Interview : Roland C. Wagner

Réalisée par :mail
Date :mars 2006
Durant la 25ème heure du livre, j’ai rencontré le sieur Roland C. Wagner avec qui nous avons pu échanger quelques mots avant de laisser place aux badauds venus rencontrer leurs auteurs favoris. Discussion qui se prolonge ici avec une interview de Roland qui en profite pour nous annoncer l’arrivée prochaine d’un neuvième tome des aventures de Tem…

Allan : Bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à quelques unes de nos questions. Roland : Si vous pouviez retirer ce couteau de ma gorge et ce revolver de ma tempe, ce serait gentil.

Allan : Je pense qu’il n’est nul besoin de te présenter mais tout de même, de quelle manière te définirais-tu en tant qu’homme ?
Roland : Je suis tolérant, sauf avec l’intolérance. Je suis un adversaire résolu de la violence, mais faut pas me prendre la tête. Et je veux pouvoir rire de tout, y compris — et surtout — des religions et de leurs prophètes.

Allan : Tes écrits sont nombreux mais essentiellement orientés SF : y a-t-il une raison particulière ?
Roland : À de très rares exceptions près, toutes les idées de texte qui me viennent sont des idées de science-fiction. C’est aussi simple que ça.

Allan : Quels sont les auteurs qui t’ont marqué récemment ?
Roland : Mary Gentle et Catherine Dufour, dans deux registres très différents.

Allan : Que penses-tu de l’attitude des médias vis-à-vis des littératures de l’imaginaire et depuis plus de 15 ans que tu écris, as-tu remarqué un changement d’attitude ?
Roland : Pas vraiment. L’ignorance et l’hostilité vis-à-vis de la SF sont toujours de mise, et l’incompétence continue à régner dans la presse comme sur les ondes. Il me semble également certains « journalistes » à l’éthique douteuse pratiquent une forme de censure rampante, si j’en juge par l’application avec laquelle ils n’ont pas parlé de La saison de la sorcière, et encore moins de Pax Americana. Je suis prêt à parier qu’ils ne diront pas non plus un mot de L.G.M. qui est encore plus acide et mordant sur le plan politique. » Accessoirement, je récuse l’appellation “littératures de l’imaginaire”, qui est dénuée de sens. Mettre fantasy et SF dans le même sac est une connerie sans nom, contre laquelle je me suis toujours battu et je continuerai à me battre. C’est un amalgame équivalent à celui qui consiste à placer science et religion sur un même plan.

Allan : Depuis quelques temps, les genres de l’imaginaire, notamment la fantasy, reviennent sur le devant de la scène : à quoi attribuerais-tu ce renouveau ?
Roland : Je n’ai pas grand chose à dire au sujet de la fantasy, sinon que sa vogue récente est à l’évidence liée à la sortie du Seigneur des Anneaux au cinéma. En ce qui concerne la SF, je n’ai pas l’impression qu’elle ait « quitté le devant de la scène », sinon sur un plan éditorial, et uniquement pour des histoires de gros sous. Cela ne serait pas arrivé si les deux genres étaient séparés sur le plan commercial, et notamment dans les rayons des librairies. Quant au « renouveau », c’est depuis des lustres un véritable serpent de mer.

Allan : On s’est rencontré à l’occasion de la 25ème heure du livre : es-tu friand de ce genre de rencontre ?
Roland : Franchement ? Non. Je préfère rester chez moi à travailler plutôt que de courir dans toute la France pour signer des bouquins. C’est pourquoi je n’accepte que très peu de séances de dédicaces, et de préférence pas trop loin de chez moi. Le boulot d’un écrivain, c’est d’écrire des livres, pas d’en faire la promotion — ça, c’est à l’éditeur de s’en occuper.

Allan : Que t’apportent en tant qu’auteur ces séances de dédicaces ?
Roland : Malgré ce que je viens de dire, j’apprécie vraiment de rencontrer des lecteurs, même si c’est avant tout pour eux, et non pour moi, que je fais l’effort de me déplacer.

