Depuis plus de 15 ans, Oksana et Gil Prou propose chaque année de nouveaux titres. Avec déjà 18 titres parus, la majorité aux éditions Black Coat Press, dans la collection Rivière Blanche, le duo oscille entre science-fiction et fantastique.
Cette année, c’est le roman 108 K qui rejoint la collection blanche. Leur venue au festival Imajn’ère a été l’occasion d’échanger avec le duo sur le roman mais aussi leur méthode de travail et leurs centres d’intérêt.
Bonjour Gil, bonjour Oksana.
Oksana : Bonjour.
Gil : Bonjour.
La dernière fois on s’était vu en 2023 pour la sortie pour la sortie de vos titres, et vous aviez annoncé déjà des parutions. Vous avez toujours deux parutions par an, cette année c’est 108 K (Kelvin).
Gil : Juste une petite modification. En fait, en fonction du problème de l’état de santé du dirigeant de Rivière Blanche, désormais les sorties sont bimestrielles. Donc nous, nous n’avons plus qu’une sortie par an. Voilà, c’est ce que…
À partir de celui-ci ?
Gil : À partir de celui-ci.
Et du coup, malgré tout, vous avez déjà annoncé un certain nombre de titres. Moins la première question que j’ai envie de vous poser, c’est mais vous faites comment pour tenir ce rythme de fou ?
Gil : Ça nous vient spontanément en fait.
Oksana : Oui, et une partie de notre naturel en fait qui fait ça. Et puis aussi parce que on a des idées qui se complètent, donc Gil peut avoir des idées, moi j’ai d’autres idées, donc en fait si on veut faire traiter les deux idées, forcément ça fait plus de contenu.
Gil : On a toujours plusieurs sources d’alimentation, et on n’a pas le syndrome de la page blanche, donc ça c’est déjà bien. C’est-à-dire que dès qu’on s’installe, les mots viennent assez rapidement. Ce qui prend le plus de temps en fait, c’est de comparer ensuite la participation de l’un, la participation de l’autre, parce qu’il faut en faire la synthèse.
Et donc sur 108 Kelvin, vous avez conçu directement cet univers dès le départ pour s’inscrire dans votre multivers ? Est-ce qu’il s’inscrira dans la continuité des autres romans que vous avez écrits sur le multivers ou est-ce qu’il est un peu à part ?
Gil : Ah, il est un peu à part. En fait, le point de départ, parce qu’en fait dans ce livre Oksana s’occupait plus particulièrement des personnages, des péripéties, et moi je me suis occupé plutôt de la partie scientifique. C’est venu d’une lecture concernant un type d’étoile très particulier qu’on appelle les étoiles de Thorne-Zytkow, et qui sont en fait des étoiles l’une dans l’autre. Donc c’était une théorie qu’avait été faite par Kip Thorne, qui était le conseiller scientifique pour Interstellar, et qui est un prix Nobel de physique quand même, et qui pensait qu’il pourrait y avoir des étoiles dans une étoile. Ça paraissait complètement superfu – complètement idiot, et en fait, les scientifiques ont découvert apparemment au moins un exemple, c’est une étoile à neutrons qui est à l’intérieur d’une étoile. Donc en partant de ceci, on s’est dit « mais si au lieu de mettre une étoile dans une étoile, si on mettait une planète à l’intérieur d’une étoile ? »
Oksana : C’est assez complexe, assez pointu.
Gil : On a été conseillé d’ailleurs utilement par Jean-Pierre Luminet, qu’on connaît depuis Cathédrale de Brume, qu’on lui a posé quelques questions, et qui nous a donné des éléments permettant de savoir si ce que l’on disait était au moins dans le domaine de l’acceptable.
Oksana : Et ça sort vraiment de l’ordinaire quoi, parce que ce n’est pas un sujet qu’on traite qu’on voit beaucoup traiter dans d’autres romans ou…
Oui, parce que j’ai été très surpris, alors les planètes, on a l’habitude de les voir tourner à l’extérieur de de l’étoile. Là, on est à l’intérieur de l’étoile avec un bouclier thermique. Donc, tu as déjà un peu répondu à la question, scientifiquement, j’avais l’impression que c’était improbable.
Gil : Non, parce qu’en fait, les champs magnétiques, si on prend l’exemple de ce que l’on essaie d’expérimenter sur la fusion nucléaire à destination civile, les scientifiques créent ce qu’on appelle des tokamaks où il y a un autre système dans lequel on confie, en fait, le plasma dans des champs magnétiques, un plasma qui est à 100 m de degrés, mais les champs magnétiques, ce qui est en fait le seul environnement qui permet de maintenir des températures très élevées. Mais si on maintient un champ magnétique qui peut maintenir quelque chose de très chaud dans un environnement normal, un environnement normal peut être aussi confiné dans un champ magnétique dans un environnement très chaud, ça marche pour l’inverse.
