Retrouvez l’actualité des littératures de l’imaginaire (Science-Fiction, Fantastique, Fantasy, et autre) ainsi que des interviews de celles et ceux qui les construisent.

Brèche de Li-Cam

,

Service de Presse

Les récits que nous propose Li-Cam sont porteurs d’espoir. Ce n’est pas le premier que nous lisons dans cette veine, après Résolution et Visite ; cependant, cela fait toujours autant plaisir de voir un peu d’optimisme, et nous pouvons remercier l’autrice et les éditions La Volte pour ça.

Maisons-Neuves, quartier abandonné…

Les Etats se sont effondrés et peuvent être remercier pour cela les grands groupes internationaux qui ont supplanté les prérogatives des Etats. Entre la privatisation des services publics – notamment de sécurité comme cela sera évoqué à plusieurs reprises – et le développement des Intelligences Artificielles (encore elles) qui ont rendu la population totalement dépendante, la situation générale n’est pas la meilleure qui soit.

Cependant, avant que tout ne s’effondre, l’Etat a distribué les barres HLM aux populations et Maisons-Neuves fait partie des quartiers où les populations ont pu récupérer les « Bats » (batiments) et ont distribué entre elleux les « Parts » (appartements).

Faut pas confondre misère et vertu. Nous, on achète nad et on recycle tout. Mais c’est pas de la choice, c’est une oblige.

Dans ce nouvel ordre où les « Ogres », nom donné aux multimilliardaires, ont totalement asservi les populations connectées, ces lieux de pauvreté forment des sociétés autonomes, qui ont du apprendre à se réinventer et à inventer une organisation qui permet de progresser et de se développer.

… trois personnalités clefs…

Dans ce quartier, Bella est une ancienne professeure d’histoire. Âgée de 60 ans, elle souffre de certains troubles, qui se traduise par l’apparition d’une araignée et de différentes figures. Son apport à la communauté est majeure : elle fait partie de celles qui continuent à délivrer de l’instruction aux membres de la communauté, une forme de résistance forte face à la disparition des écoles. C’est aussi celle qui nous montrera, au travers de son expertise particulière autour de l’Italie fasciste de Mussolini, de quelle façon la société a dérapé.

Mais ce type d’homme calamiteux n’émerge pas de nulle part, il lui faut un terreau fertile, des inégalités sociales d’une ampleur ahurissante et un peuple pétri d’angoisses quant à son avenir. Il est facile de mentir à ceux qui n’ont ni le loisir, ni l’énergie de réfléchir. Il est facile de mentir à ceux qui s’accrochent au moindre espoir pour apaiser leur crainte. La pestilence est avant tout un mensonge à l’adresse des plus démunis pour protéger les nantis

De son côté, Walter, 40 ans, travaille depuis de nombreuses années sur l’Intelligence Artificielle, pour réussir à proposer une alternative aux outils proposés par les Ogres. Son équipe est en danger, les budgets ne sont plus là, alors même que des résultats, étonnants, semblent commencer à percer. Dans une volonté de comprendre les différents flux, le scientifique sera prêt à prendre de nombreux risques.

Nati partage les actualités de la communauté, et, du haut de ses vingt ans, elle va s’attaquer à comprendre qui sont ces externes à la communauté qui viennent de plus en plus souvent observer les lieux et le fonctionnement de Maisons-Neuves. Sentant – ou plutôt craignant – une récupération des lieux, elle s’adjoindra l’appui de quelques ami·es pour enquêter.

… pour une société pleine d’espoir !

Nous n’avons pas vu dans le récit de Li-Cam a quel moment la société a dérapé et il est simple de comprendre que cela ne fait pas suite à un grand chambardement, mais plus à une érosion des Etats sous les attaques des grands groupes internationaux. Toute ressemblance avec notre société actuelle n’est pas fortuite !

Comme un baroud d’honneur, les HLMs ont été donné par l’Etat à ses habitants et ce que nous pouvons suivre est la construction d’une société avec ses forces et ses faiblesses. Ce que je note est que cette population, marginalisée par les grands groupes car « trop pauvres » ou « trop éloignées » de la société ont réussi à reconstruire une communauté qui se suffit en elle-même.

Nous pensons avoir touché le fond et la réalité nous montre qu’il n’en est rien. De double fond en double fond, sans fond au fond, on trouve toujours plus mal loti que soit.

Ce que nous propose Li-Cam est de suivre les réponses apportées en terme de solidarité, de fonctionnement commun, de santé, d’éducation mais aussi de justice. La gestion d’un viol par un garçon du quartier pourra surprendre et, bien sûr, on est interpellé par la réponse mais quand les droits sont bafoués, quelle réponse apportée ?

La trame générale et la description de la montée du fascisme en Italie n’est qu’un rappel de la mécanique qui fait basculer une société dans le totalitarisme. Il est essentiel de s’en rappeler, à un moment où nous voyons les montées des haines vis-à-vis de l’autre, partout dans le monde. Li-Cam ne nous propose pas un pamphlet politique, la présence de ces rappels à l’histoire s’insérant naturellement dans la trame narrative.

Quand ça sent le sang, y en a toujours pour s’en mêler avec bonheur. Quand ça sent le sang, on voit toujours des vautours tourner haut dans le ciel.

Comme dans Visite, l’autrice – notamment au travers de Nati – invente un nouveau langage, un langage simple, épuré, inclusif, qui permet non pas de dégrader la valeur de la langue française mais de permettre à toutes et tous de se comprendre.

Il y aurait bien d’autres éléments à dire sur ce récit, les personnages secondaires jouant un rôle majeur dans le récit, comme Sibi qui remet la sagesse des ancien·nes au coeur des débats ou encore Rivière qui anime l’espoir de lendemains plus riants.

Ce roman est pour moi un des meilleurs que j’ai lu cette année, montrant que la convergence des luttes est un moyen de rendre une société plus juste !

Editions La Volte (15 janvier 2026) – 348 pages – 20 € – 9782370492845
Couverture : Philippe Aureille

Les Ogres se gavent et le monde dégénère. A Maisons-Neuves, dans les barres HLM vieillissantes, la précarité est la norme, la justice il faut la faire soi-même, la sécheresse étrangle tout. Nati, Bella et Walter n’ont pas de plan B, mille solutions sont à réinventer : bar associatif, école à la maison et tribunaux cagoulés… Contre toute attente c’est de cette galère que notre futur pourrait émerger. C’est ici qu’apparaissent les contours d’une nouvelle humanité, capable de basculer.

Comme se résoudre aux changements profonds exigés par Demain ? Dans le laboratoire de Walter, un calculateur quantique découvre les ravages infligés à la Terre ; dans les hallucinations de Bella le temps se brouille, la folie côtoie les prophéties ; à Maisons-Neuves, Nati enquête sur des gêneurs venus de la ville observer leur quotidien. Et quelque part dans le lointain, le futur essaie de nous atteindre. Il nous appelle déjà.


Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.