Station solaire de Andreas Eschbach

Léonard Carr est le responsable de la sécurité et de l’entretien, autant dire factotum comme il le dit lui même, à bord du Nippon, la station spatiale construite par l’Aérospatiale japonaise en orbite autour de la Terre. Il est l’un des neuf membres d’équipage à y vivre pour mener une expérience qui pourrait révolutionner l’approvisionnement en énergie de toute l’humanité. En effet, cette station solaire essaye de récupérer de l’énergie solaire pour ensuite la retransmettre par laser à une autre station située au large d’Hawai. Un véritable défi posé à la science humaine, d’autant qu’avec l’épuisement imminent des puits de pétrole, cette expérience s’avère autant pressante que capitale.
Mais fait plus extraordinaire encore, Léonard est américain, ce qui n’est plus une référence dans la recherche spatiale depuis qu’en 1999, la NASA ait fermé ses portes et condamné tous ses projets. Parallèlement, l’Europe s’est effondré, donnant naissance à des dizaines de micro-états reléguant la conquête spatiale un doux rêve, tandis que l’Afrique mourait du Sida, et que le reste du monde survivait péniblement en affrontant les affres de la pénurie énergétique. Tous les pays ? Non, un minuscule archipel résiste encore et toujours à la décadence : le Japon. Ce qui explique leur prééminence en la matière. Et si Léonard fait partie de ce programme, c’est parce qu’il est le meilleur dans son domaine, tout américain qu’il soit.
Or, la transmission de l’énergie par laser ne fonctionne plus depuis deux mois. L’équipage cherche en vain l’origine de la défaillance. Le commandant soupçonne un sabotage et fait par de ses doutes à Léonard. Le lendemain, on retrouve l’ingénieur de l’énergie mort dans sa chambre, trois impacts de balle dans la poitrine. Peu après, on se rend compte que plus aucune radio ne fonctionne dans la station, alors que l’ingénieur mort était le seul capable de les réparer. la tension monte à bord tandis que tous se rendent compte que l’assassin et le saboteur ne peut être que l’un d’entre eux. Huit survivants, autant de possibilité, comment faire confiance à son voisin dans ces circonstances ?


Après nous avoir envoûtés avec un space opéra hors du temps, à l’histoire originale et pacifique, ainsi qu’avec une histoire plus contemporaine, mais frôlant la hard sf avec une humanité rarement atteinte dans ce sous genre de la science-fiction, nous retrouvons Andreas Eschbach dans Station Solaire. Station solaire raconte l’équipée de neuf hommes et femmes enfermés dans une station orbitale à quatre cent kilomètres au dessus de nous, confrontés à une situation exceptionnelle et inédite dans l’espace : un crime.
Les enquêtes policières avaient déjà été abordées de nombreuses fois dans le cadre de la sf, mais tout est ici différent. Car nous avons affaire à un incroyable huis clos, qui n’est pas sans rappeler les dix petits nègres d’Agatha Christie, à la fois proche de nous temporellement mais qui met en scène de nombreux enjeux, qui dépassent le sujet originel, et touchent notamment au terrorisme ou à l’écologie.
L’écologie, revenons y justement, car Station solaire démontre avec brio son plus grand paradoxe. Sans vouloir critiquer les théories écologistes, on voit néanmoins que lorsque des efforts sont faits pour protéger la nature par l’utilisation de technologies différentes et censées être moins polluantes, les écologistes se plaignent encore des dommages collatéraux occasionnés par cette technologie. Une sorte de cercle sans fin, puisque chaque nouvelle innovation pouvant apporter une amélioration est critiquée, car pas assez propre, pas assez respectueuse de la nature. Et finalement, à force d’inaction, on pourrait aboutir à la catastrophe, car les compromis nous ont aveuglés et l’occasion est passée. Ici, c’est le cas avec le laser qui transmet l’énergie, car même s’il permet de remplacer le pétrole, il détruit des écosystèmes. Et pour les écologistes, c’est tomber de Charybde en Scylla, alors autant s’abstenir.
Revenons à nos moutons. Un meurtre est commis, et forcément, le meurtrier ne peut qu’être l’un des huit membre d’équipages. C’est là tout le problème, et pour compliquer les choses, la radio a été sabotée, donc la base ne peut pas être contactée, l’équipage doit se débrouiller lui même. Se posent alors d’angoissantes questions, car le meurtrier pourrait recommencer, et surtout, il pourrait être n’importe qui. Une situation propice à la paranoia superbement décrite par l’auteur, mais qui sait aussi ne pas rester sur la même idée et rebondir dessus pour nous proposer une seconde histoire. Le roman regagne un second souffle avec la révélation des véritables motivations de ce meurtre, car le but n’est pas de connaître l’assassin – on le sait assez vite – mais pourquoi. Et c’est là que l’histoire commence vraiment. Car avec une station orbitale comme scène, tout est chamboulé, et aucune des réactions normales ne peut être appliquées ici. Et c’est le bouleversement dans les habitudes, et aussi dans les comportements suivant un crime qui vont être étudiés et analysées par Andreas Eschbach.
Sans vous révéler la finalité de l’histoire, sachez que le retournement de situation sera surprenant et réussira à retenir votre attention. A partir ce de moment-là, l’action sera plus soutenue, et l’histoire plus palpitante. L’auteur a réussi à nous amener subtilement jusque là, et alors que les vies des astronautes s’entrecroisent, que leurs destins se lient, va s’amorcer une longue chaîne d’actions-réactions aboutissant à la résolution du problème. C’est bien écrit, palpitant, mélangeant avec talent le thriller et la science fiction. Ce n’est certes pas aussi émouvant que ses précédents livres, mais la qualité est indéniablement là, ainsi que le plaisir de l’avoir lu.


2015. La station expérimentale Nippon orbite à quatre cents kilomètres de la Terre. Son rôle : étudier et développer les technologies de captage et de transmission de l’énergie solaire depuis l’espace. Le succès de la mission ouvrira de nouveaux espoirs à un monde qui dévore ses sources d’énergie.
Alors pourquoi des incidents à bord laissent-ils soupçonner qu’une entreprise de sabotage est à l’Œuvre ?
Pire est la vérité : avec la découverte d’un premier meurtre débute le compte à rebours d’un plan diabolique dont on ne comprendra que trop tard l’objectif.
Neuf hommes et femmes en apesanteur dans le huis clos de la station solaire.

L’Atalante La Dentelle du cygne (2000)315p pages ISBN : 2-84172-129-9
Traduction : Claire Duval
Titre Original : Solarstation (1996)

Couverture : Vincent Madras
L’Atalante 2000

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