Interview de Renaud Marhic

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© Schroeder Philippe
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Rencontré à la 25ème heure du livre cette année encore, rendez-vous est pris pour une interview par mail du premier volume des Lutins Urbains.

Bonjour Renaud, et tout d’abord merci d’avoir accepté de répondre à quelques-unes de nos questions dans le cadre de la sortie du premier volume des Lutins Urbains. Je commencerais par te demander si tu peux te présenter à nos lecteurs…

À 48 ans, j’ai publié une quinzaine d’ouvrages chez divers éditeurs et dans divers genres. En matière de littérature de l’imaginaire et de littérature jeunesse (dans mon cas je préfère parler de littérature « 7-77 » ans), je ne peux mieux définir mon travail que l’avait fait la critique Patricia Châtel : un « merveilleux merveilleusement incorrect ». Le premier tome de mes Lutins Urbains lui est d’ailleurs dédié.

Quand on lit ta biographie, nous voyons que tu as plusieurs casquettes et notamment celle de journaliste / essayiste : y a-t-il un rapport pour toi entre cet univers et celui d’écrivain jeunesse ou est-ce un exutoire ?

Je me consacre désormais quasi exclusivement à la littérature. Mais il est indéniable que mon expérience en matière de journalisme d’investigation ne cessera jamais d’alimenter ma plume de romancier. Cela, même en matière de littérature de l’imaginaire. Ne l’oublions pas, le héros des Lutins Urbains, Gustave, est un jeune policier. Une profession que j’ai eu l’occasion de voir à l’œuvre…

Tu as travaillé notamment sur les sectes et les pseudo-sciences : est-ce important pour toi de dénoncer ces dérives ?

Le grand amoureux de l’imaginaire que je suis a fait sienne depuis belle lurette la maxime voulant que « le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance ».

Et finalement, quel rapport avec les lutins, korrigans et autres créatures du folklore ?

On a oublié aujourd’hui la signification du mot folklore : « Ce que le peuple sait »… Derrière le drolatique propre au conte, se dissimule bien souvent la critique sociale. Je m’explique : de tout temps, les créatures de Féerie ont eu pour vocation de provoquer les situations les plus délirantes forçant les humains à révéler leur vraie nature. Combien d’avares, de jaloux, de convoiteux démasqués parce qu’ils avaient croisé la route des lutins, des fées… Trop souvent, on a réduit les récits folkloriques à de simples superstitions, alors qu’ils avaient vocation – tout comme les fables de La Fontaine critiquant les puissants – à exprimer des idées difficilement exprimables par ailleurs. Les fables ont accédé au rang de classiques. La tradition orale n’a évidement pas eu cette opportunité…

Que représentent pour toi ces créatures qui font partie de notre imaginaire collectif ?

Ma série Les Lutins Urbains invite le jeune lecteur à une réflexion sur quelques thèmes universels. Il s’agit dans ce premier tome de la notion de « bouc émissaire ». Le deuxième tome abordera la question de la place de l’homme face à la technologie… Le tout sans moralisme. En tout humanisme, je l’espère.

Le premier volume des Lutins Urbains vient de paraître : peux-tu nous en parler un peu plus ?

Rappelez-vous la pizza que vous avez commandée un soir et qui jamais n’est arrivée… Énervant, non ? Bon. Voilà ce qui est désormais le quotidien des habitants de la Grosse Cité (Paris dans quelques années). Évidemment, les autorités se doivent de réagir. La police est pressée d’arrêter le coupable. Et voilà qu’est interpellé un vieux SDF un peu fou, déjà connu du FIPPN, le Fichier des Individus Potentiellement Pas Nets… Pour Gustave – jeune policier du Commissariat de Quartier Adinike® « Avec-Adinike®-le-sport-c’est-toujours-le-pied ! », c’est embêtant. Parce qu’il a vu le voleur. Et que celui-là ressemblait à un singe savant en pyjama. À moins que ce ne soit à un nain barbu en barboteuse. Mais pas du tout au SDF incarcéré ! Pour tenter de réparer cette erreur judiciaire, le jeune policier se lance sur la piste du Pizz’ Raptor. Une piste qui va le mener à l’Université d’Onirie. Là où les Lutins Urbains ont trouvé refuge, sous la protection du mystérieux Professeur B. …

On note dans ton roman que la plupart (tous ?) des services d’État sont maintenant sponsorisés… doit-on y voir une alerte sur la dérive du système consumériste / capitaliste ?

On l’aura compris, au-delà de l’imaginaire, mon goût pour les récits folkloriques et légendaires vient de ce qu’ils révèlent de l’être humain… Et les lutins ont toujours eu horreur de la cupidité ! Pas étonnant qu’ils renvoient en miroir à la société ses pires travers.

Les Lutins Urbains ne sont pas « méchants », tout juste taquins, mais semblent vouloir être cachés à la population parce que… Parce que quoi au fait ?

Dans la société où évoluent les Lutins Urbains, les autorités se sont aperçues que, pour qu’une idée prenne vie, il suffit que suffisamment de personnes y croient. Une Brigade de Répression de l’Onirisme a donc été mise en place. « Pas d’histoires ! » est sa devise. Inutile de dire que les Lutins Urbains ne cadrant pas vraiment avec la pensée unique, officielle et médiatique, il est forcément déconseillé de croire en eux…

Ce premier titre est un premier contact avec le Professeur B. et ses amis, à quand le deuxième ?

Le printemps 2014 devrait voir réapparaître les Lutins Urbains et, en particulier, le dénommé Bug le Gnome… Un lecteur averti en vaut deux !

Un site permet de gagner son diplôme en lutinologie (j’attends les résultats avec impatience ;)), d’où t’es venue cette idée ?

Le susnommé Professeur B. est lui-même Docteur en Lutinologie. C’est en toute logique qu’il partage son savoir. Quelques questions sur l’histoire que vous venez de lire et vous voilà lauréat ! Précisons-le : d’aucune utilité chez les humains, le diplôme de Lutinologie ne vous assurera pas moins la grande considération des lutins…

As-tu d’autres projets en cours ?

Oui. Mais no comment ! Les lutins sont terriblement exclusifs. Inutile de les vexer…

Le mot de la fin sera :

« Tu comprendras ça quand tu seras p’tit ! » (Proverbe lutin)

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