Temps du voyage (le) de Roland C. Wagner

Ab Skhy a tout quitté pour partir en tant qu’agent secret des porteurs de qualité sur Sanfran, une planète située à cinquante années aller de la Terre. Autant dire que tout ceux qu’il a connu auront disparu s’il revient un jour de sa mission. Un constat qui n’est pas pour le mettre de bonne humeur, même s’il est fier de sa mission. Car il doit enquêter sur les Charlatans, d’étranges individus qui répandent la technologie sur les colonies terriennes, alors que la Terre le faisait déjà. Trouver un concurrent ne fait jamais plaisir, surtout quand on ne connait pas ses réelles intentions.

Débarqué en secret sur Sanfran, l’agent fait une mauvaise chute et, dès les premiers instants de sa mission, endommage l’appareillage sophistiqué implanté dans son corps, perdant du même coup de nombreuses données capitales. Puis il s’enfonce dans le désert, espérant atteindre un village avant de mourir de soif. Mais c’est Sly qu’il rencontre, et non un village. Sly, ami des pierres parlantes, est un humain immortel et télépathe qui vit sur Sanfran en aidant les voyageurs égarés interessants. Et Ab Skhy est interessant, au point que Sly décide de l’accompagner, et de l’aider.

Ils arrivent tous les deux dans un port à partir duquel ils embarquent sur un navire parti pour remonter en cabotage le long des côtes du continent principal de Sanfran. Lors d’une escale, le capitaine de leur navire est fait prisonnier par les autorités qui l’accusent d’espionnage pour le compte d’une cité avec laquelle ils sont en guerre. Ab Skhy et Sly partent le libérer, ce qu’ils réussissent. Mais, poursuivis par des gardes, ils se réfugient dans une maison et de là, franchissent une mystérieuse fenêtre, tellement mystérieuse que leurs poursuivants ne les y suivent pas. Et pour cause car cette fenêtre les a transportés sur un autre monde, situé lui a 400 ans de voyage de la Terre, autant dire très loin de Sanfran. Une seule certitude s’impose peu à peu aux trois compagnons : les Charlatans ne sont pas loin.

Les spaces opéras de Roland C.Wagner sont peu nombreux, mais toujours très attendus de ses lecteurs, car à chaque fois, le dépaysement et l’apaisement sont au rendez vous. Le Temps du voyage ne fait pas exception à la règle, et une fois reposé, une seule pensée envahit l’esprit : à quand le prochain ? A dans longtemps malheureusement, car l’auteur travaille actuellement sur une uchronie !

Mais qu’est ce qui rend Le Temps du voyage si bon ? Son hommage explicite et avoué à l’oeuvre de Jack Vance, grand maître du planet opera exotique et exubérant. Mondes bigarrés, culture incroyables, personnages remarquables, toutes choses habituelles chez l’un que l’on retrouve chez son disciple français. Mais ce qui fait la différence avec Roland C. Wagner, c’est son profond humanisme, non feint, qui se traduit par des personnages intrinsèquement pacifiques, tournés vers l’autre. Même investi de sa mission officielle d’investigation à propos des Charlatans, Ab Skhy ne peut ainsi s’empêcher de chercher à les comprendre, abandonnant peu à peu la posture méfiante qu’on lui avait imposée et qui ne lui correspondait aucunement.

Et il passe de monde en monde, augmentant à chaque fois le cercle de ses compagnons de voyage, tous différents au point que l’agent secret constitue le ciment qui les lie, qui facilite leurs interactions à eux qui, en temps normal, n’auraient probablement jamais pris l’initiative de se parler. Homme normal, Ab Skhy est bon, ce sont les porteurs de qualité qui l’ont transformé, pas durablement heureusement. Car c’est ainsi, le pouvoir corrompt, rend les hommes malheureux à l’instar de Cheval fou, le pilote enchâssé, qui ne peut être heureux que dans une prairie, et non dans un corps d’acier, où sa solitude n’est entrecoupée que d’insatisfaisantes discussions dont chaque réponse ne lui parvient qu’avec plusieurs années de décalage.

De ce fait, s’il y a une guerre chez Roland C.Wagner, c’est la guerre de la vérité contre les apparences, car il faut toujours aller au delà des apparences, et dans cette tâche, Sly constitue un merveilleux guide spirituel, prêt à guider son ami sur la voie de la connaissance, non de la croyance ferme et imposée. Lorsque, logiquement, tous les fils se dénouent en suivant la philosophie de Sly, on sort apaisé, heureux d’avoir lu un space opéra si sensible.

Ab Skhy, agents des “porteurs-de-qualité”, l’autorité du système solaire, débarque sur Sanfran, à cinquante années de voyage de la Terre. Sa mission : enquêter sur les “Charlatans”, une mystérieuse organisation, peut être une race extraterrestre, dont l’apparition s’accompagne de progrès technologiques parmi les mondes colonisés sous influence terrienne.
Le voyage commence, qui conduira Ab Skhy de monde en monde, parmi des communautés disparates aux moeurs étranges ou trop familières accompagné d’un télépathe immortel, d’un loup de mer et d’une aventurière “klepte”.
Cependant Cheval fou, le cerveau animal enchâssé dans l’astronef qui relie Sanfran à la Terre, reçoit d’un congénère un message d’alerte : “Les porteurs-de-qualité ont décidé de se débarrasser de nous”.
Insolite, émouvant, le temps du voyage est un space opéra picaresque dans la veine de Jack Vance à qui il rend hommage.

L’atalante La dentelle du cygne (2005)380 pages ISBN : 2-84172-296-1 (2005)
Couverture : Caza

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