Cavatines de Laure Eslère

Paris, 1847. Un être mi-démon, mi-homme débarque dans la capitale française. Mais comment vivre dans la société humaine quand on ne connaît rien de ses mŒurs, et que l’on n’a ni toit ni argent ?
C’est le défi que va devoir relever la jeune Médel. Embauchée dans une famille bourgeoise, elle fera son apprentissage au milieu de gens en apparence normaux, mais qui se révéleront étranges et bien mystérieux…

Cavatines est un roman sur les démons. Il y a des romans sur les vampires, sur les loups-garous, sur les sorcières, manquaient un peu des écrits sur nos amis démoniaques. C’est chose faite, grâce à Laure Eslère et aux activités de l’Olibrius Céleste.
Dès les premières pages, le lecteur est mis au parfum : on se trouve en plein XIXe siècle, dans un roman par lettres et journaux croisés. Du romantisme, donc, et du lourd. Au fil de la lecture, d’ailleurs, on pensera régulièrement à Balzac (appétit de conquête et revers de fortune).
L’histoire ? Deux trames principales se mélangent. D’un côté, une histoire d’amour entre deux démons de l’enfer, histoire qui va se poursuivre cahin-caha dans notre monde à nous ; de l’autre, le motif bien connu de la jeune préceptrice qui débarque dans une famille de la haute bourgeoisie, pour faire l’éducation du jeune et frêle héritier. Le tout lié par des échos d’une musique céleste, au temps où l’on se pâmait d’entendre une fugue ou une cavatine.
Médel est cette institutrice, et c’est aussi une des protagonistes de ce virevoltage amoureux entre terre et enfer.
La situation est installée, la bal peut commencer entre hommes et démons, purs jeunes gens et vieux arrivistes, romantiques et matérialistes, avec de généreuses pincées de surnaturel ici et là (réincarnation, nécrophagie, séduction diabolique…). Bref, la recette des meilleurs romans des « frénétiques » fin-de-siècle.

À mesure que l’histoire se déploie, et que se déroulent les fâcheries et les réconciliations par lettres interposées, le lecteur comprend doucement l’intention de Laure Eslère : décrire, établir une sorte de « société démoniaque ». Si l’enfer existe, et s’il est habité par les légendaires créatures, à quoi peut bien ressembler leur quotidien, leurs occupations, leurs joies et leurs peines ? Bien loin de l’image des diablotins qui touillent les marmites des damnés, Cavatines nous propose une véritable civilisation, et même une géographie infernale !
Hélas, on en vient parfois à se demander « à quoi bon ? » Ses démons aiment, ont des principes, peuvent mourir, se font du bien ou du mal… Ils semblent finalement bien humains. Le seul moyen que trouve l’auteur pour les différencier de nous autres, est de rendre tous ses démons riches, cultivés, appréciés de la société et formidables au lit.
Peut-être l’influence d’Ann Rice, revendiquée, en est responsable : la grande auteure elle-même a cette tendance à ne mettre en scène que des créatures parfaites et toutes-puissantes. Du fantastique grosbilliste, en quelque sorte.
Très bien écrit, Cavatines donne l’impression d’avoir été sévèrement corrigé, encore et encore, pour atteindre une bonne qualité de récit et un style fort musical. S’il y a des défauts de jeunesse, on les trouvera plutôt du côté des détails logiques : pourquoi, par exemple, Medel entre au service de cette famille-là, dont l’histoire, apprendra-t-on bientôt, a des connexions avec l’enfer ? Et cet Enfer, justement : l’auteur le confond délibérément avec le Ciel ; certes, mais où est le Ciel dans ce cas-là ? Il n’est pas dit qu’il n’existe pas. Est-ce que l’enfer et les démons gardent encore leur dimension sulfureuse, s’il n’y a ni anges ni paradis pour leur servir de contrepoint ? Est-ce que la musique des sphères joue encore, s’il manque Dieu ou le Diable ?
D’autres « trouvailles » littéraires sont bien plus convaincantes. Le jeune élève de Médel, traumatisé, ne s’exprime qu’à la troisième personne, ce qui apporte tragique et cocasserie à son personnage. Ou encore, il faut signaler la présence, au milieu du livre, entre les deux grandes parties, d’un « chapitre dont vous êtes le héros » ! Oui oui, vous avez bien lu, un vrai chapitre-jeu, avec combats, gestion de son sac à dos, renvois à des paragraphes numérotés, tout le toutim ! Vous devenez vous-même l’auteur, et vous conduisez le personnage à la découverte des enfers, essayant de sauver sa peau et de comprendre des éléments mystérieux de l’histoire.

Cavatines se compose donc, en résumé, d’un cadre balzacien et d’une intrigue ricienne ; on y sent aussi quelques incursions du côté de Kafka (une loi universelle qui commande aux démons comme aux hommes et aux choses). Le tout pour donner une histoire pleine de passion et de rebondissements. À lire si vous êtes très fin-de-siècle, et si, prêts à passer sur quelques maladresses et facilités de jeune auteur, vous avez toujours rêvé de surprendre l’enfer dans ses coulisses.

Paris, 1847. Un être mi-démon, mi-homme débarque dans la capitale française. Mais comment vivre dans la société humaine quand on ne connaît rien de ses mŒurs, et que l’on n’a ni toit ni argent ?
C’est le défi que va devoir relever la jeune Médel. Embauchée dans une famille bourgeoise, elle fera son apprentissage au milieu de gens en apparence normaux, mais qui se révéleront étranges et bien mystérieux…

Paris, 1847. Un être mi-démon, mi-homme débarque dans la capitale française. Mais comment vivre dans la société humaine quand on ne connaît rien de ses mŒurs, et que l’on n’a ni toit ni argent ?
C’est le défi que va devoir relever la jeune Médel. Embauchée dans une famille bourgeoise, elle fera son apprentissage au milieu de gens en apparence normaux, mais qui se révéleront étranges et bien mystérieux…

L’Olibrius Céleste (2008)440 pages 17.00 € ISBN : 978295306300404 (2008)
Couverture : Magali Villeneuve
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