Interview : Danielle Martinigol

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Réalisée par :mail
Date :novembre 2005
L’actualité de Danielle est marqué par la réédition en septembre par la réédition des abîmes d’Autremer mais aussi par la parution en octobre de l’Appel des Abimes… Rencontre avec l’Auteure…

Allan : Danielle bonjour et merci d’avoir accepté de nous consacré un peu de temps pour cette petite interview.
Danielle : Merci à vous d’avoir pensé à moi.

Allan : Avant de commencer, et puisque vous êtes surtout connue pour vos publications jeunesse, pouvez vous nous parler de votre parcours et de la raison pour laquelle vous avez choisi l’écriture et particulièrement la littérature SF jeunesse ?
Danielle : J’ai découvert la science fiction très jeune, vers 11 ans grâce aux livres de mon grand-père, un inventeur, qui était passionné par les machines du futur. Il lisait le Fleuve Noir Anticipation et lorsque je suis tombée par hasard sur ses livres, je me suis mise à tous les dévorer… en cachette ! Jusqu’à ce qu’il me surprenne un jour et me dise : Mais ce n’est pas pour toi, ça. C’est de la science fiction. Ce n’est pas pour les jeunes et surtout ce n’est pas pour les filles ! Voilà comment d’une réflexion qui m’a sidérée sont nés tous mes romans de SF pour les jeunes et… pour les filles !

Allan : Quels sont les auteurs qui vous ont marqué d’abord en littérature jeunesse mais aussi en littérature “adulte” ?
Danielle : Le premier roman adulte qui m’a marqué de manière indélébile, c’est La Nuit des Temps de René Barjavel. Je n’ai eu de cesse de rencontrer l’auteur. Ce que j’ai réussi à faire d’ailleurs. Je l’ai même fait venir dans une de mes classes de lycée rencontrer mes élèves auxquels je venais de faire lire ce roman. Ensuite, prof cette fois en collège, j’ai découvert les romans de Christian Grenier. Et lui aussi j’ai voulu le connaître. Nous sommes depuis de nombreuses années très amis. Et puis il y a eu les romans de Pierre Bordage, que j’adore, les livres et l’auteur ;-), car je suis aussi devenue amie avec Pierre. En fait, je dis souvent aux jeunes : lisez de la science fiction. Vous avez une chance de pouvoir rencontrer les auteurs. Pour la plupart, ils sont vivants !

Allan : Comme je le disais un peu plus haut, vous êtes surtout connu pour vos publications jeunesse bien que vous ayez tenté l’expérience de nouvelles “pour adultes” comme vous l’indiquez sur votre site : est-ce par choix et parce que vous avez une préférence pour ce public ou simplement parce que l’étiquette d’auteur jeunesse vous colle à la peau ?
Danielle : J’assume avec un plaisir infini ma triple étiquette : auteure femme, de science fiction, jeunesse ! Ce n’est pas toujours facile à porter car encore beaucoup de gens ont des a-priori contre tout cela. Mais ça me convient bien de défendre mon créneau. On m’a dit un jour que j’étais une militante de la SF. J’en suis fière. J’ai toujours cru en la SF comme genre éminemment pédagogique. C’est une littérature qui fait réfléchir sur le présent en utilisant le futur. Idéal pour faire lire des jeunes. Parfait aussi pour passionner les adultes. J’espère y parvenir. Je suis en train d’écrire un roman pour adultes. Un peu par défi, pour voir si j’en suis capable. Le futur nous le dira.

Allan : Quelles sont les particularités à votre avis de l’écriture jeunesse ?
Danielle : Un de mes éditeurs a dit que j’appliquais dans mes romans la règle des trois A : aventures, amour, ailleurs. Ça définit bien mon travail. Il faut de l’action et du dépaysement dans les romans jeunesse. Mais ça n’empêche pas de réfléchir sur ce qui pour moi est la dynamique même de l’humain : l’amour.

Allan : Je suppose qu’on vous a souvent posé la question de savoir quand vous allez écrire un “vrai” livre sous prétexte que vous écrivez en jeunesse (point de vue que je ne partage pas mais la question me semble intéressante) : qu’avez-vous envie de répondre à ces personnes-là ?
Danielle : Je réponds : Lisez mes livres. Ensuite on en reparlera. Et vous m’expliquerez alors ce qui pour vous est un vrai livre. Pour moi un vrai livre est un livre qui plait. C’est aussi simple que cela. Ce n’est pas moi, lectrice de romans de SF et de romans d’amour dans mon adolescence qui vais émettre des jugements de valeur sur telle ou telle littérature. Mon fils est un lecteur fan de mangas. Personnellement, je n’entre guère dans ces univers là. Comme je tentais un jour de lui dire, en bonne prof, qu’il y avait mieux comme livres à lire, il a souri et m’a dit : comment s’appelait donc cette ado passionnée à qui ses profs disaient : ne lisez pas de la SF mademoiselle, ça va vous empoisonner l’esprit ? J’ai tourné les talons et l’ai laissé lire ce qu’il aime. Ça ne l’a pas empêché de réussir. Peut-être même au contraire. Un lecteur épanoui ira plus volontiers vers d’autres livres. Tout comme un gourmet ira avec curiosité vers des plats inconnus.

