Interviews croisées Laurent Genefort, Laurent Whale et Pierre Bordage

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Les extra-terrestres ont débarqués et nos auteurs de SF Laurent Genefort, Laurent Whale et Pierre Bordage ont du revoir leur copie et, à défaut de pouvoir poursuivre leurs carrières respectives d’écrivain, ont du se réorienter.

Ils ont fait le choix d’être des enquêteurs mais de profiter de leurs connaissances pour cibler ces clients un peu particulier.

Nous avons eu la chance de pouvoir leur demander comment ils ont vécu cette évolution de notre monde… et de leur métier !

Bonjour Messieurs, alors que vous étiez des auteurs de science-fiction reconnus de toute la communauté, nos visiteurs semblent avoir mis un terme à votre gagne-pain : comment avez-vous appris la nouvelle ?

Laurent Genefort : Quand j’ai vu les sites web ilssontdejala.com ou jeanclaudebourretlesavus-net.fr fermer sans crier gare, et d’autres sites ouvrir dans la foulée, comme generation-identiterre.net ou alienocratie.fr. Et puis aussi, j’ai vu des aliens en bas dans ma rue. Mais j’ai quand même vérifié sur internet.

Laurent Whale :  Je me suis rendu compte que quelque chose clochait lorsque j’ai remarqué que des rires enregistrés avaient été ajouté à mes séries préférées. Ainsi, Les Envahisseurs, Star Trek, Babylon 5 et V n’étaient plus diffusées que sur Gulli et Comedy alors que SciFi Channel tournait en rond sur les Gremlins, Retour vers le futur, ou encore les 78 versions pourries de Frankenstein ou du retour de la vengeance de la Momie et elle est en rogne !

Pierre Bordage : Par mes éditeurs. Ils m’ont tous appelé la même semaine pour me dire qu’ils mettaient la clef sous la porte (ou le département SF pour les plus gros). Le débarquement massif des aliens a eu un impact colossal (en négatif) sur les ventes.Mes bouquins ne se vendaient plus du tout. Ils étaient désolés, pour eux surtout, mais sur le plan économique, c’était devenu intenable. Ils ont donc annulé les contrats, versé le reliquat de mes droits et souhaité bonne chance !

Pensez-vous que les ET l’ont fait de façon à vous mettre à l’écart car vous représentiez un danger pour eux ?

Laurent Genefort : Pour moi, il ne fait aucun doute qu’ils ont débarqué parce qu’ils avaient peur que je révèle au monde qu’ils avaient débarqué.

Laurent Whale :  Ce serait tentant de se laisser aller à le penser. Pourtant, je crois que la vérité est tailleur, comme dit mon voisin du Sentier. Quoi qu’il en soit, l’humain est bien assez un homme pour l’homme, et non pas un loup – qui lui n’est qu’un amateur en matière de nuire à son prochain. Un danger pour eux… (rires). Je me souviens d’un Slug’ de Varna IV me déclarant que de toutes les planètes de toutes les galaxies sur lesquelles il avait trainé sa coquille, la Terre était sans conteste celle ou les scénarii de SF étaient les plus pourris. En disant cela, il me tendait un exemplaire de la bible qui l’avait manifestement fait hurler de rire. Moi, je classerais plutôt ça dans la fantaisie, mais bon. Non, en fait, je crois qu’ils sont venus rendre justice à David Vincent.

Pierre Bordage : Un complot ? Comme vous y allez ! Je vois mal des confréries secrètes d’ET décider de l’avenir des auteurs de SF.
Ils s’intéressaient plutôt aux gouvernements terrestres. Leur seule réaction à nos écrits est sans doute de bien rigoler entre eux de nos inepties (quel soit leur façon de rire : chez certaines espèces, le rire s’apparente à un fracas de vaisselle brisée…).
Parce que, quoi qu’il en soit, la réalité dépasse, et de loin, la fiction

Néanmoins, vous avez fait le choix de vous reconvertir en tant que détective privé et notamment dans le cadre d’enquête en lien avec les ET : est-ce que cette décision a été difficile à prendre ?

Laurent Genefort : Au débarquement des aliens, je me suis dit que l’impossible était devenu possible. Moi en enquêteur, c’était hautement improbable, alors, c’est devenu évident.

Laurent Whale: Pas vraiment, en ce qui me concerne, elle était même relativement logique. J’avais déjà commis quelques polars, alors passer de l’autre côté du miroir ne représentait qu’un petit pas pour moi et rien du tout pour l’humanité.

