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Histoire et Epouvante avec Le Haut Mal de Pierre Léauté

Cette année, Pierre Léauté a deux nouveautés à nous présenter. D’un côté, dans la collection Chronopages des éditions 1115, la nouvelle Les bons sentiments et de l’autre côté, le roman Le Haut Mal aux éditions l’Homme Sans Nom.

Présent au salon angevin Imajn’ère, Pierre a répondu à mes questions sur ces deux parutions.

Bonjour Pierre.

Bonjour. Bonjour Allan.

Alors on te retrouve à Imajn’ère une nouvelle fois. Qui es-tu pour ceux qui ne t’auraient pas encore rencontré ?

Alors pour ceux qui ne me connaissent pas, donc je gère dans le milieu depuis une vingtaine d’années, je suis l’auteur d’une dizaine de romans, de nouvelles, de novella, etc. Et j’ai une petite actualité ces derniers temps avec Le Haut-Mal, donc le dernier ouvrage paru chez les éditions de L’homme sans nom.

Alors en fait, tu as deux actualités même, hein, puisque tu as Les bons sentiments dans la collection Chronopages de 1115 et Le Haut-Mal. Le premier, la nouvelle, fait rire un peu jaune, un peu ce que tu avais fait déjà dans d’autres. Le Haut-Mal est beaucoup plus sérieux. Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ce grand écart sur la même année ?

Il n’y a pas de de volonté particulière. L’histoire guide. Alors, dans en ce qui concerne cette nouvelle de pour éditer pour Chronopages, elle s’appelle Les bons sentiments, donc c’est l’histoire de vous savez, de ces bracelets de parrainage qu’on peut porter, et ces bracelets permettent quelque part de financer le bien-être d’un animal à l’autre bout du monde. Je me suis dit « et si on le calquait ce modèle, ce business model là, mais sur mais pour les hommes, pour les êtres humains ? »

Et donc là, on se retrouve avec un Américain très moyen, Maga style, qui parraine une jeune fille à l’autre bout du monde, sauf que cette jeune fille vient à mourir et que dans les contrats et dans les petits caractères que ce personnage principal n’avait pas lus, et bien c’est le parrain devient le parrainé, et c’est lui qui devient la personne qu’il faut surveiller. C’est très dur à vivre pour notre personnage principal qui est très fier et qui a beaucoup d’ego.

Oui, et d’autant plus que le titre Les bons sentiments nous faisait dire mais est-ce que Pierre finalement serait enfin un peu positif sur le monde moderne ?

Et bien, Pierre a encore raté la marche. Pierre n’est pas encore tout à fait bienveillant et positif. Promis, il le sera peut-être l’année prochaine avec d’autres textes. Non, non, mais c’est évidemment, j’aime beaucoup utiliser la satire, l’humour pour parler de choses un petit peu dramatiques parfois. Je pense qu’on peut faire passer des textes forts avec parfois, bah des styles un peu enlevés. La nouvelle est un format intéressant aussi pour ça, et les éditions 1115 sont un tremplin extraordinaire pour des petites histoires un petit peu tordues.

Et du coup, ton roman Le Haut-Mal, donc là on oscille entre histoire et épouvante ou entre épouvante et histoire ? Comment on fait le juste dosage ?

À nouveau l’histoire prime, les personnages et leur histoire priment. Donc je visualise chaque scène, je me mets à la place de chaque personnage, bon ou mauvais, méchant ou genre-il, en fait ça n’a pas vraiment d’importance, c’est ça qui doit primer. Alors évidemment, il y a une touche d’épouvante, d’épouvante à la française, le mot est un peu dénué et parfois ou vidé de de son sens, certains diront que c’est lovecraftien à la fin, peut-être. Mais je voulais effectivement mélanger un petit peu à la fois le roman historique, le roman de genre fantastique, un petit peu à la Barjavel, à la Maupassant, et puis une petite touche d’épouvante, voilà. Je voulais également travailler sur le temps, tous mes romans ou presque ont comme thématique principale le temps, et là également c’est un livre qui joue avec les temporalités.

