Didier Graffet

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Réalisée par :Face-à-Face
Date :Octobre 2007 – 25ème
Allan : Didier, quelle est ta méthode de travail pour la réalisation des couvertures ?
Didier : Cela dépend des circonstances. Une chose est certaine, je préfère travailler avec le texte à côté de moi : avec la première édition dans le cas où je réalise la couverture pour une réédition ou le tapuscrit pour une première parution. Il arrive aussi que l’éditeur ait une idée très précise de l’illustration qu’il souhaite. De même, il m’arrive d’échanger avec l’auteur pour voir ce qu’il attend lui aussi de la couverture.
Je me fie pas mal à l’ambiance pour la réalisation de la couverture, et cette ambiance est bien souvent présente dès les premières pages.

Allan : Fais-tu des choix parmi les illustrations qui te sont demandées ?
Didier : Non, je ne vois pas pourquoi je refuserais de réaliser une couverture. Effectivement, si je regarde en arrière, j’ai le sentiment d’avoir fait une erreur en réalisant la couverture d’ In Nomine Satanis, un jeu de rôle fantastique. Sur cette couverture, figurait par exemple des croix renversées, …des éléments qui détournent des symboles forts pour de nombreuses personnes. Quand je l’ai revue après, je me suis dit, des enfants voient ça, ce n’est pas très sain…et je pense qu’on ne peut pas tout transgresser et rire de tout, surtout à notre époque.

Allan : Pourquoi ce choix de la fantasy en particulier ?
Didier : J’aime bien aussi le fantastique, peut-être plus d’ailleurs que les univers fantasy.
Si la fantasy a pour moi une importance particulière, c’est parce que j’aime l’idée du voyage, du mystère, les paysages brumeux, qui laissent l’imagination tenter de percer ce qui se cache derrière. Ce sont ces mêmes éléments qui me pousseraient à peindre.
La fantasy m’amène des mondes dans lesquels je peux voyager, imaginer. Rien n’est ancré. Ma façon d’être aussi m’amène à ce choix, le souvenir de mon pays d’Auge, les histoires qu’on se raconte étant enfant lorsqu’on se promène dans les sous-bois…Les lieux m’inspirent.. Mes références sont plus du domaine du sensible que littéraires et tiennent plus du ressenti que de la culture. Je suis par essence plus “nature” qu’urbain…
J’aime la fantasy pour son côté romantique aussi, j’aime les univers qui reposent sur une culture qui a existé et dont l’auteur s’est inspiré pour le tordre et le transformer. En cela la Compagnie Noire à un petit côté indou, maya que je voulais reproduire sur mes illustrations.
Je me rends compte que les éléments et les choses naturelles m’attirent énormément. Je photographie les arbres , la mer …ce qui est naturel est fascinant et contient toute la magie créatrice ;. je regarde souvent le ciel et il m’arrive de le photographier en prenant soin de ne pas intégrer les immeubles qui l’entoure. C’est étonnant de voir comme les personnes regardent le bout de leur pied ! A certains moments, la luminosité est telle que le ciel est magnifique et beaucoup passent à côté…Un ciel après un orage a des couleurs fabuleuses, un contraste de lumières qui m’inspire et se retrouve souvent sur une de mes images. Je suis un contemplatif avec les pieds sur terre

Allan : Quel est à ton avis l’impact de l’illustration de couverture sur le lecteur ou le futur lecteur ?
Didier : Il doit forcément en avoir un. La couverture est à mon sens un objet commercial : mais ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un objet commercial qu’il doit être dénué de sensibilité !
Aujourd’hui encore je me pose la question de savoir pourquoi mes images interpellent le lecteur (c’est ce que l’on me dit). Peut-être parce que je retranscris des lieux que j’aime bien et que du coup cette sensibilité touche les gens car eux aussi, d’une certaine manière ils les connaissent.Il suffit de les regarder autrement. J’arrive, je pense, à imposer un univers personnel à mes couvertures.