Ce qui m’a intéressé aussi, ce sont alors les peuples sont en guerre. On a l’impression que c’est une grande une grande généralité dans l’espace, il n’y a pas que sur Terre. Et là, on a finalement des signaux lumineux qui apparaissent et qui font à tout le monde poser les haches, les armes, etc. Une source d’espoir pour vous ? La source d’espoir vient plutôt de l’extérieur ?
Gil : Nous avons, oui, nous avons, nous sommes assez confiants, mais assez peu dans l’humain. De toute façon.
Oksana : Mais ça c’est un thème récurrent par contre. Parce que on le retrouve aussi dans Zalmoxis, qui est la suite de Katharsis, une partie de la population survit et se retrouve sur une autre planète, et deux peuples, celle qui est celui qui reste dans les grottes et qui est un peu plus barbare, mais qui va jusqu’au bout, quoi, qui en fait, va se retrouver avec le peuple qui a évolué autrement et qui est plus développé intellectuellement.
Ils vont se rendre compte en fait que l’un va avoir besoin de l’autre, parce qu’ils ont des énergies en fait qui se complètent. Donc ça c’est un thème qui est qu’on retrouve plus dans les autres romans et qui qui est qui est qui est plus un peu comme la vision holistique qu’on prône, en fait, de chercher l’équilibre, par exemple, entre l’homme et la femme, d’avoir des choses qui se complètent, plutôt qu’être toujours en guerre.
Gil : En guerre permanente.
Oksana : Perpétuellement, voilà, et c’est un thème qu’on retrouve tout le temps, qu’on affectionne particulièrement. Et par contre, au niveau de de l’étoile et des populations qui vivent à l’intérieur, alors je trouve ça c’est la partie vraiment un peu originale et qui est due aussi à la passion de Gil, enfin de pousser vraiment les connaissances et le la soif de découvrir des choses.
Gil est toujours en train de d’apprendre des choses sur les animaux, sur enfin c’est incroyable, c’est…
Alors, ça se voit fortement sur votre compte Facebook. On voit un certain nom de de messages passer, d’images, d’articles, etc. Donc c’est vrai que c’est toujours étonnant de voir.
Oksana : Oui, et avec le nom scientifique, avec… enfin on est arrivé à l’hôtel qui est formidable, qui a un dans un cadre vraiment apaisant et « ah tiens ça c’est les choucas. »
Gil : Un vol de choucas.
Oksana : « Tiens ça c’est tel arbre. » Et « ça, je connais, je j’ai ça dans ma région. » Enfin c’est incroyable quoi, c’est… Il connaît beaucoup de choses, je suis sûre qu’il y a voilà, c’est intéressant. Donc dans le dans le livre, on bénéficie un peu de ses connaissances et de sa soif d’apprendre et de transmettre aussi, moi je trouve ça plutôt très sympathique.
Gil : Et ça reprend effectivement un petit peu ce qui se passait dans Zalmoxis, où en fait, ce sont les humains qui étaient partis pour Mars, qui reviennent ensuite pour aider ceux qui sont enfermés dans les fameuses cavernes de Zalmoxis et qui eux vivent comme des sauvages. C’est-à-dire un peu comme nous, en gros, il suffit d’ouvrir la télé pour voir à peu près comment on vit, si ce n’est qu’eux sont dans des cavernes. Et ceux qui viennent de l’extérieur vont les aider, et les autres vont les aider à leur tour, mais ceux qui viennent de l’extérieur les aident non pas parce que ce sont des humains qui sont installés sur Mars et que le fait d’être sur Mars d’un seul coup ils sont d’un coup très bon, mais c’est parce qu’ils ont été en contact avec une autre civilisation, qui elle, est un petit peu moins conne, pour utiliser un terme qui est…
Scientifique ?
Gil : Voilà, c’est un terme très scientifique.
Il y a une autre particularité aussi que je trouve sur beaucoup de vos romans, c’est une espèce de fascination pour les figures géométriques, et une deuxième autour de l’invention d’espèces qui sont toutes plus improbables les unes que les autres, originales, ça se construit comment cet univers-là ?
Gil : Ah ben on a des cœurs très bouillonnants. C’est-à-dire on part on part d’une idée et on fait des espèces d’aller-retour, on habite dans un endroit donc on se fait des allers-venus par mail, et au bout de quelques allers-venus, c’est vraiment c’est quasiment un phénomène quantique. Si on arrive vraiment à des choses complètement étranges, un peu comme les noms qu’on utilise aussi quelquefois, et ça vient en fait de d’un cycle de d’une espèce de partie ping-pong. Et à chaque élément, on arrive à un niveau supérieur, un niveau supérieur, un niveau supérieur.
