Le Monde de Mekklouf de Conrad de Brest

Odal, il a foiré son tour de magie. Le public applaudit quand même. Il ne s’en rend pas vraiment compte, le public, il pense que l’objectif du tour était de dénoyauter le clitork. Ça continue. Odal Alutt et sa muse tentent de faire maintenant une lévitation, alors les voilà qui partent tous les deux en l’air, qui tourbillonnent comme un ballon qui se dégonfle brutalement, virevoltent, se tamponnent, s’encastrent, tombent, repartent, finissent par se gaufrer tous les deux ! CLONK !!! PLAFF !!! contre le mur des trophées !,… (là où Plankabouf accroche les animaux qu’ils chassent). Punaisés d’abord, les deux artistes se décrochent, s’explosent par terre, se relèvent, saignent du nez, saluent le public avec déférence et puis repartent sur scène pour continuer le spectacle.
Arrive ensuite le numéro de l’enchaîné. La muse prend des chaînes lourdes, solides, entoure Odal Alutt, l’attache… celui-ci est ensuite jeté dans un bocal plein d’eau. La salle inquiète retient son souffle,… hélas pas Odal ?!!! on le sort du bocal aux trois quarts noyé, éructant, crachant, rôgerbant de partout. Pas grave. On détache le magicien qui se relève, titube, le public applaudit, on n’avait jamais vu un mage rôgerber comme ça, un geyser énorme, des grumeaux de clopofs en crépi plein les murs, par bouchées monstrueuses ! On en mange, tellement il y en a.

Lors de son grand festin annuel organisé à la taverne de Plankabouf, le célèbre mage Odal Alutt, descendant de l’ordre des mages tschoh, réveille le sorcier Savath Chieh, un adepte des forces du mal, qui, en toute logique, devrait réveiller Padbitt, un des dieu “pas trop bien” qui plongerait alors le monde dans le chaos. Aussitôt convoqué par les membres du MOUUCS, l’autorité politique suprême du monde de Mekklouf, Odal Alutt est chargé de rendormir Savath Chieh pour empêcher la fin du monde. Dans sa quête, il est accompagnée de Fouaff le Monstronff et de Fricandelle la Blonde, qui se sont portés volontaire pour accompagner le mage sans se rendre compte de ce qu’ils faisaient. Ils doivent alors se rendre jusqu’au forge de Gnîiiheuuu, en plein territoire “pas trop bien”, à des milliers de kilomètres de chez eux. Une mission longue, éprouvante et semée d’embûches.

Le Monde de Mekklouf, une histoire bizarre, un jeune éditeur, un auteur anonyme mais un éditeur sous pseudonyme, avec plein de choses étranges qui en font une histoire pas comme les autres, mais pas forcément dans le sens extraordinaire. Premier roman d’un éditeur, Intense Fictions, qui ne vend que sur le net et a publié pas moins de cinq romans en quelques trois mois. Un livre qui, en outre, bénéficie d’une impressionnante campagne marketing sur le net, aussi bien sur les forums que sur le site de l’éditeur, sans pour autant apparaître sur les sites officiels. Autant de détails qui m’ont poussé à m’interroger sur cet étrange phénomène que l’on appelle Le Monde de Mekklouf.

D’abord, une impression négative se dégage du livre en lui même. En effet, le quatrième de couverture nous propose un quatrième ordinaire, avec une présentation de l’histoire, de ses personnages et de ce qu’ils vont devoir faire. Classique me direz-vous, si ce n’est qu’en dessous apparait un nouveau paragraphe, intitulé l’histoire en réalité et s’opposant au premier intitulé lui l’histoire en apparence. Dans cette suite au quatrième de couverture, des révélations sur ce qu’est en fait l’histoire et qui décrypte sommairement son contenu, nous indiquant ce que nous devons y voir. Aussitôt, une question s’impose à l’espritdu lecteur que je suis. L’éditeur nous prend-il pour des imbéciles incapables de voir le second degré sous ce texte ou alors nous raconte-t-il des conneries en essayant de nous pousser à chercher un contenu intrinsèque qui n’y est absolument pas, rendant nos interprétations hasardeuses et surtout sans aucun rapport avec l’histoire. Un second paragraphe en tout cas totalement superfétatoire, pour ne pas dire orgueilleux. Il n’apporte rien, et au contraire, dessert l’oeuvre en cherchant à lui attribuer une chose qu’un lecteur doit voir lui même, si cette chose existe vraiment.

Ensuite, Le monde de Mekklouf se base sur une soi-disant découverte d’un manuscrit écrit dans une langue inconnue et antédiluvienne, et que Conrad de Brest aurait, fort de son expérience d’archéologue, réussià déchiffrer au terme de dizaines d’années d’effort. Il aurait baptisé cette langue, langue en gelée, ce qui discrédite la version scientifique de ce livre. Rien n’y est crédible, puisqu’en plus, ne disposant pas d’une pierre de Rosette, et ayant en face de lui un texte totalement différent de ce à quoi il est habitué, puisque vieux de plusieurs centaines de millions d’années, il semble impossible de le déchiffrer. En fait, Rêve de fer de Norman Spinrad me semble pour ma part plus crédible comme supercherie littéraire que Le Monde de Mekklouf, c’est dire. L’auteur veut nous présenter un monde original, avec des strcutures syntaxiques, un bestiaire, un mode de vie différent, mais autant le dire immédiatement, et se servir de cette différence comme un atout au lieu d’essayer de se mettre dans la peau d’un archéologue, qui ponctue l’histoire de commentaires stupides à trrvers lesquels il nous prend encore pour des imbéciles. D’ailleurs, dans la continuité de cette position scientifique, le prologue de départ, censé nous présenter l’histoire, est plutôt lourd et redondant, bien que logique dans un sens, puisque l’auteur présumé du texte n’aurait pas présenté de la même manière le monde étrange de Mekklouf.

