Interview : Philippe Caza

Réalisée par :mail
Date :août 2003
Le 26 juin dernier, j’entrepris timidement d’inviter le talentueux illustrateur des couvertures des livres de la saga VORKOSIGAN, à un chat en direct sur le site de la communauté. La réputation de l’homme connu pour être d’une grande disponibilité envers ses fans m’étant parvenue, m’encouragea à lui envoyer un mail. La réponse ne tarda pas, et Philippe CAZA s’excusa, qu’il était plutôt allergique au principe “de chat” ; mais que par contre si nous compilions une série de question, il y répondrai bien volontiers. Branle-bas de combat sur Barrayar.com, deux jours suffirent pour que les membres du site aient choisi leurs questions, et le mail fut envoyé. Quelques jours plus tard, je recevais un mail de Philippe CAZA avec les réponses aux questions, et un sublime cadeaux… ou plutôt 7 sublimes cadeaux ! Mais ça, vous le découvrirez en lisant l’interview 😉

La voici :

Bonjour,
Suite à nos précédents mail, voici une série de questions choisies par la communauté de notre site. Merci encore pour le temps que vous nous accordez. Bien sûr, vous répondez à ces questions quand vous le pouvez !
Cordialement
Eric – Webmaster

Barrayar.com : Comment se passe la création d’une couverture de livre ? Est ce l’auteur qui vous demande vous personnellement ?, l’éditeur ? Est ce que vous lisez les livres intégralement ou avez une ligne de conduite fixée par l’éditeur ? Qui décide du choix final d’une couverture ? Vous, l’auteur, l’éditeur ?

P. CAZA : Beaucoup de choses dans cette question ! En général, c’est l’éditeur qui me demande. Dans son cadre, il y a en principe concertation entre le directeur littéraire et le directeur artistique, en tout cas dans les grosses boites. Dans les petites, c’est souvent le même qui joue les deux rôles, tout en assurant aussi le commercial et le ménage… Le directeur littéraire étant par définition en contact avec l’auteur, il lui demande aussi son avis. C’est même souvent l’auteur qui pose ce genre de demande. Ainsi Ayerdhal demande Gilles Francescano, Roland Wagner me demande, etc… Ça vaut évidemment pour les auteurs français. Les autres, je ne sais pas, les américains ne nous connaissent pas… Autant que je sache, LMcMB a été surprise par mes couvs, mais je ne sais pas si c’est en bien ou en mal …?
L’éditeur, en général, fournit une feuille de lecture : un résumé du livre, qqs extraits qui lui semblent importants et susceptibles d’inspirer l’illustration. Mais, si l’illustrateur le souhaite, il fournit le texte complet. C’est mon cas. Dans 99 % des cas, je lis le livre intégralement, en prenant des notes. Parfois “en diagonale” quand le délai est bref ou quand le livre ne m’emballe pas, à la recherche de LA scène qui va quand même me donner une idée. J’ai acquis une pratique de lecture spéciale, une manière de capter des trucs, de focaliser mon attention. Mais j’aime bien lire tout et travailler ainsi autant que possible “en profondeur”.
Chez J’ai Lu, on m’a toujours laissé très libre : je ne présente pas de “rough” (esquisse, brouillon), j’y vais direct. Je n’ai eu de remise en question qu’une ou deux fois. Chez les autres éditeurs, en général, je présente 3 ou 4 roughs au crayon, l’éditeur fait son choix, on discute au besoin, il consulte l’auteur au besoin aussi. Le net favorise grandement ce genre de communication rapide…

Barrayar.com : Le fléau de Chalion est sortit chez un autre éditeur que JaiLu, et vous avez fait la couverture. Cela veut-il dire que vous suivez un auteur quelque soit l’éditeur ? Allez vous faire toutes les couvertures des prochains Bujold ? Et si oui, pouvez vous nous donner quelques indices sur la couverture de “Immunité Diplomatique” 😉 ?!

P. CAZA : C’est une idée de l’éditeur, Bragelonne en l’occurrence, de prolonger “l’image de marque Bujold-Caza”. De la même manière, j’ai fait des J.Wintrebert, des P.Pelot, R.Wagner ou R.Canal chez différents éditeurs. Moi j’aime bien cette sorte de fidélité. Donc, a priori, je continue à faire les Bujold. (Cela dit, il y a en ce moment même un problème financier entre J’ai Lu et ses illustrateurs, qui peut faire changer les choses. Je ne peux pas vous en dire plus. Négociations en cours.) [Note de Eric : Aujourd’hui, ces négociations sont closes, plus d’info sur L’édito de Caza.] [Note de Allan : Quant à Immunité Diplomatique, je pense que vous l’avez vu, maintenant, donc pas de scoop, sauf à dire que je l’ai bien aimé, qu’on retrouvait un Vorkosigan “d’aventures”, après deux épisodes sentimentalo-mollassons (si je puis me permettre ce lèse-majesté)] [Note de Eric : Blasphème !! lol].

Barrayar.com : On vous demande de faire la couverture française d’un roman que vous avez détesté, et en plus vous n’aimez pas l’auteur, que faites vous ?

P. CAZA : Ca c’est de la question qui tue ! Vous voulez me faire faire des ennemis ?
En fait je ne vois pas d’auteurs “que je n’aime pas” personnellement. Il y en a avec qui j’ai une relation amicale, d’autres une relation superficielle, d’autres que je ne connais pas… Quant au bouquin, les délais étant ce qu’ils sont, le temps que je l’aie lu et me sois rendu compte que c’est pas bon, le temps a passé, il faut que j’assure, par honnêteté envers mon client, l’éditeur. Donc, professionnalisme. Mais il m’est arrivé de faire une bonne couv sur un mauvais bouquin… Il suffit de trouver un passage ou un élément qui me va, qui m’inspire…

Barrayar.com : Que pensez vous de l’oeuvre de Lois McMaster Bujold et de son petit héro ?

