Quatrième entrée dans la collection Nagori des éditions ActuSF, La vieille anglaise et le continent de Jeanne-A Debats a reçu les Prix Julia Verlanger, Rosny Aîné, le Grand Prix de l’Imaginaire ainsi que le Prix du Lundi. Ce titre fait donc suite à Fragments d’un dieu mourant de Jonathan Brychcy, Des perles pour les truies de Maeve Spiral et Team Building de Katia Lanero Zamora. Et il faut avouer que ce texte, publié chez Griffe d’encre il y a 18 ans, n’a pas pris une ride.
Lutte pour la nature…
La doctoresse Ann Kelvin a passé sa vie à lutter pour la défense de la nature et notamment des grands mammifères. S’appuyant sur une fortune personnelle importante, elle a été une activiste de premier plan, prête à s’impliquer personnellement dans les actions les plus violentes.
Mais elle a vieilli et on peut même dire qu’elle est en fin de vie, proche d’être terrassée par un cancer. C’est à ce moment qu’un ancien élève, Marc, lui propose de réaliser un dernier combat : ayant réussi à développer une méthode de transfert de l’esprit dans un autre réceptacle, la transmnèse, il propose à son ancienne mentor de se faire transférer dans un cachalot.
Le but ? Rendre justice aux cétacés en provoquant une situation internationale qui rendra nécessaire l’arrêt de la chasse déjà largement prohibée. Elle acceptera cette mission et plongera pour lutter une dernière fois.
… au travers de deux voix…
Tout au long de ce récit d’une infinie poésie, nous naviguerons entre deux voix.
La voix d’Ann, devenue cachalot, dont le caractère demeure trempé est la première. Dès les premières pages, elle nous fait découvrir le monde sous-marin, tout en nous permettant de découvrir sa transformation. Son avancée lui fera rencontrer 2x2x2, lui apportant un angle d’approche différent sur sa vision du monde. Se sachant condamner, elle n’hésitera pas à prendre tous les risques.
La voix de Marc sera celle de la science et du combat sur terre. Mettant des moyens immenses au service de la lutte pour l’environnement, il sera celui qui nous posera la question de savoir si la fin justifie les moyens. Cela m’a d’ailleurs fait écho sur cette dimension bien précise à Demain une oasis du regretté Ayerdhal.
… pour une réflexion profonde sur la société.
Contrairement à ce que pourrait laisser penser au premier abord le quatrième de couverture et l’intrigue, l’histoire va bien plus loin que celle du vieille femme aigrie tentant de sauver les cétacés.
La question de notre rapport à l’environnement et les moyens que nous avons de les protéger, s’appuyant sur de riches mécènes, est évidement une partie importante de la thématique. Cependant le limiter à cette seule dimension serait une erreur.
Car le principe même de transmnèse, où il est possible de transférer l’esprit (et bien plus) d’un corps à l’autre posent d’énormes questions éthiques. Des questions qui sont pertinentes quand on se souvient que certaines richissimes personnalités courent après l’immortalité. L’usage de clones ou d’animaux et de leurs droits par conséquent, sont largement mis en avant tout au long de la route d’Ann et de Marc.
Jeanne-A Débats a réussi à développer une riche intrigue en quelques pages, récompensée à juste titre par les prix cités plus hauts. La version « Nagori » a été revue et bénéficie d’une interview complémentaire pour expliciter certains points.
Un récit court à ne pas rater !
Nouvelles Editions ActuSF (mai 2026) – Collection Nagori – 119 pages – 10,90 € – 9782376667364
Couverture : Melchior Ascaride
Certaines propositions ne se refusent pas.
Même lorsque vous êtes une très vieille eco-warrior acariâtre à l’agonie.
Même si l’offre va à l’encontre de tous les idéaux que vous avez défendus pendant des années.
Votre esprit va être transféré dans le corps d’un grand cachalot, un des derniers de son espèce.











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