Allan : Et le Artbook ?
Didier : Je dois dire que c’est Bragelonne qui me l’a proposé. Je ne pensais pas qu’il était encore temps, mais je trouve ça super de me l’avoir offert. Pour moi c’est plutôt quelque chose que l’on fait à la fin de sa vie, prendre le meilleur et en faire un livre . Quand il est indiqué que c’est Didier Graffet qui a choisi les images du Artbook, ce n’est pas entièrement vrai, certaines ont été aussi choisies par l’éditeur et c’est important, car l’éditeur n’a pas le même regard professionnel sur mon travail que celui que je pourrais avoir. Certaines des images présentes dans le Artbook me plaisent moins mais sont tout aussi importantes.

Allan : Que ressens-tu face au résultat ?
Didier : C’est un beau livre mais je ne suis pas bon juge comme je le disais car j’ai ma propre vision de chaque image, et notamment du processus de création. C’est aussi pour cette raison que j’ai laissé l’éditeur choisir des images, il n’a pas la même vision du résultat et à sa propre vision de ce qu’est l’illustration. Je me suis trop impliqué dans chaque image. Dans ce que je fais, je mets beaucoup d’émotif et des éléments très personnels. Dans mon espace de travail, il y a des photos de ma famille, et il y a un peu d’eux qui transpirent dans ce que je fais.
Je suis beaucoup plus sincères aujourd’hui que je ne l’étais à mes débuts notamment parce qu’on me le permet…et surtout ma technique a évolué, m’offrant la possibilité d’être au plus près du texte Par exemple, au début, une de mes “marques de fabrique” étaient le métal, et il m’était très souvent demandé d’en mettre : aujourd’hui j’ai plus de liberté et je peux me permettre de faire autre chose, d’expérimenter sans me contenter d’intégrer des éléments que je maîtrise… C’est une question qu’on ne se pose pas au début : on fait ce qu’on peut et sait faire.

Allan : Et que voudrais-tu dire sur tes illustrations ?
Didier : Je voudrais insister sur le fait que pour moi, la fantasy est synonyme de voyage et que du mystère doit apparaître sur la couverture, tout ne doit pas être révélé. Au cours d’un roman, on apprendra tout sur les personnages, il est donc essentiel que l’illustrateur laisse une ouverture sur le paysage, l’environnement ou le personnage. Si j’en dévoile trop je bride l’imagination du lecteur en la figeant avec trop de détails. Si on reprend l’illustration de la couverture du ArtBook, on voit bien évidemment le bateau, qui est un univers fermé, on peut s’imaginer à l’intérieur, on devine assez facilement ce qu’il peut contenir, même si nous n’avons pas une vision très précise. Par contre, si on regarde en haut de la falaise, on peut voir une lumière et cette lumière n’a pas d’explication “finie”: il peut s’agir d’une bataille qui se déroule à l’abri de nos regards ; cela peut-être aussi une cite avec ses éclairages ; c’est peut-être encore autre chose. De la même façon, si l’on s’intéresse au pont apparaissant légèrement à travers le brouillard, on est bien en peine de dire d’où il vient et où il va : il ouvre sur autre chose. Il est très important de toujours laisser une porte ouverte pour ne pas cloisonner ce monde.
Ces deux éléments – le pont et la montagne – sont deux éléments récurrents dans mes images. L’enfance y est probablement pour beaucoup : il me rappelle des petits chemins dans la roche, des paysages de Bretagne,…
Je pense que le jour où je n’aurais plus rien à dire à travers mes dessins, où je n’aurais plus l’envie de peindre il faudra que je passe à autre chose : je suis illustrateur, c’est mon statut d’indépendant mais je me sens plus peintre.

Allan : As-tu envie de nous parler d’une illustration en particulier ?
Didier : Celle des guerriers de l’hiver a une histoire particulière. Au début, l’image que j’avais définie avec les Editions Bragelonne était beaucoup plus centrée sur les trois personnages principaux se trouvant de l’autre côté du pont ; et puis, à mon retour de vacances, j’ai appris que David Gemmell nous avait quitté(NdW : David Gemmell est mort durant l’été 2006)… Les Editions Bragelonne ont décidé de me faire transformer l’image en agrandissant le cadre et faire apparaître ainsi une grande partie du personnage du premier plan, qui tient un fléau.
Je suis persuadé qu’il existe un lien entre écrivain et illustrateur car je rentre dans son univers par un autre biais celui de l’image. Le jour ou j’ai retravaillé cette couverture, David Gemmell était peut-être au dessus de mon épaule…c’était une sensation étrange…

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