Dans l’antre des esprits de Olivier Bidchiren

Alors, tout de même, il faut voir ce que donne cette prose :

« Après avoir passé des jours et des nuits à repérer les habitudes du vieil homme et de sa protégée, à étudier la forteresse avec ses mécanismes de défense, à quadriller les environs et à dresser des plans aussi précis que possible grâce au petit satellite que la bande possédait et qui leur avait été offert par une société chinoise redevable, ils ne trouvèrent qu’une seule solution pour l’investir : arriver par la rivière, gagner la nappe phréatique qui passait sous la maison pour surgir dans le jardin par le puits dont l’eau était rendu potable par une usine d’épuration dont il leur faudrait commander les écluses.
Pour cette mission, ils s’équipèrent de tout le matériel nécessaire, canots pneumatiques increvables étant donné le taux de pollution (des matériaux ferreux et des acides létaux reposaient au fond du cours d’eau), combinaisons de plongée, bouteilles d’oxygène, chalumeaux à rayon laser, marteaux isophoniques à ultrasons, sac étanches, masques de carnaval, pilules à amnésie rétroactive dans le cas où l’un deux serait capturé et les indispensables fusils à impulsion électrique, si l’opération tournait au vinaigre. Tout l’outillage et l’équipement du cambrioleur professionnel, en somme. »

1.Les conquérants de la Foi
2.Les cambrioleurs
3.Paroles silencieuses
4.Futur arrêt sur image
5.Mortel retour
6.Embûches sur le chemin
7.Bienvenue dans l’éternité
8.Par un Froid glacial
9.Le syndrome du Puzzle
10.La chasse aux sorcières

En ouvrant ce qui pour moi est le premier recueil d’Olivier Bidchiren, j’ai eu comme un choc. Ce choc concerne l’écriture et m’a pris dès le premier paragraphe. Les phrases sont longues, emberlificotées, pour certaine à la limite de la compréhension. La lourdeur des phrases – paragraphe est peu commune, ce à quoi s’ajoute beaucoup d’emphase et de mots totalement inutiles. Heureusement, cela se calme un peu lorsqu’on arrive à la troisième nouvelle.
Au final, j’ai pu trouver un certain plaisir à lire ces nouvelles. Tout est cependant énorme. Tellement énorme et caricatural qu’on n’arrive pas à y croire un seul instant. Le grotesque de certaines situations se veut cocasse, n’y parvient pas, et les récits en deviennent simplement longs, pompeux et fades. Les cambrioleurs sont une version « cheap » de la Ligue des Gentlemen extraordinaires et manquent de crédibilité. Je n’ai pas réussi à entrer dans le rêve.

Les différents sujets traités tournent tous plus ou moins entre les vampires et la mythologie chrétienne. Au bout de quelques nouvelles, la question que je me posais systématiquement était « bon, où est le vampire ? ». Le traitement de la mythologie chrétienne, entre nouveau messie, dialogue avec l’ancien messie (Jésus), remix de l’arche de Noé, n’apporte rien de vraiment nouveau. Il y a une sorte de fascination toute gothique pour les vampires et les jeunes femmes aux yeux maquillés de noirs. C’est pittoresque sans parvenir à devenir gothique.
Olivier Bidchiren est clairement nourri de culture ésotérique. On sent quelque part une volonté de vulgarisation de théories en vogue depuis plusieurs années. Si cela peu alimenter la littérature fantastique en nouveau thème, c’est très bien, à condition de ne pas tomber dans la prose New Age ou la revendication écolo qui était originale dans les années 1970. Mais si cela n’ajoute que de l’incohérence aux récits, ce n’est peut-être pas très utile.

Car la plupart des récits sont incohérents, même dans leur traitement du fantastique ou du merveilleux. Différents éléments sont mis en présence, et je me suis souvent dit : bon, là, je me demande vraiment ce qu’il va faire de tout ça, ça peut être très intéressant. Et puis rien. Je regrette l’absence de tension dramatique. Il y a une fluidité qui se gagne au fil de la lecture, mais rien de concret n’en ressort. Pas de frisson, pas de drame qui prend aux tripes.
Une vague sensation de vanité.

1.Les conquérants de la Foi
2.Les cambrioleurs
3.Paroles silencieuses
4.Futur arrêt sur image
5.Mortel retour
6.Embûches sur le chemin
7.Bienvenue dans l’éternité
8.Par un Froid glacial
9.Le syndrome du Puzzle
10.La chasse aux sorcières

Un homme désespéré va consulter un marabout, sans se douter qu’il a été choisi pour une étonnante mission.
Un peintre décide de réaliser une version de la Cène et entre en contact avec le Christ, à deux mille ans d’intervalle.
Des cambrioleurs pénètrent dans une demeure sans se douter qu’ils se retrouveront prisonniers d’un étrange piège…

Dix fameuses nouvelles qui marqueront une étape dans la carrière de l’auteur d’Images d’Outre-Mondes, et des Méandre de la Folie (prix de l’Armée des 12 singes 2005). Comparé par la critique à Borges et Buzzati, il crée, avec ce sixième recueil, un univers à nul autre pareil, entre fantastique et métaphysique, en un mot : bidchirenien.
Nuit d’Avril (Nuit d’Avril)165 pages 14.00 € ISBN : 2-35072-030-6 2006

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