P. CAZA : J’aime bien, oui. Je me suis fait capter assez vite par Miles et par Cordelia et autres magnifiques personnages de femmes. Après, il y a des hauts et des bas, des moments d’égarement… mais dans les meilleurs moments, il y a un mélange très détonnant de sentiment, d’action et d’humour…

Barrayar.com : Le film “Les Enfants de la pluie” est inspiré du livre de Serge Brussolo “A l’image du Dragon”. Ce dernier, ressortira t-il avec une nouvelle couverture ou une novellisation du film est elle prévue ?

P. CAZA : Le livre est ressorti au Masque avec une couverture maison et un bandeau en rapport avec le film. A vrai dire ni la production ni moi ne tenions à mettre en avant le livre de Brussolo, dans la mesure où nous nous en sommes beaucoup éloignés, et aussi parceque c’est un livre assez noir et en tout cas “pour adultes”, qui ne peut pas faire une bonne pub à notre film plus orienté enfants (enfin… grands enfants…)
Une novellisation d’un film lui-même tiré d’un livre ?!… Ça s’est déjà fait… c’est un peu idiot… Ce n’est pas au programme, en fait…

Barrayar.com : Sur “Les Enfants de la pluie” vous êtes également co-scénariste, vous avez participé au film d’animation “Gandahar”… Est ce que ces expériences cinématographiques vous ont plu, et verra t’on un jour un film d’animation 100% Caza (dessin, histoire, réalisation…) ?

P. CAZA : Je me suis beaucoup impliqué, sur Skän, entre autres parcequ’il me serait difficile de dessiner sur un sujet auquel je n’adhérerais pas à fond. Sur une couv, ça va, ça prend 2 jours, mais un film, ça prend 2 ans ! Ou plus ! Donc c’était un peu une condition au départ : il fallait que je m’approprie le sujet. Sur Gandahar aussi, mine de rien, j’ai pas mal participé au scénar à travers un dialogue serré avec René Laloux.
Evidemment, faire un film, c’est une expérience formidable… et épuisante. Beaucoup de travail (ça, ça ne me fait pas peur), mais aussi beaucoup de luttes pour obtenir ce qu’on veut, avec le moins possible de concessions vers l’amont (la production) ou vers l’aval (le reste de l’équipe), beaucoup de contraintes techniques, de manque de temps et de moyens… D’où finalement un vieux reste de frustration. Cela dit, je suis content de ces deux films !
Alors en faire un où, en plus, je serais réalisateur, non : il y a trop d’aspects techniques que j’ignore et trop de travail de meneur d’hommes. Je ne sais pas faire. Philippe Leclerc, lui, oui. J’aimerais bien, simplement, sur un autre projet, pouvoir faire le story-board, c’est-à-dire poser des choix de mise en scène, un projet cinématographique personnel… Ce n’est pas exclu… On verra.

Barrayar.com : Quand “Les frontières de l’infini” (La saga Vorkosigan) est sorti, ce n’etait pas avec une de vos couvertures. Plus tard, une réédition est ressortie avec votre couverture. Qui a décidé cela ? Vous, l’auteur, l’éditeur ?

P. CAZA : Au départ, je pense que c’est un bug d’éditeur : un nouvel arrivant à la direction artistique, peu connaisseur en SF, n’avait pas pris conscience qu’il y avait des séries d’auteurs dédiées à tel ou tel illustrateur et avait distribué au premier à passer dans le bureau, Philippe Jozelon en l’occurrence, qui sans doute n’a rien eu d’autre qu’une fiche de lecture à sa disposition et a fait un personnage “à la Jozelon”, mais correspondant mal à Taura. Par la suite, il y a eu des protestations, y compris de ma part (pas contre Jozelon, bien sûr, qui est un bon !), et la direction artistique a intégré ce genre de pratique… saisissant l’occasion d’une réimpression pour corriger le tir.

Barrayar.com : Où en est la suite du “Monde d’Arcadi” actuellement ?

P. CAZA : En ce moment, fin août, je finis les 20 premières pages. J’ai encore dans les 6 mois de boulot. On peut espérer une sortie en juin 04… (C’est long, je sais, mais je soigne le boulot plus que jamais !)

Barrayar.com : Dernière question, quel est votre livre de chevet en ce moment ? 😉

P. CAZA : Aucun. Je regarde des films de chevet ! Hier Les Sentiers de la gloire, de St.Kubrick, aujourd’hui Les Contrebandières de Moonfleet, de Fritz Lang – 2 chefs d’oeuvres !… Mes derniers livres lus sont des relectures de livres cultes : Niourk, de Stefan Wul, Ubik, de Ph.K.Dick…

Barrayar.com : Je terminerai en abusant largement de votre gentillesse en vous demandant si vous voulez bien nous faire une gribouille pour notre site. Un petit dessin vite fait qu’on afficherai comme un logo avec fierté !! 😉 (Je sais que j’abuse de votre temps, et je ne serai pas offusqué si vous ne le pouvez pas 🙂 [Note de Barrayar.com : Oui, je sais, il du culot le garçon !]

P. CAZA : Je ne vais pas vous faire de dessin spécial mais je vais scanner quelques roughs non utilisés et crayonnés qui traînent dans mes archives…

Voilà, l’interview est longue et de qualité, et démontre un fois de plus, l’extraordinaire disponibilité de Philippe CAZA, que je tiens à remercier particulièrement pour sa gentillesse, sa disponibilité, et pour les cadeaux qu’il nous a fait [Rhaaaa ! Mes précieux…. (Oups, je m’égare moi !)]

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