Danse avec les lutins de Catherine Dufour

Les éditions Atalante ont un nouveau titre de Catherine Dufour à nous mettre sous les dents avec Danse avec les lutins dont nous pouvons déjà dire que la couverture est alléchante, après avoir fait paraître un peu plus tôt Entends la nuit dans un tout autre registre.

Il fût un temps, plutôt lointain, où la Terre était habitée par des créatures féeriques et par Dieu et Son armée d’Anges et bien sûr de Démons pour contrebalancer tout cela. Mais Il décida de partir, et la Terre se vida donc d’une grande partie des créatures magiques et de toute la cohorte angélique / démoniaque… Mais pas totalement, car comme sur chaque départ en vacances, il reste toujours un petit quelque chose sur le bord de la route.

Comme vous vous en doutez, différentes créatures existent parmi celles-ci, l’ograin n’est pas le plus intéressant : rien ne le rend particulier, et dès le départ il va devoir se battre pour survivre, pouvant être facilement la victime des facéties des elfes par exemple.

L’ograin n’a ni crocs ni griffes pour attaquer, ni poils ni plumes pour se protéger, il court comme une bûche, il a l’odorat d’une écuelle, l’ouïe d’un fromage, et il va falloir que vous surviviez quand même tout seul dans la cambrousse !

Mais aller savoir comment, les Ograins ont réussi à prendre le pas sur les autres créatures et mettant notamment à l’écart les lutins tout en essayant de les exploiter. Les ograins sont devenus immensément riches mais pour pouvoir persister dans le cumul des bénéfices qui ne manqueront pas d’assurer la persistance de l’espèce, Havecoque VI, banquier est prêt à tout.

Et ce tout engloble même une volonté de créer sa propre guerre afin de s’assurer la persistance de revenus confortables. Et quoi de plus facile que de cibler une population, la plus pauvre cela va de soit, pour en faire le bouc émissaire de tout ce qui va mal dans la société. Vous savez, ces pauvres qui profitent du dur labeur des autres et qui sont tellement différents qu’ils ne peuvent pas nous comprendre. Et ainsi font-ils, en profitant même – tout bénéfice étant intéressant – pour armer les deux côtés…

Le nous se passait de traduction. Tous les nous savaient ce que nous signifiait et ça suffisait. Ces gens-là n’avaient pas à s’en mêler. Géographiquement, nous englobait les habitants des hauteurs de Scrougne et excluait le reste de la planète avec la conviction d’un coffre-fort.

Bien entendu, comme vous connaissez bien Catherine Dufour, derrière les lutins, ograins et autres elfes se cachent bien plus qu’une simple oeuvre de fantasy humoristique… D’ailleurs, l’humour est noir et grinçant, cynique et Danse avec les lutins ne renvoie pas directement au précédent cycle Quand les Dieux buvaient : elle nous montre toute la stupidité de notre monde, devenu fou… Le racisme est au coeur de l’histoire bien sûr, mais il est aussi question d’endoctrinement, de terrorisme et de toutes ces plaies qui incite à la haine de l’autre… Sans pour autant être moralisateur bien sûr 😉

Si je vous dis que je vous recommande le roman, vous êtes surpris ?

L’Atalante (23 mai 2019) – Collection La Dentelle du Cygne – 240 pages – 16,90€ – 9791036000041
Couverture : Didier Graffet

« La fée haussa les épaules : 
— Ces jeunes sont aussi agréables qu’une descente de moustiques. Que veux-tu qu’ils fassent de pire que brailler, tout casser, écrire des gros mots sur les murs et flanquer le feu aux charrettes ? Se mettre à descendre tout le monde en pleine rue ? 
— Et ton coach sportif, demanda Pétrol’Kiwi en arrachant un étage de champignons d’un coup sec, il a des nouvelles de Figuin, de son côté ? 
— Aucune. Je me demande si c’est un signe. Figuin adorait faire du sport. Il n’aimait que ça, à vrai dire. 
Pétrol Kiwi se figea, champignons en main. 
— S’il a renoncé au plaisir de sa vie, grogna-t-elle, je crains qu’il fasse en sorte que ça ne dure pas trop longtemps.
— Quoi ? D’arrêter le sport ?
— Ça. Ou la vie. »

Un roman de fantasy, avec des elfes, des lutins, des fées, des bourdons magiques… et des métis ogro-nains. Dans l’immense ville de Scrougne, un garçon nommé Figuin vit très mal le racisme et la misère auxquels il est confronté. C’est alors qu’entre en scène un banquier… Froid, inusable, immensément riche, il cherche à l’être plus encore. Il décide de creuser un fossé au milieu de la population, afin de jeter une moitié aux trousses de l’autre – qui lui achètera des armes au passage. Il lui faut un garçon un peu paumé à endoctriner, pour l’envoyer se faire exploser au milieu d’une fête de quartier.

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