Et ce qui est intéressant, c’est qu’on parle de cette période où la sismologie s’est développée en France. Est-ce que tu peux nous en parler un peu de ce cet élément charnière pour cette science ?

Oui, bien sûr. Alors, on parlait même de la séismologie, vous voyez que même au niveau de la de la graphie ça a bougé. C’était mon entrée pour parler des Pyrénées dans les années 20, parce que ce livre permet de comprendre comment ces montagnes rentrent dans le nouveau siècle après la Première Guerre mondiale, comment les religions vont peu à peu peut-être reculer au profit de la science. Et je m’étais dit « mais ok, ben je vais parler de quoi, qu’on concrètement ? » Et c’est une terre sismique, ça l’est toujours. Et je m’étais dit « tiens, c’est intéressant, et en plus, on était sur les débuts, pas complètement les débuts, mais en tout cas sur les débuts de la de la machinerie pour véritablement mesurer les tremblements de terre. » Ce qu’on a ce que j’appelle dans le livre les tremble-terre, et c’était pour moi une porte d’entrée pour évoquer la la science qui va pénétrer dans ces montagnes, un petit peu le fracas entre deux mondes : une montagne un petit peu parfois enclavée et le reste d’une France qui change.

Et avec cette bascule entre la croyance et la science, le point où on ne sait pas lequel va primer sur l’autre ?

Non, oui, c’est important, je voulais vraiment évoquer le poids des superstitions. Alors là, là j’évoque une légende, légende qui est celle de Pyrène, donc une jeune fille qui a laissé son nom aux montagnes. Je voulais également parler des reptiles. Moi, je suis allé plein de fois là-bas, tu as le sentiment de pas être tout seul en montagne, vraiment pas tout seul, une fois que j’étais là avec ma femme avec les chiens, les chiens s’étaient bien mis de part et d’autre de nous, tout au long de la montée du pic de Biscarre, c’était pas normal. C’est que on se sent parfois seul dans ces montagnes, et je voulais évoquer un petit peu ce sentiment-là à travers les personnages. Ils montent une ou plusieurs expéditions, et la montagne est un personnage ici à part entière, un personnage central. Il y a une présence, peut-être un homard qui rôde, et je voulais vraiment traiter de ça.

Et on a deux personnages, enfin on a plus que deux personnages, mais il y en a deux particulièrement, il y a Paul qui est un peu ce qu’on appellerait aujourd’hui un lanceur d’alerte, et on a Adèle qui lui est promise un peu malgré elle. La première partie du roman est très Paul, il y a une bascule aussi à ce moment-là vers Adèle. Qu’est-ce qui est est-ce que c’est Adèle qui a pris le contrôle ?

Elle a alors, elle a pris le contrôle, là on est dans une thématique femme de pouvoir. Alors, ce n’est pas forcément l’idée forcément de faire un livre féministe parce que c’est bien, parce qu’il faut le faire. L’histoire à nouveau l’exigeait. Effectivement, on est dans un monde en 1923 très misogyne, patriarcal évidemment, on passe de l’autorité du père à celle du mari, voire du fils lorsqu’on est veuve. Et je voulais vraiment qu’il y ait ce moment de bascule, c’est un moment un petit peu un petit peu étonnant, parce qu’on suit effectivement Paul avec ses démons, ses traumatismes, et il y a un moment bascule.

Et on là, Adèle va prendre toute la lumière et elle aussi va révéler toutes les dimensions, toutes ses dimensions de de femme, tout ce qu’elle a également en elle qu’elle n’a pas révélé encore au lecteur ou à la lectrice, tout ce qu’elle a en elle là c’est vraiment présenté, et elle devient peut-être un personnage, peut-être pas moins unidimensionnel, mais un personnage à part entière.

Et ton roman, il a aussi un aspect contemplatif, alors je pense que c’est la découverte de la montagne, tu prends le temps, tu n’as pas peur que le une partie du lectorat se perde ?

