Eddy Magior à l’école des puissances du néant de Jean-Pierre Bâchet

« Son visage s’éclaira d’un contentement intense, et ses prunelles brillèrent de mille feux éclatants. Tout son corps vibra d’enchantement et la chance s’engouffra concrètement dans sa vie et l’enveloppa d’un halo d’optimisme abyssal.
_ Eurêka ! Dit-elle, nous avons décroché la timbale ! Et elle explosa d’une immense joie.
_ Je suis flatté de cette manne de monnaie qui tombera bientôt, à profusion dans notre bourse dit Robert sereinement, lui qui en toutes circonstances, restait flegmatique. »

« _ Je vous présente monsieur Firminus, un valet austère, mademoiselle Cusenoiré, une cuisinière bonne vivante, mademoiselle Berthus, une gouvernante réservée, et monsieur Jardinacus, un jardinier débonnaire s’occupant de l’immense parc, avec parfois un aide extérieur, précisa Poumaes.
_ Superbe, nous avons la domesticité adéquate, releva Jackie Magior. »

« _ Bon, après toutes ces émotions, nous devrions nous faire plaisir, dit Eddy avec son sourire affable. »

Un jour, Robert et Jackie Magior gagnent le gros lot au loto. 15 millions d’euro, de quoi voir venir sans appréhension l’avenir. Ils décident de réaliser leur rêve en achetant un château médiéval perdu dans la région Centre, un bel édifice avec douves et pont-levis, un endroit où se réfugier loin du monde et de ses vicissitudes. Mais un lieu hanté, avec ses phénomènes inexplicables qui se déroulent de temps à autres. Ainsi, une nuit, la petite Léa voit une étoile filante inscrire un message dans le ciel annonçant la naissance d’un petit frère aux étonnants pouvoirs. Neuf mois plus tard naissait Eddy, fait d’autant plus étrange que Robert Magior n’était pas revenu chez lui depuis plus d’un an et que son épouse était restée recluse chez elle.

Rapidement, les phénomènes surnaturels se concentrent autour de Eddy, et il échappe même de peu à la mort à plusieurs reprises. Jusqu’à ce jour, alors qu’il entre dans l’adolescence, où une armure essaye de le tuer. C’est presque par hasard qu’il découvre ses dons lorsqu’il la met hors d’état de nuire.

Si vous fréquentez un minimum les fora littéraires liés à l’imaginaire, vous n’avez pu manquer d’entendre parler de ce mystérieux roman, Eddy Magior à l’école des forces du néant. Dans le cas contraire, il vaut mieux pour vouus rester dans l’ignorance, car comme pour le tristement célèbre Necronomicon, on ne ressort pas indemne de la lecture de cet infâme daube que certains prétendent appeler un roman, alors que le papier utilisé gâché vaut à lui seul plus cher que ce qu’il est censé contenir.

Médiocrité de l’auteur ou mauvaise volonté de l’éditeur, difficile de faire la part des choses, mais les faits sont là, aussi bien sur le plan de la forme que du fond, Eddy Magior est un ratage absolu, indubitablement un des pires livres jamais édités ces dernières années. Dans les deux cas, il offrira à son malavisé lecteur un guide parfait de ce qu’il ne faut pas faire pour écrire un roman ou l’éditer. S’il avait une utilité, ce serait dans le rôle de contre-exemple, un rôle où il excelle si bien qu’il mériterait un prix. ( Un razzie, un razzie !!)

Jugeons en sur pièce, en commençant par le livre lui même avant l’histoire. L’un des critères primordiaux, celui qui souvent détermine l’achat du livre : la couverture. Ici une photo mal prise, très floue, ornée d’un photomontage grossier qui la rend plus laide encore, si c’est possible. Ajoutez à cela un choix de police peu judicieux et une couverture de mauvaise qualité, imprimée sur un carton dont on s’attend plus à le voir contenir des biscuits qu’un livre. Parlons aussi du quatrième de couverture, truffé de fautes, et rédigé selon une tournure interrogative qui loin de donner envie de lire le livre, dégoûte un peu plus le candidat à sa lecture. Sans parler de la biographie de l’auteur, plus probablement une autobiographie succinte, dont il est difficile de déterminer s’il s’agit d’ironie ou d’humour empreint d’une confiance en soi incroyable. Le texte en lui même est bourré de fautes, et la mise en page est épouvantable. Et pour finir ce florilège de bourdes, il est précisé que le livre est édité par ABM éditions, ce qui nous fait nous demander s’il s’agit vraiment d’un compte d’éditeur plutôt que d’un compte d’auteur…

Mais tout ceci n’était qu’une mise en bouche, peu agréable je vous le concède, mais nécessaire pour les âmes sensibles. Car l’auteur, jean pierre Bachet commence fort avec au début du texte, cette formule immortelle que l’on retiendra pendant des années : «Cette oeuvre n’est que pure fiction». Et là, on ne peut que se lever pour acclamer l’auteur et le remercier, car personne ne l’aurait deviné sans son oeuvre. Encore un peu, et il aurait avoué qu’il avait plagié sur une autre oeuvre autrement mieux faite où le héros a aussi un «y» dans son prénom.