Allan : J’ai vu que vous continuiez à travailler comme professeur : est-ce à dire que vous ne pouvez pas vivre de votre art ou que vous préférez continuer le professorat ?
Danielle : Je ne parviens pas à vivre de ma plume. C’est hélas vrai. Les droits d’auteur en littérature jeunesse sont inférieurs à ceux des auteurs adultes et comme les livres sont souvent à petit prix – ce que je défends bec et ongles – les sommes perçues ne permettent pas d’en vivre. Mais cette année j’ai enfin pu me mettre à mi-temps de l’éducation nationale. Et j’apprécie infiniment ce temps qui s’offre à moi.

Allan : Quand on regarde votre biographie, on se rend compte que vous avez très fréquemment écrit en collaboration avec d’autres auteurs : comment s’y prend-on pour écrire – et réussir – un livre à 4 voire 6 mains ?
Danielle : Il faut bien s’entendre. Alain Grousset et moi sommes collaborateurs et amis depuis presque 20 ans. La série Kerri et Mégane sous notre pseudo de Kim Aldany a maintenant 10 ans. Je connais très très bien Alain et après avoir construit des synopsis très serrés nous nous partageons le travail. Je fais toujours le lissage final. Je suis un peu une maniaque de la correction. Je ne rends mon travail que si ma copie me semble bonne. Qui a dit déformation professionnelle ? 
Pour la série Lumina nous nous sommes associés à Paco Porter qui lui avait déjà écrit en collaboration avec Alain un roman que j’aime beaucoup Les Brigades Vertes. Le trio a fonctionné de la même manière : synopsis, découpage, partage. Chaque roman de la série Lumina a été écrit par les trois auteurs pour un tiers. D’où le nom de Dan Alpac sur les couvertures.

Allan : J’ai lu aussi que vous aviez obtenu le prix chronos pour les abîmes d’Autremer (dont la critique sera bientôt en ligne sur le site)… Quel effet cela fait-il ?
Danielle : Les Abîmes d’Autremer ont eu deux prix dont je suis immensément fière. Le Grand Prix de l’Imaginaire 2002, prix décerné par un jury d’adultes spécialistes de SF et le prix Chronos 2003, prix décerné par des lecteurs adolescents à travers toute la France et pas obligatoirement lecteurs de SF. Ces deux jurys, si dissemblables se sont rejoint sur mon livre. Que rêver de mieux ?

Allan : Dans les Abîmes d’Autremer d’ailleurs, on sent un message écologique, une fusion des personnages d’Autremer avec leur environnement et avec la faune… la rédaction d’un roman de SF doit-elle à votre avis toujours s’accompagner d’un message ?
Danielle : Les miens, oui. Mais je jure que je ne le fais pas exprès  Il se trouve que je suis convaincue depuis toujours que s’il y a une chose à protéger sur Terre, c’est la planète elle-même ! A l’âge de mes lecteurs je ne connaissais certainement pas la liste des états européens mais je connaissais déjà pas mal de noms de constellations à travers la galaxie ! J’ai donc eu très tôt une conscience planétaire comme identité culturelle. Si seulement j’arrivais à donner la même à mes lecteurs… mais mon premier souci reste de les distraire. Le message, c’est le bonus, si j’ose dire !

Allan : Votre actualité n’est pas seulement marquée par la réédition ce mois-ci des abîmes d’Autremer mais aussi par la sortie du troisième volume de la Trilogie des Abîmes à savoir L’appel des Abîmes… Que représente pour vous la fin d’un cycle ?
Danielle : Ici soupir ! Est-ce que c’est fini ? Je ne sais pas. Pour l’instant oui. Ça fait cinq ans que je vis sur Autremer avec les Maguelonne et leurs Abîmes. Je vais les laisser prendre un peu d’indépendance. J’ai envie d’explorer d’autres coins de l’Univers. Ensuite, qui sait, je replongerai peut-être à nouveau, ou peut-être jamais. Quoi qu’il en soit, si je veux, il y encore pas mal d’histoires à écrire autour des Abîmes. Je n’aime pas fermer les portes. J’aime les choses accessibles, les gens accessibles. Ce n’est pas en s’enfermant qu’on peut progresser. Pour aller de l’avant, il faut des chemins ouverts.

Allan : J’imagine que vous avez d’autres projets en cours ou en voie de finalisation… Quelles sont les prochaines aventures que vous allez nous proposer ?
Danielle : Une planète étrange au nŒud de deux univers. Fortement inspirée par celle crée par mon amie Elisabeth Vonarburg, écrivaine québécoise. La planète d’Elisabeth, qui fut ma camarade de fac à l’Université de Dijon, donne son titre à un cycle de 5 romans : Tyranaël. Un nom que l’on retrouve d’ailleurs dans les Abîmes d’Autremer ! Hommage oblige, L’envol de l’Abîme, le tome 2 de ma trilogie, est dédicacé à Elisabeth qui fut cette année invitée d’honneur au festival Utopiales à Nantes.

Allan : Nous avez-vous rendu visite et si oui que pensez-vous de Fantastinet ?
Danielle : Un site efficace, bien documenté, varié et courageux. A mettre dans ses favoris. Ce que j’ai fait d’ailleurs.

Allan : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Danielle : Que mes lecteurs ados me suivent vers mon livre pour adultes ?

Allan : Le mot de la fin sera :
Danielle : Ma devise peut-être : « Je suis la ligne droite, mais je change parfois de ligne droite. »
Merci à vous et bon vent vers le futur !

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