J’avais une vraie question, vraiment pratico-pratique par rapport aux noms imprononçables de certaines espèces, planètes, etc. Très concrètement dans l’écriture, vous les appelez Pierre et vous faites un « replace all » après ?
Gil : Non non, c’est vraiment une recherche sur… Alors les noms les plus abracadabrantesques, c’est moi généralement. Je dédouane totalement Oksana de…
Oksana : Ça, c’est compliqué même pour moi de lire un peu, des fois je bugge un peu, parce qu’il y a des lettres je dis « mais qu’est-ce que c’est que ça ? » Ça c’est le jeu de Gil ça : Grec ou…
Gil : Y a du grec aussi, oui.
Oksana : Sinon ce n’est pas drôle, voilà.
Gil : Et ce qui fait d’ailleurs que Jean-Marc Lofficier s’arrache un peu les cheveux à chaque fois qu’on lui envoie les…
Oksana : Mais d’ailleurs il me semble que c’est imprononçable parfois.
Gil : non mais ce n’est pas fait pour être prononcé d’ailleurs.
Oksana : Ben voilà.
Gil : Mais c’est… visuellement par contre, au bout d’un certain temps, ça se reconnaît parce que ça fait une empreinte visuelle un peu, un peu comme une charte graphique pour une marque etc.
Alors, ce que l’autre particularité, alors j’ai lu quand même pas mal de dans vos romans au fil des années, sur les parties notamment autour de enfin qui sont plus science-fiction, j’ai l’impression d’être porté par vos histoires. C’est-à-dire, je n’ai pas, j’ai l’impression en sortant du livre que je n’ai pas tout compris. Alors, je ne veux pas le reconnaître en public, mais en vrai, je n’ai pas tout compris. Mais il y a une espèce de portée poétique et en fait, à chaque fois je me pose la question de savoir la trame. Alors on voit bien le parcours des personnages etc., mais il y a une espèce de flottement. Est-ce que vous avez conscience que vos lecteurs, je pense, enfin un certain nom de lecteurs, le lisent plus pour la dimension poétique que pour la dimension scientifique ?
Gil : Ah, probablement. C’est notre objectif premier en fait, c’est de les envoyer, de les faire porter vers quelque chose, vers un rêve ou pas, mais de les emmener dans une sorte d’odyssée, et qu’ensuite ils suivent, ils se laissent emporter, mais sans pour autant regarder partout déterminer chaque chose d’un coup, qu’ils ne se laissent pas de venir presque inconscients, mais se laisser vraiment porter par les choses. C’est un petit peu notre objectif, et c’est vrai que ça passe quelquefois par la poésie, parce qu’on aime bien on aime bien mélanger le miel et le vitriol en fait.
Oksana : Heureusement qu’il y a aussi de la fascination à avancer dans l’intrigue et de ne pas rester que sur la science, parce que sinon on reste bloqué dès le début et puis on referme le livre. Donc il faut aussi un peu de poésie, un peu de parfois un peu de légèreté, un peu d’érotisme, il y a des scènes parfois très très sensuelles et c’est complètement assumé, et ça fait plaisir aussi. C’est je pense que le lecteur recherche un peu ça. On n’est pas dans la romance, parce qu’on nous parle beaucoup « bah tiens il y a moi j’aime les romans à l’eau de rose », on ne fait pas ça, on n’est pas, mais il faut un petit peu aussi faire rêver, tout simplement, c’est emporter le lecteur avec nous, et puis avoir un petit peu de de sciences, un petit peu de de choses qu’on découvre et qu’on même si on ne comprend pas tout, de d’attiser la curiosité, enfin de d’aller un peu plus loin, quoi, tout simplement.
Gil : On aime bien mélanger le miel et le vitriol en fait.
Oksana : Ouais.
En sachant que là par contre, dans celui-là en particulier, il n’y a pas d’érotisme à part à part le fait qu’ils se baladent…
Gil : Non, alors qu’il y en avait beaucoup dans Ereshkigal.
Oksana : Ah non.
Gil : C’est… mais c’est pour ça que je dis on refuse systématiquement d’être mis dans une boîte et dans une case. De telle façon qu’il y a un certain nombre de de trames qui sont assez régulières dans nos dans nos romans, mais ce n’est pas que de ceci, que de cela, que de cela, souvent on bascule d’un monde à l’autre, d’un univers à l’autre, en espérant que le lecteur nous suive.