Bref, nous nous égarons dans des subtilités et le dîner commence de refroidir. Et là, je vous invite à lire les petits extraits que j’ai prélevé ici et là. Dans le premier, nous assistons à la première scène, quand les parents d’Eddy gagnent au Loto. Et soyez certains que les héros, quel que soit leur âge, adultes ou enfants, vont parler de cette manière un peu guindée et en aucune façon naturelle pendant tout le livre. Le second extrait vous dévoile comment l’auteur conçoit la description de ses personnages, ce qui est la preuve qu’il n’y connait pas grand chose ou qu’il vit en ermite. ( on vous a déjà présenté à quelqu’un en lui disant que vous étiez taciturne ou bon vivant ? Moi jamais…). Et enfin le troisième, choisi pour sa tournure des plus ambigues, puisqu’un esprit mal tourné pourra y voir certaines choses à laquelle l’auteur ne pensait probablement pas initialement. Ce ne sont là que trois exemples parmi des dizaines d’autres qui montrent la pauvreté du style de l’auteur, voire pire, son inexpérience combinée à une absence absolue de travail, de volonté de progresser. En étant pessimiste, on peut envisager que ce roman est le premier jet non corrigé de l’auteur, ou qu’il s’agit en fait d’un adolescent. ( quoique certains écrivent bien mieux que ça). Dans tous les cas, ça fait peur.

Mais nous n’en restons pas là, puisque comme je vous le disais, il règne dans l’oeuvre une impression de brouillon, d’ébauche non corrigée et non préparée. Ainsi, nombreuses sont les incohérences, les contradictions ou tout simplement les improbabilités flagrantes. Ainsi, le château acheté par les Magior est inhabité depuis plusieurs années et pourtant son propriétaire continue à y entretenir quatre domestiques, qui doivent lui coûter plus cher que le prix ridiculement bas auquel il vend son château. Du point de vue chronologique, l’histoire commence en 2005, et pourtant, quand l’histoire se lance vraiment, c’est à dire vers l’adolescence d’Eddy, soit au moins vers 2020, on a l’impression que rien n’a changé, que le monde s’est figé à l’intérieur de la forteresse. Les noms des personnages eux-mêmes sont grotesques, avec un notaire nommé notarius, un jardinier jardinacus, enfin vous voyez le genre.

En conclusion, la totalité du livre, le fond comme la forme, est grotesque, ridicule. C’est une honte pour la littérature française qu’un tel livre ait jamais vu le jour. Même retravaillé et amélioré, on peut encore douter de son intérêt, elle qui n’est qu’un vulgaire amalgame d’autres histoires à succès. Du point de vue éditorial, on peut même s’interroger sur les raisons qui ont pu pousser un éditeur, s’il est bien à compte d’éditeur, à publier un tel torchon. Comme le dit lui-même l’auteur, ses enfants ont adoré ses histoires, ce n’était pas pour autant une raison pour les partager avec le reste du monde. Une fois couchées sur le papier, certaines belles histoires perdent le charme que leur prêtait le merveilleux de l’intrigue.

Un jour, Robert et Jackie Magior gagnent le gros lot au loto. 15 millions d’euro, de quoi voir venir sans appréhension l’avenir. Ils décident de réaliser leur rêve en achetant un château médiéval perdu dans la région Centre, un bel édifice avec douves et pont-levis, un endroit où se réfugier loin du monde et de ses vicissitudes. Mais un lieu hanté, avec ses phénomènes inexplicables qui se déroulent de temps à autres. Ainsi, une nuit, la petite Léa voit une étoile filante inscrire un message dans le ciel annonçant la naissance d’un petit frère aux étonnants pouvoirs. Neuf mois plus tard naissait Eddy, fait d’autant plus étrange que Robert Magior n’était pas revenu chez lui depuis plus d’un an et que son épouse était restée recluse chez elle.

Rapidement, les phénomènes surnaturels se concentrent autour de Eddy, et il échappe même de peu à la mort à plusieurs reprises. Jusqu’à ce jour, alors qu’il entre dans l’adolescence, où une armure essaye de le tuer. C’est presque par hasard qu’il découvre ses dons lorsqu’il la met hors d’état de nuire.

Le message de la météorite céleste bouleversa le sort de la famille Magior !
Leur dernier Eddy, d’où venait-il ? Et pourquoi dispose-t-il apparemment d’aptitudes surnaturelles ? Les a-t-il acquises à l’école des puissances du néant ? Eddy Magior réussira-t-il à combattre ces énergies malfaisantes qui s’activent autour de lui…?
Qui incarne l’hallucinant H…, agissant dans l’ombre sur la terre et au payx des rêves ?
Un jour, un événement insolite survint ! Sa soeur Léa se leva de sa cachette, ouvrit ses grands yeux verts, l’air stupéfait de ce qui venait de se produire dans la salle d’apparat d’habitude si calme du château. Pourtant, ce n’était que le début de manifestations bizarres qui allaient bouleverser la vie de ce clan familial.

ABM (2008)283 pages 18.00 € ISBN : 9782351521007 Couverture : Pierre Pallier

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