Interview : Kwam

Réalisée par :mail
Date :Mai 2010
Etienne : Bonjour et merci de répondre à nos questions. Pouvez-vous vous présenter et présenter votre parcours d’auteur ?
Kwamé : Je suis marié et père de famille, j’ai suivi un cursus universitaire classique en Droit et en Sciences Politiques, même si par inclination personnelle, j’ai toujours préféré l’Histoire. J’ai commencé à écrire lors de mon adolescence, il y a pas mal de temps déjà. Mes premiers écrits, non publiés, relevaient de la Science-Fiction et en particulier du Space Opera. Toujours pendant mon adolescence, des films comme Excalibur de John Borman, Kagemusha- l’ombre du guerrier de Hakiro Kurozawa, Conan le Barbare ont nourri mon imaginaire visuel. Mes premières lectures de Fantasy épique ou non (les nouvelles de Robert Erwin Howard consacrées à son héros Conan, le Seigneur des Anneaux de Tolkien) alliés à des lectures plus classiques (Salambo, le flamboyant et sanglant roman historique de Gustave Flaubert) ont été à la fois des sources de bonheur et d’inspiration. Je pense que ma vocation à écrire de la Fantasy Epique est née de cette époque importante de ma vie.

Par la suite, au début des années 1980, j’ai découvert le cycle d’Imaro de Charles Robert Saunders parallèlement aux travaux de l’égyptologue Cheik Anta Diop consacrés à l’origine Noire de la civilisation Egypto-nubienne. Cette rencontre virtuelle a changé ma manière d’écrire. Charles Robert Saunders possède une connaissance approfondie des cultures de l’Afrique Noire qu’il sait restituer dans ses Œuvres. De plus, il a donné une dimension tragique, au sens de la tragédie grecque, au destin de son héros Imaro.

En 2004, aux Editions Le Manuscrit, était publié mon roman « La Geste d’Osseï-Cycle des Guerres iblisiennes-Ière époque. Ce roman de Fantasy Epique narre la lutte d’Osseï contre le démon Iblis qui a asservi le continent Azanien, la terre des Hommes Noirs, détruit les anciens cultes et anéanti toute liberté spirituelle en imposant le culte de la divinité qui se veut unique. Ce thème de la lutte de la tolérance spirituelle qui se veut plurielle face à l’hégémonie monothéiste est également traité dans les Chroniques de l’Age de Fer.

Il est à noter que dans ce roman dont l’action est postérieure à celle des Chroniques de l’Age de Fer, le personnage d’Iska apparaît. Son rôle est important car il est le père d’Osseï.

Durant l’année 2008, le livre « Les guerriers d’Outre-mort » a été publié aux Editions Edilivre. Il s’agit d’un roman qui se situe à la lisière du Space Opera et de la Fantasy Epique.

Etienne : Comment qualifiez- vous vos chroniques de l’âge de Fer ? De la fantasy dans un imaginaire africain ? de la « Sword and soul » ? Pouvez- vous nous en dire plus sur ce style ?
Kwamé : Les Chroniques de l’Age de Fer ne sont pas uniquement de la Fantasy dans un imaginaire africain car elles intègrent aussi des références culturelles et spirituelles de la Caraïbe Noire, qui est issue de la Traite Négrière transatlantique. Ainsi, le royaume de la Grande-Terre, île Natale d’Iska, est une incarnation « fantasy » de la Guadeloupe (ile caribéenne divisée entre la Basse-Terre et la Grande-Terre). Dans la nouvelle « le pêcheur et la princesse », il y a un passage où j’évoque le « damyé » pratiqué par les jeunes pêcheurs du village d’Ajoupa. Le « damyé » était un art martial pratiqué clandestinement par les esclaves dans les plantations de la Martinique, il peut être assimilé à la Lutte sénégalaise et aussi à la lutte Nubienne (voir certains bas reliefs de l’époque pharaonique). Comme leurs lointains parents sénégalais, les combats de damyé sont rythmés par les tambours et les chants.

Mes chroniques baignent incontestablement dans une atmosphère « Sword and Soul ». Je vais vous fournir quelques explications sur ce terme.

A la fin des années 1970, l’écrivain canadien d’origine africaine-américaine Charles Robert Saunders publie son cycle consacré à son héros Imaro en s’appuyant sur ses connaissances des mythologies Négro-africaines. Grâce à son travail fondateur, il « décolonise » et « dégermanise » la Fantasy, combat les stéréotypes racistes dans lesquels les Noirs étaient cantonnés. Son Œuvre littéraire ne peut être séparée de l’environnement politique du combat pour les Droits Civiques et la progression des Etudes consacrées aux civilisations africaines dans les facultés Nord-américaines. C’est dans ce contexte socio-historique que Charles Saunders a jeté les fondations de la Sword and Soul. Charles Saunders et son fils spirituel, l’auteur américain Milton Davis, la définissent comme un genre de la Fantasy épique basé sur les cultures et les mythologies africaines. Ce genre respecte les canons de base de la Fantasy Epique. Confrontés aux forces surnaturelles et ténébreuses, les héros ne se laissent pas dominer par une peur superstitieuse et n’hésitent pas à les affronter physiquement. Cependant, la dimension psychologique et tragique n’est pas absente des personnages principaux.

En dehors des trois ouvrages de la Saga d’Imaro, traduits et publiés par les Editions de la Garancière en 1985, la Sword and Soul anglophone reste inédite à ce jour en France. Le quatrième volet des aventures d’Imaro paru en 2009 sous le titre « Imaro, the Naama war » est disponible en langue anglaise sur le site américain Lulu. Il en est de même pour « Dossouye », titre d’un ouvrage qui narre les aventures de Dossouye, une ahossi (femme-soldat ou amazone) au service du royaume d’Abomey.