Enfin, l’histoire en elle même ne tient pas ses promesses. Il nous promet un humour formidable dans un univers fantasy, ce que aussitôt nous pensons pouvoir rapprocher de ce que fait Terry Pratchett ou Catherine Dufour. Alors qu’au contraire, il est plutôt semblable à un livre de la veine de Lordof the Ringards, mais en plus mauvais. ( ce qui n’est pas gagné d’avance). L’humour est grossier, vulgaire, et extrèmement répétitif.(une fois qu’on a compris pour les formules magiques, on nous en assène encore des couches et des couches). Les situations pourraient sembler comiques, mais elles sont si mal traitées que l’effet est mitigé, nous laissant sur notre faim. En fait, c’est surtout le style qui fait défaut. Le texte nous propose une écriture différente de ce que à quoi on peut s’attendre, une écriture qui, ma foi, est celle que j’attendais depuis longtemps. Les lieux communs et les expressions changent, puisque les référents sont différents de ceux que nous connaissons, le vocabulaire est adapté à l’époque, enfin une foule de détails syntaxiques qui pourraient enrichir considérablement l’histoire, si seulement il avaient été utilisés avec plus de parcimonie. Leur excès rend le texte parfois illisible, voire ennuyeux. Et c’est la mort de la diégèse, car ce qui est drôle ne le devient plus, le mécanisme s’engrippe, et ça ne marche plus. On essaye de s’accrocher, mais la progression devient pénible, à peine renouvelée par quelques bonnes idées ici ou là, vite annulée par le retour des défauts, plus écrasants que jamais.

Ajoutez ceci à une mise en page approximative, à une orthographe pas encore au point, et à cette prétendue histoire en réalité, que nous devons déchiffrer sous le fatras d’idioties censément drôles dont nous sommes assomés – alors que ce n’est en réalité que quelques dialogues parsemés ici ou là, un peu polémique certes, mais rien d’extraordinaire que n’a déjà fait la sfff française avant – et vous avez le tableau d’un livre qui est pour le lecteur une immense déception. Ah oui, il y a une belle présentation vidéo sur le site de l’éditeur, et des idées originales comme l’absence de manichéisme remplacé par un côté “pas si mal” et un autre camp “pas trop bien”, des antihéros pas si mauvais quoique trop exagérés, mais rien d’exceptionnel au fond. Beaucoup de promesses intéressantes, qui auraient pu donner un très bon livre pour peu qu’elles aient été mieux traitées et aient bénéficé d’un style plus fluide et plus accrocheur, mais qui malheureusement restent un peu en friche. Dommage, la tentative était belle,et le produit fini ne vaut pas le coup.

Lors de son grand festin annuel organisé à la taverne de Plankabouf, le célèbre mage Odal Alutt, descendant de l’ordre des mages tschoh, réveille le sorcier Savath Chieh, un adepte des forces du mal, qui, en toute logique, devrait réveiller Padbitt, un des dieu “pas trop bien” qui plongerait alors le monde dans le chaos. Aussitôt convoqué par les membres du MOUUCS, l’autorité politique suprême du monde de Mekklouf, Odal Alutt est chargé de rendormir Savath Chieh pour empêcher la fin du monde. Dans sa quête, il est accompagnée de Fouaff le Monstronff et de Fricandelle la Blonde, qui se sont portés volontaire pour accompagner le mage sans se rendre compte de ce qu’ils faisaient. Ils doivent alors se rendre jusqu’au forge de Gnîiiheuuu, en plein territoire “pas trop bien”, à des milliers de kilomètres de chez eux. Une mission longue, éprouvante et semée d’embûches.

L’histoire en apparence :
Les forces du pas trop bien ont été réveillées. Sâvath Chieh le grand magicien, ennemi juré d’Odal Alutt le mage Tschoh, est sorti du sommeil éternel dans lequel le journal « Le monde » l’avait plongé (« Le monde de Mekklouf », bien sûr). Éveillé brutalement en pleine nuit des temps, il est très énervé — car ne pas faire sa nuit, surtout la nuit des temps, ça le rend impraticable. Alors, il nous fait sa coquette, plus rien ne va plus, il en veut à la terre entière ; et comme ça, sans raison, pas même des raisons hégémoniques de tyran, de maître du monde ! Non, des raisons d’acariâtre en fait !, il veut alors retrouver Pâdbitt et lui demander d’exécuter ses sortilèges pour rompre l’équilibre harmonieux du monde de Mekklouf. Ainsi les forces du pas trop bien seront réveillées, elles se substitueront aux forces en place, celles du pas si mal ! Alors la terreur recouvrira de sa langue ténébreuse l’éblouissement des jours, et la nuit éternelle s’installera.

L’histoire en réalité :
Cette aventure agitée, passionnante, est pleine de rebondissements. Seulement, ce récit enjoué, humoristique, cache en son sein un double fond, une réalité absolument terrifiante !, car cette réalité est proche, quasi semblable au devenir cataclysmique du monde contemporain.

Intense Fictions (2007)270 pages 16.90 € ISBN : 978-2-9529310-0-7 En savoir plus

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