Et alors du coup, par rapport à votre actualité, donc le prochain sort en mars, si j’ai bien lu, toujours aux éditions Rivière Blanche, est-ce que vous pouvez nous en parler un petit peu ?
Gil : Alors, on ne va pas en parler beaucoup sur… Disons que ça part autour un peu de la problématique, enfin de de l’importance du temps de Delphes et de de…
Oksana : Connais-toi toi-même. Enfin moi c’est l’idée que j’aimais bien.
Gil : …l’enquête sur le temple de Delphes. Et en fait, on part de moments de deux personnages qui vivent à des moments relativement proches, avant un grand cataclysme qui arrive sur Terre, donc ils vivent au milieu du XXe siècle, hein, on est du XXIe siècle, qu’on est vraiment dans notre époque, que d’un seul coup il va se passer quelque chose de particulier, et pour l’un d’entre eux, pour l’un d’un des couples, ils vont se retrouver face au temple de Delphes parce qu’il y a une raison pour ça, et d’un seul coup, ils se retrouvent dans un monde complètement différent, qui est un petit peu construit comme le monde du Petit Prince avec un petit astéroïde, avec une planète etc., et où ils vont découvrir tout un tas de choses qui vont les revivifier par rapport à ce qu’ils ont connu, avec comme fil directeur, comme fil d’Ariane en fait, le temple de Delphes, le temple oraculaire de Delphes et la pythie de Delphes.
Et sur celui-ci, comment vous vous êtes réparti le travail, toujours de la même façon ?
Gil : Oui, oh bah sur celui-ci Oksana a fait le plus de boulot.
Oksana : Oui, c’est en marchant en fait, parce que j’aime bien marcher dans la nature et tout, et puis j’ai pensé à ça, quelqu’un en fait un aventurier ou un étudiant, peu importe le personnage, l’idée de départ c’était ça, et qui perd tout dans sa vie, en fait, qui se retrouve sans rien, démuni en fait, et qui fait un point sur sa vie, puis qui va se reconstruire à partir de là, et ça l’amène à faire un voyage, et ça l’amène au temple de Delphes, et puis à cette idée, connais-toi toi-même, et qu’est-ce que tout ça veut dire, en fait. Et comme Gil, je sais qu’il s’intéresse beaucoup à plein de choses, je lui en ai parlé, et je dis « est-ce que ça te donne des idées, qu’est-ce que tu en penses ? » « Ah tout à fait ! », et puis alors là ça y est c’est parti, et c’est forcément très riche parce que lui il a d’autres idées qui ne m’étaient pas du tout venues en tête d’ailleurs. Donc ça se complète, et puis…
Gil : C’est l’avantage de travailler en duo.
Oksana : Voilà. On a pu étoffer tout ça
.
Et du coup, pas de problème de page blanche, mais qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter du coup à tous les deux ?
Gil : Ah ben de continuer à écrire jusqu’en 2100 ou 2150.
Oksana : Minimum.
Ça nous va très bien. Tant que je peux les lire jusqu’à 2100, 2150 aussi, ça me va.
Gil : Non, il n’y a pas de problème.
Et les salons, parce que du coup qu’est-ce que qu’est-ce que vous rencontrez sur les salons, qu’est-ce qui vous intéresse sur la dimension salon ?
Oksana : Ben c’est la réalité par rapport aux réseaux sociaux, c’est intéressant, on voit les gens en réel parce qu’il y a beaucoup de gens qui nous suivent, il y a des fans, il y a des lecteurs, il y a des commentaires en dessous des de ce qu’on publie, donc ça permet en fait briser la glace et de de voir les gens en vrai, tout simplement. C’est pas mal.
Gil : Puis de rencontrer aussi quelques copains qu’on croise de temps en temps.
Oksana : Voilà, d’autres auteurs, des gens qu’on connaît depuis longtemps, les organisateurs, les gens qui font les interviews
.
Gil : C’est un moment convivial.
Oksana : On commence à connaître plein de gens maintenant, et puis et puis des nouveaux lecteurs, des gens qui nous font part de leur aventure. C’est très enrichissant au final.
Gil : Ça fait, c’est vraiment un… se replonger un petit peu, parce que c’est vrai que quand on travaille, comme on travaille, on est beaucoup en contact avec les réseaux sociaux, les réseaux sociaux, chacun sait que ce n’est pas la réalité, hein, bon. Mais il y en a certains manifestement qui n’ont pas compris, en fait, ce n’est pas la réalité. Donc là, quand on va dans un dans un salon, dans un festival, on est vraiment dans le dans le réel.
En tout cas, merci beaucoup pour ce temps.
Oksana : Mais c’est merci aussi.
Et tout le meilleur.
Gil : Merci.











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