Ce recueil de nouvelles, sous la direction de Morgane Stankiewiez aux éditions Goater mêlent deux genres qui restent mal appréciés dans notre société. Littérature érotique et littérature d’horreur se retrouve aussi sous une même couverture, pour donner écho à celleux qui n’ont pas forcément l’opportunité de s’exprimer.
Des nouvelles aux thématiques variées !
commence par Les Entrailles de la Terre de Caroline Léger pour un démarrage plutôt calme. Aline, mère d’une adolescente de 16 ans, vit beaucoup moins son métier d’archéologue que ce qu’elle faisait auparavant. Cependant, un tremblement de terre à Delphes a révélé un site qu’elle ne peut manquer. Arrivée sur place, un présentiment ne la quitte pas, et pas de ceux qui sont positifs. La tranquillité du début de nouvelle ne sera que temporaire et toute l’horreur va surgir pour lancer avec brio l’anthologie.
Probablement que le texte suivant, Un bal de chair de Solène Landelune, un ensemble de poème, permettra de reprendre notre souffle, avant d’aller dans un deuxième à l’ironie grinçante. L’homme idéal de Pélagie d’Oriane Dardres est l’histoire d’une jeune bretonne débarquant à Paris et souhaitant découvrir l’amour de sa vie. Âgée de 20 ans, elle pourra échanger avec un voisin avec qui elle partage une vision de la famille. L’ironie tient à la vision très patriarchale et le twist de cette histoire… Savoureux !
Ouais, je sais ce que vous allez dire : trans, gay et plain de daddy issues, paie ton cliché.
In Terf-fucking de Naël Legrand
La nouvelle qui suit est celle d’une invocation, celle d’un démon qui se retrouve lié à son invocateur. Terf-fucking de Naël Legrand est l’histoire d’une vengeance, une vengeance contre celles et ceux qui contribuent à exclure. Si Naël abordait le rejet de l’autre, la nouvelle Mon prince au regard froid de Vindent Tassy risque de déranger les personnes les plus sensibles, puisqu’il y est question de nécrophilie… Bien loin des bonnes mœurs acceptées de notre société.
Autre salle, autre ambiance et plus particulièrement salle de soin avec Fille sage de Léa Mignon Triomphe où une infirmière prend quelque avec les fluides qu’elle manipule, notamment sur une femme enceinte qui lui plaît particulièrement. Les babines rouges de Morgane Stankiewiez nous montre si le doute subsistait, que les chats domineront le monde demain. Plus sérieusement, Morgane signe une nouvelle bien horrifique, avec quelques scènes bien cocaces.
Courte nouvelle que le Festin de Stymphalide de Claire-Marie Bordo donc j’éviterai de parler d’un sujet qui pourrait vous divulgâcher fortement le plaisir avant de passer avec Le shooting d’Athenaïs sur une vision très exhibitionniste ou voyeur suivant le regard qu’on prend.
La bête à envie de Népenth S. met en avant l’addiction de Mary au sexe…ce qui n’est pas aligné avec sa place dans la société. Et pour atteindre son plaisir optimum, elle ira jusqu’à créer sa propre créature de Frankenstein. Si la passion pour le sexe de cette nouvelle peut amener à multiplier les expériences, Absorbe-moi de Joan Sinire est plus sur une forme d’exclusivité qui atteindre une dimension disons excessive.
Les relations nocives sont au coeur Viande de Kara Delvaux, nouvelle dans laquelle on perçoit à quel point la violence verbale peut affecter le moral.
La forme poétique n’est absolument pas oubliée avec notamment Les crocs d’Evangélia Pruvot ou encore Organique de Morgane Stankiewiez et Anastasia Delhaye qui montre que l’imaginaire s’y prête bien. A noter que j’ajouterai (dans une forme légèrement différente) les Haïkus de Thaïs Arias en ouverture et fermeture du recueil !
Les dernières nouvelles ne dénotent absolument pas : D’ocre et de chair de Claire-Marie Bordo nous envoie dans un post-apo où le cannibalisme est devenue monnaie courante. Pour autant, ce n’est pas le cas de tout le monde…. Et antépénultième nouvelle Fin du monde classée X de Karine Médrano est aussi un post apo mais cette fois lié à un virus sexuel… Enfin donnant des envies sexuelles.

Des nouvelles mais pas que…
Le tour de force de Morgane Stankiewiez a été de réunir des textes tellement variés et adressant des domaines de l’érotisme et de l’horreur qui ont rarement été proposés. Cependant, il ne faudrait pas oublier l’excellent travail des éditions Goater qui prennent le risque de publier des choses différentes : cela avait déjà été un pari gagnant avec Nous parlons depuis les ténèbres.
Néanmoins, je souhaiterai mettre aussi un accent important sur les illustratrices qui ont fait un travail exceptionnel pour enrichir ce bel ouvrage. Un grand bravo à Marianne R-M / Incendie sur Mer (dont la dédicace illustrée est oh combien magnifique, je vous la partage juste en dessous), Iris Sini F., Constance Jammes et Anastasia Delhaye.
Le travail qui a été fait est tout simplement excellent, il m’a permis de découvrir des univers que je n’aurai je pense jamais imaginé et il est indéniable que la place de l’horreur dans les littératures modernes ne peut que se développer.
N’hésitez pas à commander directement chez Goater 😉
Editions Goater (7 mai 2026) – Collection Relapse – 410 pages – 17,90 € – 9782383670995
L’horreur et l’érotisme, genres voisins, presque jumeaux, sont souvent vus comme les parents pauvres de la littérature. Ce sont ces sujets qui ne méritent qu’une moitié de rayon dans les rares librairies qui osent en proposer. On en parle à demi-mots, avec pudeur et honte mêlées. On en fait la lecture dans les clubs libertins, et non dans les salons du livre.
George Bataille explique dans son Érotisme que l’essence même de l’éros réside dans la transgression rituelle des interdits. Vie et mort, désir et violence, profane et sacré, l’acte érotique est la petite mort qui précède la vraie, la déchirure de l’ordre sociale, explosion de sens dans le chaos dyonisiaque.
Exprimer un désir, un érotisme féminin et queer, voilà bien la réelle transgression, encore aujourd’hui. Celle qui a valu le gynocide des chasses aux sorcières, lorsqu’on accusait les jeunes filles comme les vieilles femmes de copuler avec le diable et les démons.
L’objet de cette anthologie est de donner une place aux désirs les plus transgressifs des femmes et personnes minorisées de genre. Vous y trouverez des textes incarnés, troublants, gênants, glaçants, terrifiants, marginaux et dangereux. Des textes qui nous auraient valu le bûcher ou le pogrom. Des cris chtoniens, des appels à la subversion, des révolutions.
Cannibalisme, omophagie, vampirisme, sacrifices, nécrophilie, androcides, chimères, interdits sociaux et religieux… il n’y a pas de limites autres que la qualité littéraire et narrative.











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