à te présenter…
Nous n’allons pas parler tout de suite du parcours qui t’a mené à l’écriture, je voudrais déjà que tu m’indiques quels sont les auteurs qui t’ont marqué et quels sont ceux qui t’ont poussé à te dire : pourquoi pas moi ?
Hervé : Comme tu le sais je n’ai plus vingt ans depuis longtemps, depuis 1968 en fait, une grande année pour la liberté, quoi que soient devenus ses acteurs aujourd’hui, moi compris. J’ai commencé à lire des romans d’aventure vers 10-12ans environ (Bob Morane par exemple, j’avais toute la collec) et je lisais Spirou avec quelques semaines de retard, j’habitais Madagascar à l’époque et la télé n’existait pas chez nous. Après dans les années 60 j’ai lu les classiques : Heinlein, Van Vogt, Sturgeon, Asimov et tous ceux-là. Quand j’étais ado à Paris, je faisais les bouquinistes pour trouver les vieux Rayon Fantastique hors de prix pour mon argent de poche (dont le splendide « Plus noir que vous ne pensez » de Williamson) et je les ai revendus (pas tous) quand sont sortis les bouquins classieux du Club du Livre d’Anticipation chez Opta. Ceux-là je les ai encore, j’y ai découvert Farmer, Dick, Mac Caffrey, Niven, Silverberg, Brunner entre autres. Il y avait bien sûr aussi Présence du Futur et la super collec métallisée Ailleurs et Demain. On peut dire que j’ai surtout lu la SF « classique » des années 50, 60 et celle des 70. Après je me suis marié, j’ai eu un fils et je suis rentré comme chercheur à l’INRA. C’et un boulot où on passe la moitié du temps à lire, en anglais, pour savoir ce que les collègues font. Quand on rentre à la maison on a tellement d’autres trucs à faire que j’ai beaucoup moins lu, plus sporadiquement. J’achetais les auteurs que je connaissais déjà et donc je connais très mal tous ceux, français et anglo-saxons, qui font la SF d’aujourd’hui. Pour en revenir à ta question « pourquoi pas moi ? », j’ai toujours écrit des petits trucs, des poèmes, des textes courts, sans vraiment me poser cette question. Mais ça a toujours été un loisir, un plaisir. Peut-être que c’était aussi un besoin ?
En tout cas je t’assure que je n’ai pas du tout la prétention de me comparer à ces grands maîtres (et pas non plus aux Grands Anciens chers à Lovecraft, un autre de mes auteurs préférés).

Allan : Avant d’être auteur, tu es surtout chercheur à l’INRA spécialisé en génétique végéltale : peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail ?
Hervé : Disons que, par exemple, on observe un phénomène innatendu, la transmission d’un caractère qui ne se fait pas selon les lois de Mendel. On essaye d’imaginer comment c’est possible, on élabore une hypothèse, on construit une expérience pour la tester et on regarde le résultat. En général ça ne marche pas mais on a de nouvelles données. Alors on change d’hypothèse ou on affine la précédente et on refait une manip (c’est comme ça qu’on dit chez les scientifiques) et ainsi de suite. Le but final est de comprendre le Vivant (imposssible à réaliser !) ou de s’en approcher assez pour prévoir ce qui va se passer (« le modèle explicatif doit être aussi prédictif »). Bon on s’arrête parce que pour moi la SF c’est pas de la prise de tête

Allan : On ressent d’ailleurs la passion de ton travail dans Les Souterriens, puisque les plantes sont “expliquées” : il est important pour toi de baser ton écrit sur des données scientifiques, pour le rendre plus crédibles peut-être ?
Hervé : Honnêtement je ne le fais pas exprès, Ca vient comme ça. Et j’ ai enlevé beaucoup de « pseudo-science » sur les conseils de mes premiers lecteurs qui n’étaient pas biologistes. Crédible ? Je ne sais pas. Déjà ce que j’imagine dans le bouquin n’est que pur délire pour un scientifique.

Allan : Alors, une fois ce livre écrit, relu, corrigé, comment s’est passée pour toi la recherche de l’éditeur ?
Hervé : Dur dur ! Heureusement que ce n’est pas comme auteur que je gagne ma vie ! J’ai envoyé à ce que je considérais comme des éditeurs pas trop gros, genre L’Atalante, Mnémos, Bragelonne, etc… Et j’ai toujours reçu (après 2 à 6 mois) la phrase classique sur « ne correspond pas à notre ligne éditoriale actuelle, etc… ». Alors je suis passé par un éditeur avec qui on partage les frais et les risques, une forme assouplie et plus moderne du « à compte d’auteur ».

Allan : Et enfin tu as le livre dans les mains… Commençons par la forme : la couverture de Thiriet représente bien l’ensemble du roman : un ton léger… As-tu eu la possibilité de donner ton avis sur la couverture ? As-tu rencontré l’illustrateur ?
Hervé : Oui et oui. C’est moi qui ai choisi Jean-Michel Thiriet parce que c’est mon pote. Je l’ai connu dans les années 80 où je fréquentais les festivals de BD avec mon fils Pacôme qui était très jeune rédac chef du fanzine (de BD pas de SF) « Réciproquement ». Jean-Michel est un des mecs les plus drôles que je connaisse, même si on ne se voit pas assez souvent.