Etienne : Ces Chroniques se déroulent dans un univers que je situerais en Afrique/Asie : c’est très rafraichissant notamment au niveau des références culturelles utilisées. Vous êtes saturé de la fantasy d’influence occidentale très ethnocentristeEurope médiévale et imaginaire troll/elfe/mage ?
Kwamé : J’apprécie les écrits de qualité qui se déroulent dans un cadre narratif médiéval-fantastique, le cycle Drenaï (les aventures de Druss) du regretté David Gemmell entre dans cette catégorie. Cependant, la Fantasy épique doit aller au-delà des mythologies Germaniques, Scandinaves ou Greco-Latines dont elle s’est largement inspirée. Pour ma part, il ne s’agit pas d’une saturation de la fantasy d’influence européenne mais j’estime que la limitation du champ de l’imaginaire à celui de l’Occident est contraire précisément à la vocation onirique de la Fantasy Epique, qui doit s’ouvrir à d’autres civilisations riches en mythologies et légendes. Ainsi le mage occidental d’inspiration druidique laisse place dans mes écrits au Prophète d’Apédémak le dieu-lion (dans l’Antiquité cette divinité était vénérée dans le royaume Noir de Méroé aux côtés du dieu Amon) ou au Grand Hougan du culte vodu (le vodu a vu le jour au Dahomey en Afrique de l’Ouest avant de traverser l’Atlantique avec les africains déportés à Haïti). Les pouvoirs spirituels d’êtres empreints d’ésotérisme comme les initiations mystiques sont les universaux les mieux partagés par les civilisations.

Etienne : « Les chroniques de l’âge de Fer » sont présentées comme un recueil de nouvelles, elles m’ont pourtant parues très homogènes et se suivant assez logiquement : aviez vous prévu dès le départ d’en faire un recueil ou sont ce réellement des nouvelles éparses que vous avez rassemblées ?
Kwamé : Je n’ai pas respecté un ordre chronologique dans la rédaction de ces nouvelles, l’idée d’un recueil s’est imposée progressivement car les Chroniques de l’Age de Fer constituent une introduction aux cycles des guerres Iblisiennes : La Geste d’Osseï, publiée en 2004 constitue la première époque.

Etienne : La fin ouvre manifestement à une suite est- elle prévue ?
Kwamé : Dans l’immédiat, je n’ai pas prévu d’écrire une suite aux Chroniques de l’Age de Fer. Car la Geste d’Osseï, publiée antérieurement je le rappelle, en est la suite logique. Toutefois, n’étant pas maître de l’inspiration qui peut s’emparer de mon esprit, des aventures parallèles de mon héros Iska de la Grande-Terre ne sont pas à exclure.

Etienne :Si je comprends bien votre référence à Charles Robert Saunders inscrite en 4eme de couverture, je comprends moins la référence à Cheik Anta Diop (si ce n’est pour admirer un intellectuel africain bien sûr) : est ce pour le rappel de la place qu’a prise l’Afrique dans l’histoire ?
Kwamé : A mes yeux, Cheik Anta Diop représente une référence intellectuelle incontournable. De par son travail qui s’appuie sur une méthodologie universitaire rigoureuse, cet égyptologue a démontré que l’Egypte Ancienne était une civilisation Noire. Depuis ma découverte des écrits de Diop, je n’hésite pas à intégrer les éléménts spirituels et architecturaux d’inspiration egypto-nubiens, voire méroïtiques, dans mes écrits, afin de déboucher sur un système syncrétiste avec les autres croyances Noires. La référence à Cheik Anta Diop inscrite en quatrième de couverture ne constitue pas un simple rappel pour un homme qui a changé ma vision de l’Egypte Ancienne, désormais à mes yeux, partie intégrante du monde Noir.

Etienne : Vous publiez prochainement une nouvelle aux Etats-Unis : est ce que vous publiez/écrivez dans les deux langues ou est ce juste une opportunité ponctuelle ?
Kwamé : Je suis membre de la Black Science Fiction Society, il s’agit d’un site internet communautaire regroupant des auteurs de Fantasy et de Science-Fiction dont Charles Robert Saunders et Milton Davis. La Nouvelle « Malédiction » (Curse en anglais) a été envoyée à la Black Science Fiction Society dans le cadre d’un appel à texte pour une anthologie. D’abord, j’ai rédigé ce texte en français qui a été traduit en anglais par un membre de la BSF, une compatriote qui maîtrise parfaitement la langue anglaise. Il s’agit de Mademoiselle Roxanne Edouard. Je profite de l’entretien que vous m’accordez pour lui adresser une nouvelle fois mes remerciements. Pour répondre à votre dernière question, je n’ai pas saisi une opportunité mais j’ai relevé un défi : Figurer dans une anthologie. Par ailleurs dans cette anthologie dont la parution est normalement prévue pour la fin de cette année, Charles Robert Saunders sera également présent.

Etienne : Pouvez-vous nous parler de vos projets ?
Kwamé : Actuellement, deux nouvelles sont en cours de soumission auprès de revues et deux autres sont en projet. Elles ont pour cadre géographique et spirituel le continent azanien mais elles sont indépendantes de la Chronique de l’Age de Fer.

Je prépare également une version remaniée de la Geste d’Osseï-Cycle des Guerres Iblisiennes, Première Epoque. Pour finir, je vais vous surprendre en vous disant que je me suis attelé à la rédaction d’un roman de Fantasy Epique dont le titre provisoire est : La voie du Bersecker. Rassurez-vous, l’esprit de la Sword and Soul n’est jamais loin.

Etienne : Et le mot de la fin sera ?
Kwamé : La conquête de notre propre imaginaire ouvre la porte de la liberté intérieure.

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