Pierre Bordage : Je n’en aurais jamais eu l’idée. C ‘est Laurent G. qui m’en a parlé lors de notre réunion trimestrielle des AAA — anciens auteurs anonymes. Qui d’autre que nous connaît mieux les ET ? Il y’a un créneau. Je n’ai pas réfléchi très longtemps, je me suis lancé dans l’aventure et ai ouvert une agence de détective privée pour ET à Nantes. Bon, on ne peut pas dire que ça marche très fort, mais ça m’occupe l’esprit en tout cas. Et ça me laisse temps d’écrire, pour moi, hein, ça devient une manie, l’écriture, à force, je ne suis pas encore désintoxiqué.

Vous publiez le détail de vos 3 premières enquêtes chez ActuSF : quel objectif souhaitez-vous atteindre dans le partage de cette expérience ?

Laurent Genefort : J’espère, comme mes collègues j’en suis sûr, que nous donnerons l’exemple à la génération qui vient. Être enquêteur est presque aussi excitant et financièrement presque aussi
rentable qu’être auteur de SF.

Laurent Whale: Souhaiter que les terriens fassent preuve d’une plus grande compréhension des peuples étrangers me paraît relever de la pure science-fiction. Pourtant, depuis que nous avons résolu ces cas épineux, la demande ne cesse de croître. J’espère que d’autres détectives se mettront sur les rangs pour aider nos amis E.T et, accessoirement, soulager nos agendas. Ce ne sont pas les affaires qui manquent. Tenez, pas plus tard qu’hier, un Totoro me sollicitait justement pour… Mais ceci est une autre histoire !

Pierre Bordage : Eh bien, je suppose que la manie d’écrire dont je viens de parler était trop forte. C’est seulement que je suis passé de la littérature de fiction à la littérature d’autofiction, parce que la fiction nous dépassés. Et que le seul sujet qui me reste, c’est moi-même, ma petite personne. Et puis ça permet aux gens d’entrer dans l’intimité d’ET plutôt rigolos.

Pensez-vous que vous continuerez à partager ces enquêtes avec vos lecteurs (qui ne manqueront pas de vous suivre dans cette nouvelle aventure) ?

Laurent Genefort : Pourquoi pas ? Et pourquoi pas d’autres auteurs ou auteures, d’ailleurs ? Quant à ceux qui ne voudront pas nous suivre dans cette nouvelle aventure, je les laisse à Laurent Whale. Il saura quoi en faire.

Laurent Whale :C’est une idée intéressante. J’avoue que la perspective m’emplit d’une joie qui ferait pâlir de jalousie un Monopodien polychrome. En outre, nous avons lié connaissance avec certaines espèces qui raffolent de la chair humaine, nous saurions donc quoi faire des lecteurs récalcitrants.

Pierre Bordage : Il faudrait déjà qu’ils me suivent. Et que’l’éditeur soit satisfait des ventes. Des éléments que je ne contrôle pas. Ni les lecteurs ni les éditeurs ne sont faciles à contenter (quoi que je soupçonne ces derniers de dissimuler leur satisfaction…)
Si ces deux conditions sont réunies, ça reste ouvert. Et puis j’espère que d’autres détectives viendront nous raconter leurs propre aventures.

Dans ce nouveau monde, quel conseil nous donnez-vous ?

Laurent Genefort : Always give up, always surrender.

Laurent Whale : Ne jamais tester la cuisine Slug’.
Sauf peut-être le klephope aux nirgals. Et encore.

Pierre Bordage : Soyez vous-mêmes en toutes circonstances, ne vous fiez surtout pas aux apparences, l’afflux massif des ET apparaît pour les uns comme une malédiction, un danger, mais je crois que nous, humains, avons beaucoup à apprendre de nos visiteurs galactiques. Gardon l’esprit ouvert.

Un petit mot de conclusion ?

Laurent Genefort : Un grand et sincère merci à Pierre Bordage et à Laurent d’avoir accepté de jouer le jeu. Ca n’était pas évident ! Et à Jérôme, bien sûr.

Laurent Whale :Merci à mes deux camarades de jeu et à Jérôme Vincent notre éditeur chéri-adoré, ainsi qu’aux lecteurs que la perspective de finir dilué dans la poche stomacale d’un Ziwurf a convaincu de nous suivre. Un grand sproutch baveux au détective R. Neforget d’avoir initié ce projet et de m’y avoir convié. Pour conclure, je citerai également le grand vulcanosophe Haroun Tazieff : « Lave hérissée hait tailleur ».

Pierre Bordage : J’ai été ravi de partager mes expériences de détective avec vous. Et d’avoir pu de nouveau écrire pour les lecteurs. Je me sens moins déprimé.

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