Allan : Entrons dans le vif du sujet… Déjà on peut dire que tu n’es pas tendre avec un certain président nord américain aux initiales G.W.B…. Pourquoi tant de haine ?
Hervé : Bof ! Comme pour beaucoup de gens ce mec me sort par les trous de nez mais il y en a plein d’autres comme lui qui font que le Monde où on vit est terriblement injuste et où le capitalisme/libéralisme/ économie de marché ne fait rien pour améliorer le sort des peulples et détériore la planète chaque jour un peu plus

Allan : La trame de l’intrigue reste néanmoins assez classique avec la reconquête de la surface par des hommes réfugiés sous terre suite à une guerre nucléaire… Tu n’avais pas envie de créer une situation plus “inédite” ?
Hervé : C’est vrai que c’est un poncif science-fictif mais ça permet de faire place nette. Et il y a plein d’autres de ces situations déjà lues dans les deux bouquins. On peut aussi dire que ce sont des références ou des clins d’Œil.

Allan : Néanmoins, si la trame est classique, la façon de le traiter l’est beaucoup moins. Les “souterriens” sont des clones créés de façon à remplir certaines fonctions dans la nouvelle société… L’idée me semble très originale notamment dans le fait de les appeler par les prénoms de leur modèle… Ca a du être un vrai plaisir de les créer non ?
Hervé : Oui ! Je dois l’avouer , avec des prénoms bien franchouillards

Allan : Alors ce qui m’a surpris le plus, c’est l’existence de ces Supers-Taupes… Quel étrange choix, non ?
Hervé : Ecoute, pas tellement. Qu’est-ce qu’on trouve avec un minimum de cervelle qui vit sous-terre ? Des mammifères forcément. J’allais pas opposer puis lier d’amitié mes humanoïdes à des super-lombrics, quand même !

Allan : Nous avons d’autres surprises qui nous “tombent” dessus au fur et à mesure du roman, notamment cette faculté qu’à la troupe de Fernando de se lier avec des espèces plus souvent considérés comme “ennemies”. Cette volonté de faire un rapprochement inter-espèces est plutôt optimiste pour un peuple acceptant difficilement ses voisins… Tu ne serais pas un peu trop optimiste de nature ?
Hervé : Hélas j’aimerai bien mais je ne crois pas être optimiste. Notre monde n’est pas du tout rigolo et je n’y vois plus de lendemains qui chantent. Alors tant qu’à inventer un autre monde, que celui-là soit beau, drôle, et qu’on y prenne du plaisir. Au passage je dois te dire que tous ces avenirs sombres, horribles et belliqueux qu’on lit aujourd’hui en SF, genre « La Compagnie Noire » et bien d’autres, je déteste. Pour moi la SF c’est de la distraction, et je ne veux pas m’évader dans un monde de merde pour me dire, en en revenant, que la Terre est jolie en comparaison. Alors oui je suis pessimiste et c’est pour ça que je préfère imaginer un monde où la vie est formidable, parce que ici, c’est plutôt glauque ! Pas pour moi, je précise, je suis un privilégie :j’ai un boulot rigolo, une femme super et un fils surdoué, mais on est obligé d’ouvrir les yeux et de penser à ceux qui souffrent et crèvent de misère.

Allan : Alors après la reconquête de la surface par Fernando et sa clique, et la deuxième génération, que désires-tu nous montrer ?
Hervé : Alors, pour les encore trop rares lecteurs qui, comme toi, ont apprécié « Les Souterriens » ça va « dépoter » dans le livre second. T’as vu le « teasing » en dernière page du livre premier ? Et bien c’est ça : on va changer progressivement de héros, pour des plus jeunes bourrés de talents, d’énergie et de pouvoirs, et carrément remonter le Temps. Je n’en dis pas plus mais, dans le science-fictif, ça va « le faire » (enfin, j’espère…)

Allan : As-tu d’autres idées de romans en cours ou d’autres au bord d’être édités ?
Hervé : Non, à vrai dire j’attendais un peu de savoir ce que ça allait donner avec ces deux-là. J’ai eu quelques lecteurs enthousiastes avant de publier mais c’étaient des amis et de la famille, donc peu fiables sur l’objectivité. Et si il y a des inconnus qui aiment bien, comme toi, il y en a aussi d’autres qui trouvent que j’écris mal et que je suis ennuyeux. Mais c’est la loi du genre et de la vie en général : on ne peut pas plaire à tout le monde. Et c’est tant mieux parce qu’on est tous différents, heureusement. Donc, les quelques nouveaux lecteurs qui aiment bien me donnent l’envie de continuer. Dans trois ans je serai retraité avec de quoi m’occuper !
J’avais écrit un premier roman avant ce feuilleton qui mêlait fantastique et SF, des loups—garous, de la génétique (bien sûr) de la télépathie (encore) et des aventures. Je vais peut-être le retravailler…

Allan : Nous as-tu rendu visite et si oui que penses tu de notre “travail” ?
Hervé : Oui oui j’ai visité le site et je le trouve super, bien sûr. Je serai bien incapable d’en faire autant et je vous félicite

Allan : Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Hervé : D’avoir assez de lecteurs pour que je rentre dans mes frais, que le livre second marche bien et qu’un grand éditeur me découvre et m’offre un pont d’or. Non, je rigole
Souhaite-moi de vivre encore quelques belles années à prendre du plaisir sous toutes s es formes, physiques et intellectuelles. Ce sera déjà pas mal !!

Allan : Le mot de la fin sera.
Hervé : Debout les djeunes, réveillez-vous. C’est à vous de changer ce monde.

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