troupeau aveug(le) de John Brunner

Au XXIeme siècle, en dépit des nombreux avertissements, la Terre est devenue une vaste poubelle, un champ de mine pour les ignorants, un piège mortel pour les imprudents. La Méditerranée n’est plus qu’une légende, les animaux sont soit dans des zoos, soit morts. L’environnement est saturé apr la pollution : on ne peut plus se baigner, les masques sont devenus indispensables si on veut respirer dehors, la pluie est acide à New York, la terre est saturée d’insecticides, de défoliants, l’espérance de vie est en baisse dans les pays développés.

Parmi ce chaos universel s’est dressé un homme, Austin Train, qui dans ses livres, donne les moyens à l’humanité de sortir de ce bourbier et de retrouver une vie normale d’ici à plusieurs générations. Il faut réagir, arrêter la pollution, adopter un mode de vie proche de la nature. Rapidement, il devient une star, fait de nombreux adeptes. Mais les trainites sombrent pour la plupart dans le terrorisme, la violence, alors que quelques uns se réunissent dans des camps, des communautés agricoles, comme il le préconisait. Voyant l’étendue de la catastrophe, Train se retire et fuit. Pour échapper au F.B.I, il se réfugie parmi les pauvres.

Le livre retrace le parcours de plusieurs personnes. Austin Train, Peg, une journaliste trainite et ses amis, des industriels qui profitent de la crise écologique, un responsable d’une grande ONG, des étudiants drogués en mal de vivre, un policier qui sauve des enfants d’une avalanche, un professeur qui veut dénoncer les pratiques frauduleuses d’un trust prétendument écologiste, une infirmière survivante d’une opération américaine de génocide. La plupart vont mourir, assassinés, par suicide, par accident, et les survivants vont vivre l’enfer.Car désormais, il fait bon vivre en enfer, comparé à la Terre.

Voici une suite de Tous à Zanzibar. Brunner continue à nous décrire sa vision apocalyptique de l’avenir de l’homme au début du XXIème siècle. Et à vrai dire, il ne se trompe jamais de beaucoup, pour un livre écrit il y a 30 ans. Il est même plutôt proche de la vérité. En tout cas, sa vision des choses est peu rassurante, elle m’a même fait un peu peur. En effet, la vie de ses héros est tout simplement inhumaine, cruelle, impitoyable. Imaginez vous devoir vivre dans la paranoïa d’un accident, en portant des masques pour sortir, et en étant sur de mourir rien qu’en se baignant dans la mer. C’est une chose que nous devons éviter, et c’est mal parti.

Il y a d’abord un tableau effroyable de la pollution : une Méditerranée disparue, avec les autres mers et plans d’eaux qui suivent le même chemin. Des champs impropres à l’agriculture, car remplis d’insecticide et autres produits chimiques. Donc la nourriture est hydroponique, produite en serre ou hors de prix quand elle est biologique. L’eau est impure, sujette à l’interdiction de consommation presque tous les jours, et en fait le fait de sortir est un acte périlleux qui met en danger n’importe qui.
Ensuite, le monde sombre une fois de plus dans le contrôle total de l’Etat, tandis qu’il s’effrite de l’intérieur. La liberté d’expression est bafouée, on emprisonne, on licencie, on met à l’écart quiconque s’avise de contredire la parole de l’Etat. La loi martiale est instaurée, les citoyens sont devenus des cibles potentielles. Tous ceux qui sont soit écologiques, soit homosexuels, soit communistes, ou qui déplaisent à l’Etat dont des criminels. On revient au temps de la Gestapo. Le pays libérateur devient oppresseur pour combattre ses ennemis invisibles, qui sont en fait lui même. Ça nous rappelle un peu les récents évènements terroristes.
Enfin, Brunner ne manque pas de critiquer la religion. Il explique ici que Jésus n’était pas chrétien, comme Train n’était pas trainite. Les paroles des prophètes sont déformées pour correspondre aux ambitions de leurs disciples. Ainsi Paul de Tarse a modifié l’enseignement du Christ, ainsi les trainites ont sombré dans la violence, en croyant que Train prendrait leur tête, donnerait son accord, pour modifier le monde de cette Façon. Alors qu’en fait, il préconise la création de camps, que l’on qualifierait de sectes, dans lesquels les gens s’entraînent à un retour à la nature.

En fait, les aspects sont encore très vastes. Il y a aussi L’homme qui a calculé -après 30 ans de calculs- que la seule solution au problème était la disparition du peuple américain. Ou encore la révolte des jeunes, qui préfèrent la folie à la vie sans espoir. Et aussi, les entreprises qui envoient des tueurs aux gêneurs. Sans oublier aussi le faux procès de Train, où il fait un discours sur la nécessité de sauver le monde. Ce discours est plein de charisme, d’émotions, de logique, à tel point que personne ne peut lui résister. Rien que pour sa lecture, le livre vaut le coup. Il a changé ma vision des choses, on ne peut rester indifférent à un tel appel au secours.

Le Livre de Poche 540 pages 7.30 € ISBN : 2-253-07207-9 Titre Original : the sheep look up
1973

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