Allan : Je viens de terminer Kali Yuga, le huitième volet des Futurs Mystères de Paris, et la première qui me vient à l’esprit est lié à la présentation de l’Atalante… En quoi, les Futurs mystères de Paris se rapprochent-ils des Mystères de Paris, Nouveaux mystères de Paris et Derniers Mystères de Paris ?
Roland : Eh bien, outre l’évident point commun géographique, les Futurs Mystères se situent directement dans la continuité de la littérature populaire illustrée par ces illustres prédécesseurs — avec cependant quelques méta-dimensions supplémentaires inscrivant la série dans une perspective qui va bien au-delà du si commun post-modernisme pseudo-expérimental qui passe régulièrement pour la toute dernière nouveauté aux yeux de ceux qui ne voient que la surface d’un texte. Entre parenthèses, c’est aussi le cas pour L.G.M., qui vient de paraître au Bélial’, ainsi que pour bon nombre de mes autres textes.

Allan : Cette manipulation en masse en vue de truquer des élections, elle t’est venue d’où ?
Roland : En 2002, dans ma circonscription, le deuxième tour des législatives opposait une écologiste à un crypto-fasciste raciste et homophobe dissimulé comme pas mal de gens d’extrême-droite sous l’étiquette UMP. C’est ce petit nervi névrosé qui a été élu, avec un discours haineux et xénophobe franchement émétique. Dans le monde des Futurs Mystères, il y aura toujours un Kali Yuga pour empêcher ce genre d’individu peu recommandable d’accéder à des fonctions officielles. Oui, je sais, c’est une utopie.

Allan : Tu te posais la question de savoir ce que je penserais du huitième volume sans avoir lu les précédents : je peux te dire que je n’ai rencontré aucune difficulté à le comprendre (si ce n’est un ou deux passages) : était-ce voulu ?
Roland : Oui. Chaque volume est autonome bien qu’il s’inscrive dans un ensemble d’intrigues plus global dont certaines courent sur plusieurs titres, voire l’ensemble de la série. Comme je l’ai dit tout à l’heure, la méta-structure est très complexe, et riche en expérimentations de toutes sortes. En fait, le fond de mon travail est constitué par une véritable expérimentation à tous les niveaux, avec remise en question permanente du fond comme de la forme, du sens comme du support, du flux d’information comme du médium — le tout en ayant soin de ne jamais être ennuyeux et de me prendre le moins possible au sérieux.

Allan : Comment t-y prends tu pour écrire un roman : trame travaillée ou évolution au fil de la plume ?
Roland : Ça dépend du roman. En général, je sais plus ou moins où je vais, mais pas forcément comment j’y vais ; cela dit, il m’arrive de temps en temps de rédiger un résumé de l’intrigue. Par exemple, L.G.M. a plutôt été écrit au fil de la plume avec une idée assez claire de la fin, alors que, pour le prochain Futur Mystère, je me suis fendu d’un synopsis de vingt pages.

Allan : Va-t-on revoir Tem d’ici peu ?
Roland : Mine de rien, le neuvième volume, paraîtra en avril avec la réédition de Tekrock. La seule chose que je peux en dire, c’est que les fans de la série vont avoir pas mal de surprises — dont certaines de taille.

Allan : Quels sont les autres romans que tu as en cours ?
Roland : En ce moment précis, aucun. Je me repose en faisant de la révision de traduction. Je collabore aussi avec Sylvie Denis sur la traduction de Time, de Stephen Baxter. Ensuite… eh bien, peut-être sera-t-il temps de me lancer dans la suite du Chant du cosmos, à moins que je ne termine le dyptique commencé avec Le temps du voyage.

Allan : Tu m’indiquais que tu nous avais rendu visite : qu’as-tu pensé de notre site ?
Roland : J’aime son esthétique et sa lisibilité. Il ne reste plus qu’à l’étoffer — une simple question de temps.

Allan : Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Roland : Des sous. Plein de sous. C’est la seule chose qui me manque aujourd’hui.

Allan : Le mot de la fin sera :
Roland : Sevagram.

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