Si, mais tant pis, en fait, parce que j’ai passé le moment, le cap où je veux vraiment plaire à tout le monde. Alors oui, c’est un livre qui est polarisant ou clivant dans le sens où certains s’attendent non-stop à de l’action, de l’épouvante parce que c’est promis par une quatrième de couverture. Mais la montagne aussi, elle a son propre rythme.

Donc je voulais aussi que ce livre permette à ceux qui ne connaissent pas la montagne et notamment les Pyrénées de découvrir ce que c’est que de monter pour la première fois, de remonter la vallée de Cauterets. Je voulais qu’on ait cette expérience-là, et ce n’est pas une expérience qui est toujours frénétique. Alors, on démarre par un premier chapitre sur les chapeaux de roue, évidemment avec un accident de route assez impressionnant, mais on est aussi sur un rythme aujourd’hui on est dans un peu dans l’ère de l’hypervigilance, on a du mal à rester focus, on a du mal à pas prendre son téléphone tout le temps parce qu’on s’ennuie vite, et c’est bien d e temps en temps de revenir peut-être à une vitesse plus lente et de redécouvrir ce qu’il y a autour de nous, soit la nature.

Et du coup, dans ton roman Le Haut-Mal, on oscille… on a échangé rapidement hier et tu disais que toi tu aimes bien faire des choses très différentes. Et donc c’est quoi la prochaine étape ?

Il y a plein de projets. Il y a il y a cinq à six projets différents. Alors, je ne vais pas forcément entrer dans le détail parce que des choses qui ne sont pas finalisées, mais il y a de la nouvelle, il y a de la novella, un gros projet de de bouquin sur lequel j’ai déjà passé 2 ans, je suis bloqué, donc ça va revenir plus tard. Il y a un projet de du coup peut-être d’adaptation pour The 8 list, à voir, en en micro-feuilleton, à voir. Un livre dont vous êtes le héros peut-être, enfin il y a plein de choses tout le temps. Ce qui m’intéresse, c’est véritablement goûter à toutes les formes d’écriture possibles. Le succès vient s’il vient, s’il ne vient pas, il ne vient pas, mais en tout cas, l’idée c’est de me faire plaisir, et à travers ce plaisir-là, j’espère que les lecteurs également vont passer un temps intéressant. Voilà.

Juste un petit point, le livre est très beau esthétiquement, il y a un beau jaspage puisque tu m’as rappelé le terme hier. Comment tu travailles éventuellement avec la personne qui fait la couverture ?

Alors, il s’appelle François-Xavier Pavion. C’est un génie à mes yeux et on est plusieurs à le penser, de la couverture. Il a travaillé sur 8 List, évidemment sur beaucoup de de bouquins de de L’homme sans nom. Il travaille également pour le pour le cinéma. L’idée était d’avoir à travers ce jaspage la montagne qui encercle le lecteur. J’aime bien quand le fond et la forme se répondent, qu’il y ait une cohérence. Ce n’était pas alors, il y avait cinq projets de couverture. Ce n’était pas forcément le projet le plus le plus impactant, mais c’était le projet qui avait le plus de sens, avec une présence maléfique, on devine à travers, je ne sais pas si on peut le voir, deux petits yeux là. On a notre Haut-Mal qu’on devine, on devine peut-être un monstre, on ne sait pas ce que c’est. On est dans la suggestion, mais je voulais vraiment qu’on voie la montagne, qui peut être à la fois belle et menaçante.

Et du coup, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour cette fin de salon et pour l’année ?

Plein de belles rencontres à nouveau de lectrices et de lecteurs, de s’amuser, il ne faut pas hésiter à venir voir les auteurs en salon. On est toujours heureux de vous de vous voir, de vous parler. C’est un exercice tellement solitaire que d’écrire, donc que les salons sont un moment important et ici à Angers, aux Imaginales, où on donne aux auteurs et aux auteures toute la place pour le faire.

Merci beaucoup, Pierre.

Merci beaucoup.


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